Laisser danser

Si je ne pouvais lancer l’appel,
Si la puissance des envergures,
Ailes effleurant le ciel,
Si je ne pouvais être ce cri,
Ni hurlement,
Ni effroi,
Si je ne pouvais devenir le ciel,
Sa présence,
Laisser danser,
L’être,
Si je ne pouvais sentir,
Ta force faire de moi une cible,
Si je ne pouvais devenir la flèche,
Tout harpon, toute lance, un cercle,
Saisissant Ton emprise,
Si je ne pouvais laisser le cœur,
Dilater au souffle,
Des étoiles, des lunes,
Le monde de nos failles,
Sur les aspérités d’une dune,
Si je ne pouvais laisser jaillir,
La danse,
Tournoyer devant les passants affolés,
Si je n’étais pas si petite,
Si infime,
Quelle sorte de pulvérisation,
Au flanc de la montagne,
M’accrochant,
Les mains sans pitié,
Pour le corps aimanté,
Debout, allongée,
J’aurai recommencé !

___

Dessin de Louis Boullogne

Sur la main légère

Le merle ponctue le jour,
J’entends ces moments,
Il est le même sur la branche,
Je le reconnais,
A la nervure de son éloquence.
Il tend le gosier,
Il tend le bec entier.
Plumage d’ébène,
Escorte ses ailes,
L’entends-tu ?
Et le ciel s’émeut de sa constance,
Le tient en silence,
Sur la main légère,
Quand le jour fait un tour,
Le merle, en abondance,
Siffle les mots d’Amour,
Le cycle impromptu de douceur,
Et, sais-tu ?
Je l’écoute encore.

Nuit et jour

Tu es venu par la force,
Je ne T’ai pas dissocié,
Aurai-je su ?
Il pleuvait des rosées.
Les mains chantaient,
Combien de fois,
Époustouflées ?
Tu es venu par la fragilité,
Ma brisure inconnue,
Je T’ai mieux reconnu.
J’ai scruté la blessure,
La nuit d’une écorchure,
Suis restée sans voix.
Combien de fois,
Époustouflée ?
Je T’écoute en silence,
Longtemps,
La nuit et le jour réunis,
Des brassées d’instant,
Sève d’une plume écorchée,
Percée par une arme pure,
Trempée dans le lac légendaire,
Celui de nos blessures,
Ouvertes à l’Amour,
Le souffle récipiendaire,
Réalité libre,
Qui suit son cours,
Combien de fois,
Hébétée ?

Vœu

L’instant ne fuyait pas,
La vie ne s’écoulait pas,
La beauté demeurait,
Au creux d’une étendue.

Comment ? Ne comptez pas !
Les larmes sont celles de l’instant cru.
Non ! Ne me demandez rien !
Il est des confidences sans fin,
Elles sont les perles de dix mille veilles.
Venez plutôt en silence,
Entendez-vous la mésange,
Car, le merle rivalise sur un toit,
Et l’arbre danse ?
Non ! ne me demandez rien !
Comprenez que l’appel est sans lendemain,
Puisque rien n’est vain.
Secret de la présence,
Butinant l’espace,
Etoffe de notre joie,
Puis, mourir tant de fois,
Renaître dans l’effluve d’une vague,
Celle-ci a les effets du frémissement.
Que dis-tu ?
Vivre d’une larme douce,
Distillation d’un nuage.
J’ai fait le vœu, il y a longtemps,
Formulé tant de fois,
Epanouissance d’un au-delà,
Le corps a soulevé une page.

_____

Illustration de Kinuko Yamabe Craft

Secret

Je t’ai caché, mon secret,
Je t’ai voilé,
Comme le firmament,
Je t’ai enveloppé,
Dans l’étoffe de mon cœur,
L’intimité de mon silence,
Je t’ai porté, mon secret,
Je t’ai bercé,
Comme l’océan d’un fleuve,
J’ai caché le sillon,
Il était efflorescence ;
Alors, je t’ai soutenu, mon secret,
Je t’ai ceint,
Comme l’étreinte,
Si profonde,
Puis, je me suis tue,
Courbée dans le sanglot,
Submergée par ta réalité,
Je t’ai retenu, mon secret,
Avec mes deux mains,
Je t’ai plié dans les souvenirs
Puis, tu as surgi, mon secret,
J’ai fini par gémir,
Et fini par te le dire
Comme le souffle de notre intimité,
Sur l’autre rive,
Puis, tu m’as cachée, Ô secret,
Enveloppée dans la grandeur,
La tendresse de ta constance
Alors, je me suis échappée, mon secret
J’ai fini par partir,
Quand tu m’as tenue, mon secret
Dans la nuit,
Et mon âme t’a reconnu.

