Correspondances XLVIII

Cher,

Il pleut aujourd’hui, une pluie fine sur la ville, une pluie caressante, une pluie chaude. Je me suis munie du parapluie pagode et j’ai marché au rythme de cette petite eau légère, descendue du ciel. Quelques gens sont sur les terrasses, sous les auvents, parfois sous les parasols. Je me demande s’ils affichent ainsi leur pass-sanitaire, ou s’ils ont vraiment envie de partager un moment, somme toute très public. Je ne sais pas. Cela m’indiffère. Je continue de marcher, portée par la petite pluie, l’âme un peu triste, les yeux en pluie, le cœur flottant avec les nuages. La ville rayonne sous l’averse. Les petites bulles chantent sur les pavés et les roses des jardins s’intensifient de couleur. Quand je suis sortie de la maison, la lavande ressemblait à un majestueux soleil pourpre. Je suis restée un moment à la regarder comme hypnotisée par sa générosité. Je lançai au ciel : Ne pleure pas ! Il me répondit : Ne pleure pas ! Nous étions à marcher sous la pluie, ensemble, bras dessus, bras dessous. J’avançais en hoquetant. Mais mon compagnon me secouait le bras. Ne pleure pas ! J’arrivai, enfin, devant, ces gens, les ivrognes, comme on les nomme et que je croisais souvent sur ce chemin. Je les regardais tous, un à un et leur souris derrière le voile de la pluie. Ils me saluèrent avec une telle révérence que j’en fus, une fois de plus, émue. Ils étaient nombreux aujourd’hui. L’un me dit : Votre parapluie est vraiment beau.Oui, c’est un parapluie pagode, lui répondis-je alors avec enthousiasme. C’est le parapluie ne pleure pas ! Nos regards étaient, une fois de plus, emplis d’Amour. Je les connais et ils me connaissent ; je les ai toujours salués. Seulement, aujourd’hui, ils étaient là pour que je ne pleure pas, eux, à boire debout, leur bière sans terrasse, mais tellement présents.

Votre B.

Correspondances XLVII

Très cher,

Plus l’on vit et plus cela nous semble important de ne pas jouer à la vie. Beaucoup de gens pensent vivre, mais, finalement, la plupart enfilent des manteaux qui ne sont pas les leurs et font semblant d’y croire. Beaucoup font semblant de croire qu’ils sont ceci ou bien cela. Je m’en suis toujours étonnée. Les plus prompts à jouer la comédie sont ceux qui pensent tout connaître, tout comprendre et même, oh, quelle étonnante mascarade ! tout régir. J’aime l’indolence, ou tout au moins ce qui apparaît comme tel au regard de certains, et j’aime que l’on m’ait donné à tout perdre, parce que c’est le moment le plus vivant qui soit. La plupart des vies ressemblent à des tiroirs de confections et de gadgets. La fermeté de certains de mes écrits ne signifie pas pour autant que je sois rude. Il s’agit même de tout le contraire. Pour une fenêtre, il faut un cadre. C’est parce que nous avons un cadre que nous pouvons enfin voir l’embrasure. J’ai trouvé ce monde étriqué, bien trop étriqué et même, j’ose vous le dire, la liberté de certains m’est apparue bien étroite, encore par trop exiguë pour qu’elle m’apparaisse comme un modèle. Chaque fois que l’on essaie de formaliser des concepts et des idéologies, je m’en détourne. Je me suis ennuyée sur les bans d’une certaine école, notamment au collège, et c’est par cet ennui que l’évasion a commencé. J’ai eu cette chance ( je sais, vous n’appréciez guère ce mot, mais pour l’heure je n’en vois pas d’autre qui puisse exprimer mon ressenti ) de voir arriver jusqu’à moi, comme par magie, tout ce qui allait me guider dans le labyrinthe de ce monde, tout ce qui allait conforter ma perplexité hébétée et lui frayer un chemin. L’essentiel est ailleurs. Nous le savons et nous avons bon compiler, imiter, entre ces mondes, il est bel et bien un chemin de lumière, plus important que tout, plus inouï que tout, de sagesse et de compassion. C’est ainsi que je vous ai rencontré et c’est ainsi que je vous parle chaque jour et c’est ainsi que cette vie, en dépit de ce qui semble être sombre est une prodigieuse lumière et je sais que cette lumière est de Dieu.

