Je Te salue, Divin Joyau

Namaskar !

Il avait broyé son âme,
L’avait maintenue dans le noir océan,
Le fracas des pluies déversées sur le cœur,
L’avait broyée durant des heures,
Que dis-je !
Elle avait manqué de souffle,
Il lui tenait la tête au creux des vagues,
Alors qu’elle ne se débattait plus,
Gisait dans le silence,
Les flots s’étaient tus,
Elle regardait les algues,
Elle respirait dans l’eau,
Il avait ri implacable,
Mais elle avait lâcher-prise,
Elle mourait lentement,
Le cœur vide,
Le sang, telle une flamme,
Puis, s’extasia soudain de la mort,
Déchiquetée sur les récifs,
Ramassa les lambeaux,
Il avait tourné le dos.
Sur les hauteurs,
Elle avait levé les bras,
S’était mise à rire,
Les oiseaux sur l’épaule,
C’était, il y a cent ans,
Mille ou plus,
Elle avait surgit de l’eau,
Posée et calme,
La vie était son arme,
La beauté, son flambeau,
La mort sa victoire,
Elle avait vu les assauts,
Des écueils, ces ourlets,
Elle avait confié aux arbres,
Ces soupirs exhalés,
Les peines démesurées
Mais, elle avait crié :
Tout être humain est un joyau !
En lui battent des réserves de Joie.

Namaskar ! Namasté ! Salut ! Salem !

Publicité

Vol

Ô ce vol, mon cœur,
Tu en as fait un voyage,
Cet indice que tu traces.

Serons-nous délivrés du rêve ? La joie ineffable d’une trêve et le couloir de nos pas, voici la lenteur du geste, le regard s’en va.

____

Peinture de Federico Infante

Perle

Quoi que l’on dise,
Quoi que l’on pense,
Elle partira avec Amour.

Pensez au dernier souffle ; voyez comme il vous enveloppe et vous arrache d’ici. Que restera-t-il si ce n’est la perle ? Elle avait ce projet de s’étendre, de vous révéler, puis, de recentrer votre âme lors du départ, lors de la continuité. J’entends les voix. J’entends les corps. La perle vous visite sans relâche et vous étreint. C’est cela qui nous émut. C’est cela qui nous tint droite sur le socle terrien.

Essence

Voix élévatrice,
Le cœur répond :
Ai-je jamais été séparé ?

Là, mon ami, là, nous nous sommes rencontrés et depuis le là nous parlons. Nous rions aussi. Nos mains jointes, nous reconnaissons ce long et beau voyage. Chaque jour, nous avons cueilli un fruit bien mûr et chaque jour, nous avons été émerveillés. Mon ami, quelle joie ces douceurs qui se sont élevées jusqu’à l’essence ! Ou bien est-ce l’inverse ?

Les ailes

Le rougeoiement du cœur,
Semblable au désir insatiable,
Les effluves d’un voyage.

Où s’en est allé le bruit furtif des ailes,
Noyé par les rougeurs du ciel ?
Et où s’en est allé le regard incertain,
Aux sillons brefs du matin ?
Où s’est donc alangui le soleil,
Quand les oiseaux s’échappent au firmament vermeil ?
Les a-t-on suivis sans que rien ne nous retienne,
Ou bien s’est-on appesanti sur ce que crayonne
Un cœur tout étourdi ?
Reviendront-ils nous donner quelques nouvelles,
Là où leur bec pointe ivre et, l’étendard qui flotte
Au sommet d’un autre monde ?
Je vais avec eux sans plus attendre,
Ces ailes frémissantes et haletantes
Sont de loin mon périple favori.

L’eau

L’eau glisse,
Mes pas l’effleurent,
Ou bien est-ce mon cœur ?

La sérénité est semblable à un lac. Le miroir est aussi stable qu’une montagne. Pourtant celle-ci voyage si loin que le cœur a tressauté. Était-ce ici ? Était-ce ailleurs ? Le miroir s’entrouvre et l’âme est semblable au Miroir.

___

Tableau de Johan Fredrik Eckersberg (16 June 1822 – 13 July 1870)

If

Réverbération intense,
Au secret du limon,
La prunelle des ifs.

Saisir ou être saisie ? L’instant frémit tout éternellement, et le pas allégé, comme surpris, s’exclame de tant de beauté. J’aimerais ne jamais oublier, ne jamais oublier, ne jamais oublier, la grâce et la légèreté. J’aimerais ne jamais m’assoupir, l’instant de la visite de mon Bien-Aimé.

Milan

.

Au-dessus des toits,
La majesté neutre des ailes,
Le regard d’un oiseau.

Il fallut beaucoup de temps pour ne plus se perdre, les méandres des dix milliers de voix, quand il fallut beaucoup de temps pour l’entendre et la reconnaître. Il fallut du temps pour voir l’homme, pour voir le monde, pour être saisi par les ailes d’un milan. Combien de temps pour redevenir un homme, combien de temps pour l’être ?

Vallée

Ayant posé deux pieds,
La vallée se souleva,
Friches aux abois.

Les lettres commencèrent à danser, à élever des arcs et des ourlets. Le mystère est entier, mais mon cœur peut le chanter. La geste sacrée des montagnes suspendues, nos entrelacs, le chemin tracé.

Ecriture

Je cherchais l’écriture,
Plongeai dans l’abîme :
Les mots se mirent à parler.

C’est elle qui me trouva et me façonna. Elle cogna fort tout contre ma poitrine, et la coque s’ouvrit dans le plus grand des fracas. Je gravis une montagne, puis une autre. Je courais à travers la blancheur aveuglante, et j’allais dans l’encre noire de la nuit. Qui me guida ? Les mots furent des flèches et me transpercèrent. Il en plut un ciel, que dis-je, un univers ! Je cueillis les flèches et le carquois. Tous se transformèrent et devinrent les profondeurs d’un grand voyage.