Apnée

L’apnée intense,
Au papillon qui passe,
Le cœur transpercé.

Plusieurs jours flottent au-dessus du temps et l’instant devient au silence celui qui saisit l’âme de son endormissement. Parle-lui, me dit-il, mais je lui réponds : je ne peux plus. Tout est là.

Temporel

Chaque instant, nous mourons ;
Chaque instant, nous renaissons ;
Chaque instant se perd dans le continuum.
D’où vient notre illusion ?
L’enfant tisse au pôle réfractaire, son propre rêve.


Nous nous sommes accrochés à une projection temporelle. L’enfant s’assouvit dans l’inachevé. Il cristallise la matière, solidifie son rêve et fabrique son enfermement. Si nous nous réveillons avant la mort, nous connaissons la présence de l’instant.

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Photographie de Lewis Carroll, Xie (Alexandra) Kitchin.

Naissance

Aux limites du réel,
Quand l’âme recèle l’autre âme,
Alors, l’aube perle.

S’écorche le jour de la nuit, et tandis que sans jamais se perdre, tous deux forment un cercle. Toi, saisi par le secret, lors que toute chose se révèle, différente et plus belle, ton cœur s’extasie. Au delà de l’âme, il est encore une âme et chacune se rencontre. Telle est la naissance ! Telle est aussi l’essence d’un autre monde. Ici, la vérité a un prix. Pourquoi s’accrocher à la coque ?

Inconnu

Je n’ai rien cherché,
Mais, il m’a cherchée,
Et je le trouvais.

Je balaie d’un grand geste toute raison et vis comme une mendiante. Vous me trouverez au bord de la folie, mais j’aligne tous ces mots, car ils dansent en moi. J’ai tendu les mains tant de fois, si vous saviez ! J’ai répugné aux discours, à la rationalité. Si j’avais découvert le connu, je n’aurais rien cherché. Mais quand cet Inconnu vous saisit, vous demeurez dans ses yeux et vous vous y noyez. Vous Lui dites : Surtout, ne bouge pas ! Ne bouge pas !

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Œuvre de Anthony Frederick Augustus

Innocent

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Imagine an innocent being.
Imagine him learning.
Imagine that it crosses the world of shadow, to return to the Light.

One day he came.
Another day he took me.
Then, another day, he taught me.

Le saisissement vient du temps qui rompt avec le temps. Le cœur se mit à battre plus fort, le regard entendit ; je sais qu’il se mit à parler. Il me bouscula avec la parole, mais n’était-ce pas plutôt son regard ? Il était beau à vous couper le souffle. Il était innocent à vous interpeller pour toujours. Je ne sus plus vivre en dehors de l’Amour. Dites-moi ce que vous voulez, cela m’est égal. L’Amour est plus fort que tout.

I no longer knew how to live outside of Love. Tell me what you want, I don’t care. Love is stronger than anything.

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Peinture d’Edward Burne-Jones

Lumière auguste

Chaque instant, le non-instant,
Une horloge précise,
Rythme du cœur.

Il est soudaineté de Lumière, la vie émue d’un petit pas, notre Dame. Que ta Sainteté drape nos âmes ! Femme du tout-instant. Femme du non-instant. Station virginale du repos et de l’élévation. Quintessence de connaissance.

Nord

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Des gerbes de nuits insensées,
La lune s’y accroche,
Les étoiles, nos lacs bleutés.

A bras-le-corps, le voile du Nord, les vents de l’espace ; comment ? Ma joie de tisser avec Toi un instant et qu’éclate donc l’orage !

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Peinture de Edward Burne-Jones

Ivre

Tambours plein les pieds,
Cordes tendues de nuages,
Danser, le cœur ivre.

Sauvage, dents serrées, talons hauts, chevilles tressées, virevolte dans l’été. Ai rarement frappé le sol de notre marche, mais, que nous prend-t-il à présent ? La la la la la !!!

Regard

Le ciel s’ouvre,
Au loin s’étendent les montagnes,
Puissance d’un regard.

Les nuages forment un cadre, et l’ombre frémit sous un vent léger. L’éternité, Ô combien émouvante, est apparue subrepticement, et le cœur a failli exploser. Je lançai à voix haute : « Je T’aime ! » et le ciel entier a étreint mon âme. L’arbre, d’à côté, a chancelé. Je T’aime encore plus fort. Que dire si ce n’est aimer ?

Unité

L’instant requis,
Serrement au bout des doigts,
Ne te disperse pas !

Voici une cruche bien remplie qui souhaita déverser un torrent. Mais le temps charrie les scories et le monde entier franchit le Rubicon. Du limon, la terre fut tantôt fertile, tantôt stérile, en aval tout comme en amont. Maintenant, je ne sais pas ce que vaut cet instant-là : peut-être que le serpent se mord toujours la queue ? Peut-être que plus loin, quelques uns comprendront… Peut-être…Qu’il s’agissait d’une épreuve au milieu des tourments ? Peut-être que le réveil sera brutal. Ainsi, nous verrons.

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Peinture (détails) de Bertha Wegmann