Votre B qui vous aime.

Correspondances XLVI

Peintre François Fressinier

Mon très cher,

Il me plait de vous lire et de trouver dans vos mots une vérité pleine d’innocence, comme au premier jour, parce que vos mots me parlent, vos mots me disent une certaine langueur, une multitude de questions. Même si nous partons comme nous venons, j’aimerais dire que tout se résume précisément à l’échange. Je suis particulièrement sensible à la spontanéité et tout ce qui se compose est propice à la décomposition. Tandis que ce qui surgit dans l’instant est le doux frémissement de la pureté. Quand j’étais adolescente, j’écrivais presque chaque jour sur un cahier et j’y notais non seulement mes pensées, mais aussi mes interrogations, mes fugues romantiques, mes élans amoureux et exaltés. Je pouvais retrouver toute une conversation et la noter mot à mot sans en rien oublier. Quand j’écoutais l’autre, je me disais : je vais retenir ce moment dans son jus le plus vrai. Je le retranscrirai fidèlement. Il m’était facile de saisir les mots, les intonations, les gestes, les moues, les regards. Je buvais le moment. Je buvais ceux que j’aimais avec le regard farouche et sauvage. Je les buvais pour les vivre encore et encore. Je ne cherchais rien en particulier, mais cela se manifestait à moi de cette façon, tout comme une musique, tout comme un morceau de musique que l’on désire retranscrire dans la magie des mots. Très tôt, j’étais sensible à la pureté. Je me disais que cela était ici, dans l’air, partout à la fois. C’était pur, c’était joyeux, c’était aussi grand que les univers. Dans ce journal, j’y inscrivais, à la plume incisive une promesse solennelle : ces choses, je sais qu’elles sont vraies et c’est elles que je chercherai au plus profond de mon être. J’y plongerai jusqu’à la folie s’il le faut. Pureté, Beauté, Vérité, Justice.

Votre B.

Correspondances XLV

Très cher,

Il m’a été donné de n’être pas dépendante d’un monde, d’avoir pu m’en échapper, et c’est vrai que je n’ai pas connu la peur de ne plus rien avoir. Il s’agit d’une grande délivrance de ne point éprouver la crainte des lendemains. J’ai vécu durant de longues semaines avec seulement quelques sous. Je faisais le tour de la ville, et en rentrant, j’achetais un petit pain rond qui me durait des jours et des jours. Je mangeais aussi quelques fruits et de temps à autre, quelques cuillérées de riz. Il m’est parfois arrivé de surprendre un gros chat qui entrait dans la cuisine déserte et qui fouillait pour finalement ne trouver qu’une bien piètre pitance. La nuit tombée, j’allumais de l’encens et parcourais la maison. Je priais. Je n’avais ni internet, ni télévision, ni même la moindre radio. J’avais seulement quelques livres et presque aucune visite. Dans la journée, je m’installais sur la petite terrasse, près d’un immense arbre et j’entendais le même oiseau chanter. Peut-être s’agissait-il d’un chardonneret ? Chaque jour, tandis que j’écrivais sur un petit carnet, cet oiseau venait se poser sur la branche de l’arbre, m’obligeais à lever la tête et à le chercher. Il m’arrivait de lui parler. Je n’ai jamais pu le voir vraiment. Mais il était là et son chant nimbait mes journées de sa présence délicate.

Votre B.

