Correspondances XXXIII

Il me prend souvent cette indicible murmure de l’écriture, vaste dans les insondables rayonnements, transparents dans l’or des parures que vêt soudain le vent. Parcourant les déserts et même les longues plaines de nos retrouvailles, je vois un visage que je ne connaissais pas. Il me surprend, indéniable temps qui s’arrête et tandis que nous flottons dans les vagues souvenirs d’une autre écriture, nous rencontrons le surnaturel. Je vous avais nommé et vous le voyez, je n’ai rien inventé. Tout à l’heure, je vous lisais quelques nouvelles, perdues dans les labyrinthes de mes manuscrits innombrables. Souvent, très tôt le matin, je m’asseyais devant le petit bureau et j’écrivais. D’abord la feuille rare tremblait jaunie d’avoir été gardée dans les tiroirs. Chaque feuille respirait le chapitre d’une longue histoire. Qu’elle ne soit pas en quantité, précieuse par sa rareté, la page devait servir une fois, guère plus. Je vous avais dessiné dans le bruissement de ma plume, et j’y mettais le temps qu’il fallait afin de ne pas vous manquer. La feuille devenait un monde gigantesque et je ne me hâtais pas pour le visiter. Je me promenais dans ce jardin avec tout l’art floral que le printemps sait susciter. Je découpais votre silhouette, puis j’y posais un veston large sur une taille éthérée. Votre visage devait respirer à la fois la douce candeur, et l’énergique maturité. Vos cheveux flottaient au soleil à peine révélé et quelques reflets chantaient de blondeur, des mèches opportunes et un regard vrai. Je vous faisais asseoir sur une vieille chaise en fer forgé, placé dans un jardin mystérieux, et le muguet dans les sous-bois vous embaumaient.

Je reviendrai sur cette écriture sous une autre forme, si vous le permettez.

Bien à vous,

B.

4 réflexions sur “Correspondances XXXIII

    • Bonjour Max-Louis. Je vous remercie pour votre lecture pointue. J’aimerais, si vous le souhaitez, que vous me précisiez s’il s’agit d’une dissonance auditive, ou bien d’une singularité lexicale. Je serai heureuse d’avoir votre point de vue.

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      • En fait, de cette phrase :  » Votre visage devait respirer à la fois la douce candeur, et l’énergique maturité. » Le contraste : « candeur » et « maturité », « douce » et « énergique ». Si effet de style je comprends mais, je reste perplexe d’où le ressenti de dissonance.

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  1. La personne que je décris est réellement à présenter ces contrastes saisissants. Je les avais écrit, il y a fort longtemps, avant de le connaître, et la réalité a dépassé la fiction. Je comprends aussi votre perplexité, et je trouve normal qu’un texte ne soit pas toujours préhensible par tous. Ce qui est remarquable c’est que nous pouvons partager simplement nos ressentis. Je vous suis reconnaissante pour votre sincérité. Loin de me déstabiliser, je reconnais volontiers que vous êtes un lecteur sensible et pertinent.

    Béatrice

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