Man and Woman

I was not a woman, but I opened my eyes to this reality when I was born. Life was playing in me and I was playing in life. Sometimes, it was laughing pearls and sometimes a barely perceptible breath. How marvelous to discover a spirit that flies everywhere. The sun tasted like an amazing rose. When the rose shook the morning with its pearls of dew, the sky became a road traced towards the marvelous. I am a woman who likes to be a woman. I like to meet my brother, the side of my flesh, the companion of my soul. And I speak to him by addressing myself to all humanity, and I say to him : O my brother, you my complementary humanity, I love you ! You are the face of my soul, the reflection in a clear mirror.

***

Je n’étais pas une femme, mais j’ai ouvert les yeux à cette réalité quand je suis née. La vie jouait en moi et je jouais en la vie. Parfois, c’était des perles rieuses et parfois un souffle à peine perceptible. Quelle merveille de découvrir l’esprit qui vole partout ! Le soleil avait le goût d’une incroyable rose. Quand la rose secouait le matin des perles de rosée, le ciel devenait un chemin tracé vers le merveilleux. Je suis une femme qui aime être une femme. J’aime rencontrer mon frère, le flanc de ma chair, le compagnon de mon âme. Et je lui parle en m’adressant à toute l’humanité, et je lui dis : Ô mon frère, toi mon humanité complémentaire, je t’aime ! Tu es le visage de mon âme, le reflet dans un miroir clair.

____________________

Peinture de Hugh Goldwin Riviere (1882-1958)

Folie

Il faut beaucoup de folie pour être un ami, car sans la folie, l’amitié se dissout dans les trivialités et mesquineries de la vie. Il faut beaucoup de folie pour aimer, et ne pas perdre son Amour, et il faut beaucoup de folie pour être dans le souffle même de l’Amour. Sans cette folie, sans cette exaltation de l’âme, sans cette foi en ce vide, qui se lancerait donc du haut d’une falaise sans craindre d’être fracassé par les lames d’une mer meurtrière ? Mais l’Amour vainc toutes les tiédeurs et donne au cœur une force qui au-delà de la douleur de l’Amour devient son Flambeau. Je te porte sur mon dos comme un fils porte son père, ou comme une mère qui ne lâche jamais son enfant. Je te porte par la lumière qui porte. La folie est lumière.

L’homme

J’aimais l’homme d’un Amour infini et me plongeais dans son silence comme l’on plonge dans l’immensité d’un océan. J’aimais l’homme sans pouvoir m’en défaire, étourdie par mes pas discrets, vers lui. J’aimais l’homme comme on aime la vie entière, par ses résonnances et ses mystères et c’est ainsi que j’étais attirée par le fait d’entrer dans son univers. J’aimais l’Amour qui me menait vers son être et j’aimais cette approche du silence. Je regardais l’homme comme l’on regarde le frémissement de l’eau, les balancements d’un arbre, les nuages cotonneux. Je contemplais son origine, et j’y trouvais la grâce de m’émouvoir, suspendue à sa sincérité. Je façonnais de mes mains invisibles cet homme avec la tendresse d’une mère, la compassion même d’une montagne qui retient son souffle pour ne pas écraser la fourmi. J’aimais l’homme comme l’on aime le secret du roseau, ou celui d’un puits infini. J’aimais l’homme du silence, l’homme qui marche avec tempérance et ne froisse pas le moindre velours d’un pétale d’une rose. J’aimais l’homme de la méditation et de la prudence, celui qui atteint le voile des opacités et celui qui épouse les réalités de l’âme. J’aimais l’homme de l’arrêt et de la singularité, celui qui esquisse un geste et puis l’efface. J’aimais le Maître et l’enseignant, comme j’aimais l’homme qui passe et qui parle avec le cœur d’un enfant. J’aimais l’homme du dialogue et celui de la question, tout comme j’aimais le pécheur devenu le vieux sage. Je les ai aimés, ces hommes, comme on se souvient de leur âme et comme on cherche l’intensité de notre propre écho. Ai-je été jusqu’à aimer l’homme dans ses tourmentes et ses dérives ? J’ai embrassé les pauvres mains d’un mendiant aux veines usées. L’Amour a dépassé la forme, puis, a visité l’essence.

Trou noir

Si l’homme faisait silence, il entendrait vibrer la montagne, et si l’homme faisait silence, il entendrait l’univers entier chanter, et si l’homme faisait silence, il entendrait la voix de son cœur lui parler, et si l’homme faisait silence, il entendrait la vérité éclater dans l’appel même d’un trou noir.

