Puits

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N’épuise jamais ce puits,
Creuse encore !
L’eau ne tarit pas.

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Peinture de Joseph Garibaldi

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Le voyage de Kafka

Il saisit, dans le secret d’une antichambre, la cellule de son corps, la prison d’une descente, les cauchemars au goût de métal, les visions exsangues, les rues amoncelées de poussière, de brume latente, de réverbère sans flamme, la crudité d’une obsession, la sortie impalpable, l’âme à bout de souffle. Il déchira d’une voix vorace, sur les feuilles blanches, les tortures que l’on cache. Il trempa sa plume, dans les abysses incontournables, et aux prises avec ses affres, il vit ce que décrivit Dante. Lugubre et tenace, la sidérale impasse. Son château croulait sous le délire et les monstres de toutes sortes envahissaient chaque pièce scellée par le fer. L’âge de fer, l’âge inversé dans lequel il avait sombré. La souffrance de Kafka jeta un trouble sur la jeune fille, et tandis qu’il poursuivait les dédales du sombre escalier, mortifère cafard, toutes suffocations avérées, cette jeune fille appela Kafka et lui de répondre, lors de son trépas : ils ne me comprennent pas !

A propos des commentaires

Je remarque depuis un petit moment que mes commentaires disparaissent et ne sont donc pas visibles sur les blogs amis. J’ai moi-même retrouvé certains de vos commentaires dans les courriers indésirables. J’invite chacun de vous à les consulter de temps à autre. Ceci doit être lié à un dysfonctionnement… Merci beaucoup.

Béatrice

Jour de sable et nuit d’or

Le monde enchanté de notre ami. Un grand merci pour tous ses accompagnements. Un grand merci pour son univers dense et multiple. Un grand merci !

Pays de poésie

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Composition de Cochonfucius

Au jour de sable, un astre se déchaîne
Sur le tournoi des chevaliers d’argent ;
Bien maintenue est la lance de frêne,
Car l’un pour l’autre ils ne sont indulgents.

Dans la nuit d’or rit la lune d’azur,
Celle qui porte un excellent présage :
Les arbres bleus, dont le bois est si dur,
En ce printemps vont changeant leur feuillage.

Bons chevaliers, n’en soyez point surpris :
Qui en tournoi sur tous aura victoire
Ne recevra qu’une feuille pour prix,
Mais qui provient d’un bel arbre de gloire.

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Aimer ou ne pas aimer, telle n’est plus la question

Chers amis,

Pour être en accord total avec mon être, j’ai supprimé le bouton « like » car, je n’écris pas pour cela. J’écris uniquement par amour. J’écris pour le partage. Si « aimer », c’est attendre, alors ce n’est pas aimer. Mon véritable souhait est de vous aimer sans besoin d’être aimée par un bouton. L’Amour et le partage sont une lumière. Lumière et paix. De même, vous lire est aussi un partage mutualisé. Merci chers amis.

Béatrice

Ode à une perle

J’avais dix ans quand je reçus trois prix (à cette époque, dans notre belle commune, la mairie offrait des livres aux enfants), Maria Chapdelaine de Louis Hémon, Les lettres de mon Moulin d’Alphonse Daudet et la perle : La petite Fadette de George Sand. Pourquoi était-ce une perle ? Pour avoir eu le bonheur d’entrer dans la lecture très tôt, et l’on peut dire que l’on entre en lecture comme on entre dans les ordres, j’avais plongé dans la féerie des contes et légendes, fabuleuses séries, qui de région de France en régions plus lointaines, m’ouvraient au champ lexical le plus inouï : celui du monde invisible. Un véritable régal. Une jubilation savoureuse qui jetait un pont réel entre la nature sauvage que je découvrais depuis mon enfance, et sa surnaturelle omniprésence. Georges Sand m’a fait frémir dans ses mots et aussi dans sa pointilleuse délectation de la féerie. Au-delà de Sand, il y a encore Sand. La magie d’une effervescente rencontre. Cette rencontre continue. Je remercie pour cela, Sylvie, Ô2lys qui participe encore à cet enchantement et j’espère que son projet aboutira. Tout de même, la féerie est bien là, au-delà de nos réussites, au-delà de nos concrétudes. Cette merveille nous tient et nous fait palpiter à tout moment. Je suis du signe astrologique poisson, avec un ascendant encore eau. L’eau s’écoule dans mes veines. L’eau est source de connaissance et de relation. Elle relie…Et cela ne fait que commencer… J’en suis sûre.

Béatrice d’Elché

Nous ne sommes pas dupes

Peinture (détail) de CHIE YOSHII

Nous ne sommes pas dupes, nous ne l’avons que très peu été.