La Voix

La Voix est montée loin.
Sais-tu ? Elle est allée encore plus loin.
A peine disparue,
Voyageant jusqu’à ce que je La retrouve.
Elle s’est tournée vers moi, avec étonnement,
Ai-je souri, ai-je pleuré ?
Elle avait le visage éthéré,
J’ai fais un geste,
A-t-Elle souri ? A-t-Elle pleuré ?
Peut-on aller plus loin ?
Chaque goutte de pluie,
Sur une terre,
Saisie par la gravité,
M’a-t-elle rappelé l’Ether ?
La Voix a pénétré mon cœur,
Puis l’a emporté.
La Voix est devenue Lumière,
A-t-Elle chanté ?
Les mains sont devenues un livre,
Chaque paume comme une interrogation,
La douceur d’un appel.
Sous la terre,
Le corps évanoui,
Tapissé des feuilles du retour,
Flottant au-dessus de tout,
Je l’ai saisi avec mon cœur ;
Il me livra le secret.
Ai-je pleuré ? Me suis-je mise à rire ?
Tu as aimé l’Amour.
J’ai acquiescé sans réserve.
C’était si vrai, si vrai…

____

Peinture de Reneal

Jardin

Nous nous sommes évadée,
Les hauteurs incontournables,
Quand du cœur de la femme,
Tu es loin d’avoir saisi le secret,
Car, aimer est au féminin,
De scintillantes flammes,
Alors que s’achève le matin,
Défroissé au contour de notre improbable,
Puisque du cœur de l’aimée,
Jaillissent les verbes de son âme,
Tout le mystère d’une prostration :
Un homme peut aimer comme une femme,
Lors qu’il éclot à sa divinité,
Il chante suave les mots de la passion,
Et de dérive en dérive, comme un forcené,
S’anéantit dans les vagues déchaînées.
Puis, une femme peut aimer comme un homme,
Née d’une incandescente cuisson,
Jusqu’à se tordre parmi les feux d’une fusion,
Usée par la douleur,
Tenant en son âme,
Le dernier sursaut.
D’aimer est illimité et sans concession,
Car, l’Amour est entier,
Il suscite la tranchante vérité,
Tandis que d’avoir hurlé,
Dans les sanglots que l’on étouffe,
Tel un rayon blessé,
Le corps entier transpercé,
Un jardin inconnu s’éveille,
Tressé des larmes de ta veillée,
Goutte à goutte,
Révèle l’immensité.

____

Peinture de Scott Burdick

Déferlante, l’âme

Un jour survient l’étrange,
J’y ai baigné durant quelques années,
Lors que tu vins,
Le temps avait bâti sa Maison, déjà ;
Je n’en suis jamais sortie.
Depuis, Il est là où je suis.

Quand même, tu effacerais notre Présence,
Elle est l’éternité de la manifestation,
Lieu de gestation,
Du dialogue de la voix.

Tu es cette forme,
Tu es ce plissement léger sur un toit,
L’offrande au jour,
La vie d’un au-delà.

Je suis allée puiser l’eau,
Il vint en chemin,
Le calame suit sa course,
Et s’abreuve de Toi et moi…

Lire la suite

Parce que Toi

Seigneur ! je suis arrivée avec la vie,
Et suis arrivée avec la mort,
J’ai cherché à comprendre,
Puis, j’ai vu ce qui ne meurt pas,
Car j’avais peur que Tu ne disparaisses.
Depuis que je sais que notre complicité est éternelle,
Je ne cherche rien,
Juste m’assoir auprès de Toi,
Te parler,
Du matin jusqu’au soir,
T’écouter et chanter,
Danser, rire et pleurer,
Parce que Toi.

Peinture de Henri Martin (1860-1943)

A Alfred de Musset

Ô Homme !
Tes souffrances furent âpres,
Des douleurs d’un accouchement,
Et tes larmes coulent en mon corps,
Tel le ruissellement des misérables,
Toi qui fus dans mes promenades,
L’enfant délicat d’un siècle macabre,
Je serrais tout contre moi,
Les confessions de ton enfant,
Et je pleurais aussi ces douleurs implacables,
Me réfugiant en elle sans savoir où aller,
Cher Poète, en appelant Le Seigneur,
Je courrais avec toi jusqu’à l’indéfinissable,
Une Quête écartelée des douleurs inconsolables,
Et je marchais nue en ton abîme éplorée,
Me heurtant aux murs de mes propres tourments,
Jeune homme, la crudité de l’âme,
Nous sommes nés pour la vivre et aussi en mourir,
Quelque part, la vérité nous attend,
Et je porte le flambeau du cri de ton espoir,
Je le brandis au paroxysme devant le fléau,
Marchant sur les routes déforestées,
Nos ruisseaux deviennent des torrents charriés,
Et je t’aime d’un Amour infini,
Te serrant tout contre mon âme,
Parce que j’entends tes mots,
Qui vont jusqu’à l’incommensurable,
Et depuis nos silences graves,
Pour chacun de ces hommes vénérables, au-delà même de la vie,
Nous embrassons et chérissons leur âme.

Merci,

Béatrice, le 04/03/2021