Le cri tortueux des hommes

La plupart des gens tournent en rond et n’ont de l’élévation qu’une connaissance égotique. Tristes constations. Au sein de la Sagesse, nous ne sommes jamais seuls. La véritable solitude de l’homme consiste à croire que le néant l’engloutit et que ce monde n’a pas de sens, n’a pas même de finalité. Parfois, les hommes couvrent le réel de cris tortueux afin de camoufler leurs péchés. En vérité, le véritable péché consiste à enfouir la vérité. J’aime marcher dans la tranquillité du silence. Le silence est fidèle.

L’homme et le petit singe

L’ignorance a ses vertiges et le monde ses dérives. Quelles sont donc ces étiquettes que chacun déverse sur d’hypothétiques boîtes de conserves ? Plus que l’ignorance, la bêtise est l’éhontée méprise. Sommes-nous née dans un monde qui délimite la liberté, touchant du bout des doigts les plaies et les meurtrissures de nos âmes ? Les choix et les engagements sont monumental rapiéçage, l’inertie d’un puzzle poussiéreux. Alors, j’ai cherché ailleurs et ailleurs est devenu prodigiosité. Ailleurs a soulevé le monde qui s’est mis étonnement à tournoyer, libre comme une incroyable retrouvaille. La maturité est une connaissance savoureuse. Elle ne vient ni de l’insouciance ni de la négligence. Il n’y a pas de place pour cette sorte de vide. L’engagement est conscience. Mais le sage déserte la place publique et se retire loin, avec ses amis. Telle est la sagesse. Un homme tenait un petit singe dans ses bras comme l’on tient un précieux trésor. Une lumière vint à passer semblable à une féerie. L’homme l’appela aussitôt et lui tendit le petit singe, tout en demandant le secours. Mais la lumière attira l’homme et l’enveloppa comme il enveloppait son singe.

Les petites gens

Voulez-vous savoir pourquoi je n’ai pas su partir ? Le voulez-vous savoir pourquoi je n’ai pu quitter cet endroit qui fit de moi l’apprentie ?

Ce sont les scènes enjouées des petites gens qui m’ont retenue et je les aime comme on chérit ceux qui n’ont rien à perdre, ceux qui vous tendent leurs bras et vous convient au plus intime de leur maison. Ils sont sans bla bla bla et puis un peu bla bla bla. La plupart d’entre eux vivent la sagesse que vous ne trouvez nulle part ailleurs. J’étais gourmande de leur silhouette et de tous leurs gestes. Vous ai-je parlé de cette prostituée-courtisane qui avait fini par tout quitter et vendait dans les rues des petits pains chauds ? Vous ai-je parlé d’elle qui avait un cœur d’or et qui me faisait pleurer ? Vous ai-je parlé de cette autre femme qui en ce Temple, dressé tout en haut de la colline, nous avait offert à manger et sous le soleil torride, nous avait conté une histoire émouvante, celle d’un homme qui remerciait inlassablement le Seigneur en dépit de son handicap ? Mais un jour, son voisin communiste lui avait lancé avec beaucoup d’âpreté : ton Seigneur a fait de toi un impotent, il t’a enlevé tout l’usage de tes membres et tu le remercies encore ! Et ce brave homme plein d’amour et de gratitude, de lui répondre sans la moindre hésitation : aujourd’hui, plus que jamais, je Le remercie de ne pas m’avoir enlever le fait de Le remercier. Ce sont ces instants de douces courtoisies, de simplicités, de moments partagés chez les petites gens que j’ai aimés le plus durant mes périples ici ou là. C’est chez eux que j’ai le plus appris. Je les remémore sans cesse et ils sont lumineusement présents, semblables à une oraison perpétuelle. Mon cœur bat à leur rythme. Je suis de ce peuple-là. Je leur appartiens tout entière. Ils ont chez moi la place royale.

La jeune femme et le poète

J’ai vieilli, se lamentait un poète, mais j’ai pleuré sur les versants d’une plume qui fleurait le gui et le parfum étrange d’une capucine. J’ai rencontré l’alouette qui volait au-dessus des buissons, et j’ai saisi de mes deux mains champêtres, le myosotis et la pâquerette. La mouche tendait une oreille indiscrète tandis que j’avançais sur un sentier qui nous menait à un village en ruine. Là-bas, les cigales gorgées de soleil nous rappellent la jeunesse fraîche du chèvrefeuille et les vagues aspergées de chaudes écumes ensoleillées. Vaporeuse neige d’une mer au sillage d’un bateau arrimé au large qui s’empresse de jeter aux flots sa folle cargaison. J’ai vieilli, mais je n’ai pas perdu ma jeunesse, le sein chaud d’une prière, le bleu d’une oraison, l’effervescence des mots. Je jongle et cherche les saltimbanques dans les rues désertes. Les montreurs d’ours que je peignais avec la verve des bouillonnants jouvenceaux, les braises incendiaires d’un feu subtil. A partir de la paille des blés en herbe, le feu rit de sa superbe et j’exulte encore de tant d’effervescence libre. Mes yeux se plissent et devant l’indolence et la tiédeur, je cherche non pas à rajeunir, mais que mes multiples lettres lancées au vent de la vie se transforment en gerbe de fleurs que j’offre aux passants. C’est alors que la jeune femme arrive, le sourire aux lèvres et lui caresse le front.