Nous n’avons pas vécu grisée par la duperie, mais nous avons tout de même été dupe de nous-mêmes. Cette seule faille nous a valu de retenir les temps de nos deux mains, peut-être aussi de nos deux mâchoires ; cette faille a eu pour effet de retenir les temps, puis le temps d’un monde qui n’a jamais eu véritablement d’impact sur nous, car nous étions libre, libre jusqu’à la moelle, libre jusqu’à ce qu’un immense éclat de rire nous ceint de ses deux bras et nous montre combien nous tenions le bon fil. L’homme n’aime pas entendre la vérité, oui, c’est vrai. Par conséquent, comment expliquer que nous avons eu l’audace de nous tenir face à elle, et même de plonger dans son flot vagabond ? Nous avons couru, comme tout le monde, oui, nous nous sommes prise au sérieux, comme tout le monde, puis, quelqu’un a tiré, derrière notre dos, cette chemise, la chemise de nos prétentions, manquant même de nous étrangler. Il nous a retenu d’une poigne ferme et nous a demandé : où vas-tu ? Quelle sorte d’extravagance nous a prise ? Quand le temps s’arrête, nous entrons nu dans la vallée. La vallée est d’abord la vallée de la peur, incisive, oui sans conteste ; elle est assurément le rendez-vous avec la vérité et la vérité est extraordinaire. Peut-être vous en confierai-je quelques secrets ?

Je suis là

Il n’était pas tout à fait minuit. Elle travaillait sur un projet qui l’occupait depuis quelques jours. L’appartement était silencieux. Parfois, elle jetait un regard sur la nuit profonde qui semblait avoir couvert le grand parc d’un manteau noir. L’immense baie vitrée était située à sa droite. Elle était assise sur un fauteuil à bascule qui lui permettait ainsi de plier aisément ses jambes. Elle aimait particulièrement cette position. Quand elle se sentait lasse, elle se balançait lentement tout en plongeant son regard à l’extérieur. Parfois, elle se levait, enveloppée d’un châle et se tenait bien droite, face à la grande baie vitrée. Ses yeux semblaient captivés par quelque mystérieuse et inconnue destination. Le signal qu’un message lui était parvenu sur sa boite mail retentit. Elle fit un pas vers son bureau et consulta son courriel. Un message pour le moins inattendu, celui d’une récente relation virtuelle, commençait ainsi : Où que vous soyez, priez pour moi ! S. Elle lut et relut le mot, éprouvant soudain une peur indicible. La phrase résonnait pareil à un appel au secours. Que savait-elle du monde ? Elle vivait depuis des années comme une recluse. Peut-être cette personne l’alertait en un dernier recours avant de passer à l’acte funeste ? Il fallait lui donner le change… Coûte que coûte ! Cette personne était là, derrière l’écran, dans son espace secret. Elle la retint comme l’on se retient soi-même, la menant, peu à peu, à oublier son désarroi. Elle jeta une corde solide vers l’homme et écrivit : je suis là. Elle se mit à écrire tout et n’importe quoi, à tapoter sur ce clavier, juste le retenir, puis se retenir dans la nuit noire. Juste l’aimer comme on aime l’humanité entière, sans retenue.

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Peinture de Tom Roberts (1856 – 1931)

Miroir 鏡子

鏡子是一個新的面貌

J’entendis un miroir se briser dans le plus grand des fracas, ou bien n’était-ce que les mille vagues de l’océan ? Je cherchais à retrouver chaque morceau du miroir ; pourtant, je ne pus en trouver aucun. Le vent les avait tous emportés, quelque part. Puis, j’entendis une voix me dire : Veux-tu retourner dans le passé ? Je ne pouvais simplement pas m’y résoudre. Cela me semblait impossible. Les effluves du temps sont, parfois, à ce qu’il paraît, d’authentiques pièges terrifiants. Je pressentis un gouffre sans fin. Je répondis en faisant un geste négatif de la tête. Non, je ne désirais nullement retourner dans le passé. C’est alors qu’un vent, quasi surnaturel, souleva mon corps et je fus transportée loin des mouvements de la ville. J’entendis un son de cloche, mais le clocher s’était rapetissé à vue d’œil. Il n’était plus qu’un point minuscule sur la terre. J’aperçus alors un minaret et le muezzin appelait à la prière de sa voix d’homme. La voix resonnait au quatre coins du monde. Puis, l’on me transporta encore plus loin et je me vis survoler une mer d’un bleu profond. Plus rien n’avait de couleur ; tout semblait se dissoudre dans une multitude de réalités et une roue gigantesque tournoyait avec un bruit presque féroce. La puissance de ses rotations étaient effrayantes. L’on me transporta encore plus loin et une nuit laiteuse me submergea. Tout en étant obscure, la nuit était paradoxalement claire. Chaque chose était à sa place. Les hommes avaient disparu et d’autres avaient vu le jour. Le monde semblait se renouveler. A mon grand étonnement, je vis l’immense Miroir flotter au-dessus des eaux. Il s’agissait d’un gigantesque Miroir, étincelant et réverbérant mille mondes à la fois sans pour autant sembler être confus.

千塊碎片實際上是一個