Correspondances XLIV

Très cher,

J’aimerais vous raconter les souffles longs et les souffles courts, quand le vent les emporte tous et que nous ne servions point nos indifférences, mais plutôt nos frôlements, ceux de l’instant, jaillis dans la courbure du temps. Asseyez-vous tout près, ici, sur cette chaise perdue sur les toits ondulants du matin frais nimbé des montagnes avoisinantes. Les tuiles orangées fredonnent un air encore bien cristallin, et vous m’invitez aussi sur la chaise face à vous, mais je frissonne des pieds-nus et vous ris comme émue de votre joie enfantine. Nous nous émerveillons des timides balancements du lilas et je vous entremêle, pêle-mêle avec notre séjour au vent, le temps d’être assise sur un rocher, non loin d’Abigaïl. Le rocher nous abrite quelque peu du souffle puissant des hauteurs ; vastité d’un espace gourmand. Le soleil face à nous, magistral, nous attrape dans ce bleu imprévu, voilé de douces voilures, comme si nos yeux boivent à tout jamais l’instant magique, l’instant sauvage imprégné d’une sereine munificence, alors qu’Apollon me rappelle un amour de jeunesse. La fugacité d’un azur d’une blondeur enchanteresse. Non loin, se dressent les vestiges d’un temple dédié à Mercure. S’envole-t-on sans même nous en apercevoir dans ces flottements du soleil ? Je me suis perdue dans le ciel et mes yeux s’y noient sans aucune retenue. Venez, nous allons de nouveau gravir la montagne et sur le chemin cueillir des mûres. L’autre jour, nous en avions goûté de bien savoureuses.

Votre B.

Correspondances XLIII

Très cher à mon cœur,

Réenchanter le monde ne veut absolument rien dire. C’est en nous que le monde est enchanté. C’est bien en nous qu’il est éclairé, car notre regard ne vient pas de l’extérieur, mais bien de notre cœur. Il y a quelques jours, j’écrivais à une très grande amie, une amie plus âgée que moi de près de vingt ans, Martha, avec qui je vis un lien très profond, au-delà des mots, au-delà du temps, au-delà même de l’espace et Martha qui traversait une phase quelque peu houleuse en est venue à relire nos entretiens ponctuels. Nous avons effectivement beaucoup parlé, beaucoup partagé toutes ces années, et comme Martha fait partie de cette génération qui a appris la sténo, elle a méthodiquement inscrit sur des petits carnets nos dialogues. Je ne le savais pas. Mais elle n’a jamais perdu aucun de nos échanges. Il faut dire que Martha est quelqu’un de très engagée dans la voie spirituelle et son parcourt est d’une telle et rare intensité. J’ai toujours été étonnée de notre attachement mutuel. Ne l’ai-je pas vénérée par moment, comme l’on vénère la lumière ? Si elle a considéré nos propos comme capitaux, je puis affirmer que mon amour pour elle est un des plus grands cadeaux que j’ai reçu dans la vie. Je l’ai évoquée dans certains de mes écrits (car, oui, il faut vous le dire, Emily Kaitlyn existe bel et bien), et notre compagnonnage est si fabuleux qu’il peut sembler incroyable. Nous avons ensemble parlé de l’enchantement perpétuel du monde, non pas en tant que société, mais en tant que puissance du vivant. Pour celui qui sait voir, la vie est un véritable conte de fée. Une fois que nous entrons au cœur des choses, la vie est un parcours inouï de sens, de merveilles, de beauté. Même au milieu des tourmentes, il n’est plus aucune tourmente. Pourquoi ?

Réenchanter le monde signifierait que celui-ci aurait perdu de son pouvoir enchanté ? Alors, il faut s’être éloigné considérablement de cette réalité pour ne pas avoir vu que le monde nous enchante, ici, en nous, ailleurs, partout. La vie est plus intelligente que l’on veut bien l’admettre. La vie est sagesse, beauté, force, lois, organisation et l’homme est lui-même un enchantement étonnant. Je n’entrerai pas dans les menus détails de notre échange, Martha et moi, mais nous savons, avec cette complicité infaillible que nos âmes fécondent jour après jour la rencontre avec le Seigneur de ce monde. Il nous en a laissé des traces ainsi que l’empreinte intelligible qui est l’enchantement même.

Votre B qui vous serre fort tout contre elle.