Peinture de Christian Clausen Danish, 1862-1911

Long rêve

Photographie prise par l’auteur, le 29/01/2021

J’étais un homme des cavernes et me réveillais avec le chant du soleil. Je poursuivais un rêve bien au-delà des rochers, et m’asseyais pour inscrire les heures, comme l’on inscrit son bonheur, celui que l’on sait parfait. J’aime la caverne qui m’abrite et le feu qui me réchauffe. Le matin laisse passer quelque œuvre, le soir, la forêt chante et répand sa clameur. Je suis un homme des cavernes et je passe des heures à marcher dans la plaine sans me soucier de rien. La douleur ne m’arrête pas. La rivière caillouteuse ne m’indispose pas. Je la traverse pieds-nus et l’eau froide transforme ma fatigue en douceur. La nuit tombe et la lune poursuit son chemin. Cette nuit est mon amie tandis que les jours s’équilibrent et les nuits veillent. Tous vivent en harmonie et notre cœur vibre au son de l’univers. Le grand cerf s’élance vers les hauteurs et le loup partage en secret les pitances avec ses frères. Les animaux parlent et font un cercle autour des étoiles. Ce moment n’a jamais cessé d’être puisque je me rappelle de tous ceux qui ont plongé au creux de mes pupilles et s’y trouvent encore. La forêt possède un cœur et, chaque soir, je l’entends battre au diapason avec le mien. Le feu crépite entre deux pierres et il me souvient d’un futur qui déplore l’essentiel et le méprise à tort. Mon frère d’un autre monde est venu me voir. Il semble complétement démuni devant ce qui lui semble soudainement l’évidence. Je lui offre de s’assoir car je le connais bien. Mon frère pleure longtemps et je n’esquisse aucun geste. J’attends en silence que ses sanglots cessent. De longs siècles nous séparent. Je le regarde. Il lève la tête, tandis que secoué encore par de violents soubresauts, il aperçoit le grand cerf qui l’observe. Il se tourne vers moi et dans le silence frissonnant de la nuit, il essuie ses dernières larmes, celles du long rêve.

Je n’étais pas inculte, contrairement à ce que mes frères du monde futur croient et tout ce que j’éprouvais était enseignement. Nous parlions des heures entières avec les astres et ceux-ci nous répondaient aussitôt. Nos conversations étaient multidimensionnelles. Nous étions chez nous. Un brin d’herbe nous invitait au voyage. Le monde était un grand livre ouvert et la joie débordait comme une eau abondante dans un désert. Nous ne connaissions pas le malheur. Rien n’était souffrance. Comme nous voyagions dans le futur, nous savions que les hommes ne comprendraient plus rien, qu’ils en oublieraient même d’entendre, de voir et de parler. Nous n’avions aucun moyen pour empêcher cette décadence. Il nous fallait patienter et prier pour les générations futurs. Sur le sol, sur les parois des cavernes, dans les roches, nous inscrivions le langage de la paix. La paix est notre lien. Nous ne connaissons pas autre chose. La connaissance fait partie du cycle rayonnant de l’apprentissage.

Les hommes ont perdu les vestiges ; ils ont perdu le trésor. Ils errent et altèrent la vie. Ils ne connaissent plus les liens d’aucune sorte. Je respire lentement et mon frère s’est endormi près du feu. Doucement, j’entretiens le feu qui nous réchauffe et j’écoute sa chanson. Le monde futur connait une grande dérive. Je pose sur mon frère une couverture faite de laine de mouton.

Infâmie

Cessez-donc, mais que cesse donc l’inertie de la légumineuse impavidité, et que cesse cette propagation lourde de vitriol fustigeant l’intelligence, acidités déformantes, quand les canaux de la folie sont une transe ambiante et que l’eau peine à s’écouler jusque dans les robinetteries insalubres. L’on peut voir une chose et une autre, mais soudain s’échappe, violente, l’indécente ironie d’un monde déliquescent. Une impériosité de mots jaillis comme le rejet total et irrémédiable de la démence. Folie douce du poète, démence informe du magma involutif. L’ancien monde tombe en déchirure et l’absurde ruse pour devenir la main ordurière qui répand son infâmie. J’éprouve la honte des rêveurs parce que les esprits fraudeurs ne s’arrêtent jamais et font de l’humanité une monstrueuse improbité.

Peinture d’Edvard Munch