Correspondances XLII

Très cher,

Nous ne venons pas en ce monde par hasard. Je pense même que c’est injuste de penser ainsi. Vous avez souvent fait mention d’un paradigme qui nous est propre. Je ne sais même pas si cela est dans l’absolu une vérité. Il me plaît de laisser cela agir. J’ai appris à écouter mes proches. Ils sont d’abord notre réalité immédiate. Sommes-nous alors une sorte de satellite et gravitons-nous autour d’une multitude d’univers ? Un lien étonnement révélateur se met en place et nous voyons qu’il existe un immense puzzle cohérent. Non seulement nous sommes un puzzle, mais chaque pièce de ce puzzle gigantesque renferme à elle-seule une multitude d’autres pièces. Certes, nos conversations restent secrètes pour la plupart et nous avons nous mêmes appris à entrer dans le jeu. Ou plutôt, ce jeu nous apprend à avancer. Il s’agit purement et simplement d’une magnifique danse, merveilleusement écrite. Une chorégraphie vivante. Une fois que nous sommes compénétrés par cet ordre cosmique savamment organisé, nous pouvons enfin regarder sans hâte, et nous glisser hors du temps. C’est à ce moment-là aussi que nous apprenons à voir réellement, sans que rien ne manque à la vision. Cette prodigieuse intelligence de la vie est une surabondance d’informations. Sans être perdus dans la multitude et l’éparpillement, comme le sont les gens qui cumulent des données de façon artificielle, nous vivons l’exception en chaque instant. Il n’y a pas de mélanges. Le hasard est une réalité qui prend sa dimension dans l’unité. Alors, il n’est plus aucun hasard. Combien de fois, lors de nos promenades, ne vous ai-je pas dit : observez et vous serez compris. C’est à dessein que j’écris ces mots, de cette façon précise et non autrement. Je vous quitte pour vous retrouver tout à l’heure. Ce soir, nous recevons du monde et il me faut préparer quelques petites choses pour nos convives.

Votre B.

Correspondances XLI

Très cher,

Durant des jours entiers, dans le silence du cœur, je peux ainsi demeurer sans plus rien désirer. Quelque chose de l’étonnement qui m’enlève tout. Les gestes ont leur seule réalité, et je vais ainsi, charmée par les pensées qu’ont révélées certains hommes, prodigieux hommes, que je ne cesse de visiter et de remercier d’avoir été. Peut-être n’avons-nous que ce moment et lui seul qui nous offre son ultime secret ? Parfois, il me vient à l’esprit que très peu de gens peuplent la terre, car, ne sont-ce pas les rencontres qui font notre monde ? Chaque fois que je vois passer un être, et la plupart ont laissé derrière eux loin la vie, celle qui les a menés jusqu’à ce moment où je suis à les voir passer, il vit par son entier passage. Ne trouvez-vous pas que la plus belle chose qui soit réside dans le fait que précisément nous voyions l’autre et que nous le prenions en nous, dans la discrétion la plus absolue ? Vous m’avez vous-même confié que vous fîtes cela à de nombreuses reprises, comme si vous étiez une sorte de vaisseau et que par la tendresse qui vous anime, vous veilliez à ne jamais oublier tous ceux-là qui ont traversé votre vie ? Il se peut même que ce soit un inconnu, et voyez-vous, je l’embarque comme par magie. Par mon regard, je lui dis : toi, je ne t’oublie pas. Cela peut-être l’espace d’une seconde et pourtant, le voilà bien en moi. Nous nous étions demandés si nous n’étions pas finalement des collecteurs de personnes. Vous souvenez-vous comme nous avions été étonnés d’avoir cette même et vive impression ? D’où cela peut-il nous venir ? Me voilà à vous écrire ces choses que nous avons maintes fois évoquées, mais c’est ce qu’il me vint ce matin et je me demande si ce n’est pas dans le but de conserver nos paroles complices, tous ces moments qui forgent notre amitié. Merci d’être, très noble ami.

Votre B.

Correspondances XL

Très cher,

Une goutte de lumière sans aucun doute, parce que la lumière abonde, même au plus noir des abysses, une goutte suspendue comme éclairant indubitablement le chaos qui n’est pas véritable, car une goutte de lumière nous parle et nous dit le mystère. Une goutte épanchée, de saveur inconsommable, juste comme une rosée qui vient sur le cœur palpiter et devient ainsi la fleur éternelle. Celle-ci a bien son langage. Elle s’ouvre perpétuellement et ne vous trompe jamais. Cette fleur devient la lyre, cordée aux douces notes, magie des prières incantatoires, mémoire de l’unité. D’où viens-tu ? aurait-on la faiblesse de demander. Mais nous savons que la réponse est dans la question. Complicité inouïe avec cette lumière tournoyante, effusive, sans frontière, évoluant dans son propre cadre d’infinitude, de semblants paradoxes aussi. Quand perdue dans les promenades solitaires, nous touchons avec un détachement qui n’est assurément pas de l’égoïsme, et comment cette chose pourrait nous envahir, lors que notre essence est tout autre, les sentiers sauvages au milieu de la campagne, non loin de ces prodigieuses montagnes, ces imposantes vagues qui nous parlent comme le fabuleux océan, gorgé de surabondance exultante, jamais défaillante dans sa constance, parce que nourrie de sèves exaltées, d’amour culminant, d’union cultivée, comme l’on cultive lentement le jardin de notre âme, ce jardin qui se révèle sauvage, indomptable, et pourtant depuis son inextricable fouillis apparent, chaque chose est exactement à sa place. Nous n’éprouvons ni peur, ni doute. Effectivement, le sourire est suprême quand il provient de cette source inaltérable, inépuisable. Nous pouvons lui donner tous les noms, mais un jour, c’est bien elle qui s’empare de nous et qui nomme chaque chose. Une fois que nous entrons dans l’intimité de la Nature, Celle-ci ne nous lâche plus jamais, et nous fait le don de Son secret. Lors que Celle-ci donne, comme est légère sa main. Comme sa main pèse à peine et, délicate offrande, s’efface en nous submergeant.

Votre fidèle B.

Correspondances XXXIX

Très cher,

Quand nous n’avons plus aucun désir, l’expansion arrive. Il s’agit à proprement parler d’une ouverture qui vient au moment propice. Celui qui goûte à cela ne peut plus y échapper. A ce moment-là, nous ne comprenons pas plus, mais nous sommes saisis par ce qui ravit notre cœur. Pour certains, cela ne vient jamais ; pour d’autres, le cœur est en permanence en cette légèreté et ils ne peuvent désormais plus vivre autrement. Oh ! ils savent sans aucun doute faire les gestes de tous les jours, mais jamais ils ne s’adaptent à ce qui n’est pas cet émerveillement. D’ailleurs, ils marchent précautionneusement sur la terre, ils se promènent en ville de la même manière. Ils ne songent pas un seul instant que le bruit furibond des voitures leur ôte la vision exquise d’un moineau égaré dans les tourbillons citadins, ni n’exclut la lecture des signes qui palpitent comme le cœur venu au monde. Rien, ni personne ne peut leur enlever la mémoire vivante des choses. Ce sont les yeux qui se transforment en une multitude de papillons évanescents. Le visage d’une femme que l’on croise, celui d’un moribond qui suffoque de fantomatiques gestes dans la lenteur de la marche, l’enfant qui geint par caprice, le vent qui saisit les branchages et ces parfums subtils du langage intérieur. Quand nous ne connaissons rien, l’univers devient une page infinie et le corps s’arrête et les bras se lèvent, sans complexe, alors que le corps chante au milieu de la foule, en volutes d’amour. Plus rien n’est ombre, ni même incertitude, mais effervescence de sens que la dilatation ne sait retenir. Les perceptions de cette exaltation enveloppe chaque chose, alors qu’en réalité, nous savons que le monde périt de la séparation. Un jour, l’encre sera asséchée, mais quelque chose de juste, de beau, de pur, de vrai, d’amour nous sera révélé.

De tout coeur,

votre B.

PS : vous confierai-je ceci ? Sachez que ce qui nous semble injuste, cruel, voire laid, ne l’est absolument pas.