Dix mille pachydermes

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Dix mille pachydermes sont passés,
Mais aucun Baobab sur le chemin,
Le soleil effleure la savane,
Comment avez-vous survécu au déluge ?
D’une graine, dix mille encore égrènent,
Point de girafe au long cou,
Les caïmans pâlissent devant les pâturages verts,
Ne soyez pas ignares, les crocodiles le disent :
Quelques larves avérées et quelques criquets.
Non, ne soyez pas crédules !
Rien de tout cela n’a existé.
Comment ? Vous doutez ?
Je vous le dis de net : je ne vous crois pas.
Vous n’êtes ni ceci ni cela.
Avez-vous existé ?
Est-ce le parfait déni ?
Oui !
Je ne vous crois pas.
Mais vous, êtes-vous bien là ?
Comment, vous ne le savez pas ?

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Œuvre de Annie Walkowiak

Traversée

Chers amis,

Une traversée remuante sur toutes les strates diverses du corps et de la conscience. Cette belle traversée, si éprouvante qu’elle soit, nous donne à prendre encore un grand recul sur toute chose. Je suis ici, et je n’y suis pas. J’y suis toujours. Au-delà des flots, l’eau demeure intacte et fidèle à elle-même. Peut-être serai-je de retour, peut-être non… Je vous souhaite de tout cœur, une belle traversée, aussi.

A bientôt…

Béatrice

Le monde est un Cantique

Combien de fois, à la lueur de la lune, les êtres insolites revêtus de moussus luxuriants, traçaient sur certaines roches agrippantes, nos rêves entremêlés, et c’est d’avoir longé les frondaisons odorantes que nos âmes, toutes deux, se sont épanchées abondamment. Nous marchions le cœur palpitant et nous semblions aussi grands que le vent. Elles parlaient, à l’aube naissante, ces vestiges du généreux Amant. Nous entrions dans le murmure et nous respirions l’exhalaison de nos élans, comme ne sachant plus vivre autrement. A l’heure qui trépasse, élégance d’une continuité, il est un soupir riche de sillons d’argents et nous reposons sans cesse, les clés du firmament sur quelques partitions de mousses. Nous ne savons rien et ce sont les bruyères qui nous ouvrent un mystérieux espace. Combien de chants opalins, de nacres ondoyants à nos lèvres sidérées par ces jaillissements ! L’or est un ruisseau dans lequel baignent certaines créatures apparues depuis la lune blanche, puis glissant vers les dunes d’un sortilège exaltant. L’onde sereine palpe l’horizon et dit : Comment ? Des petites ailes poussent pour taquiner les larmes de l’enfant. Comme elles effleurent ces allégresses et comme elles sont désormais la clarté secrète d’un enchantement ! Je les ai vues, mille fois et encore mille autre fois. Quand elles apparaissent, elles entament le plus beau des chants. Je répète tout comme l’onde : Comment ? Et ces êtres éthérés rient et dansent de par les grâces précieuses d’un cristallin. Alors, au fond des bois où je vis, un autre chant plus puissant s’élève et l’on me souffle : Vois ! le monde est un Cantique, et nos cœurs résonnent sans discontinuité, au pouls de notre Amant.

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Illustration de Georges Soper

Nous ne sommes pas dupes

Peinture (détail) de CHIE YOSHII

Nous ne sommes pas dupes, nous ne l’avons que très peu été.

Nous n’avons pas vécu grisée par la duperie, mais nous avons tout de même été dupe de nous-mêmes. Cette seule faille nous a valu de retenir les temps de nos deux mains, peut-être aussi de nos deux mâchoires ; cette faille a eu pour effet de retenir les temps, puis le temps d’un monde qui n’a jamais eu véritablement d’impact sur nous, car nous étions libre, libre jusqu’à la moelle, libre jusqu’à ce qu’un immense éclat de rire nous ceint de ses deux bras et nous montre combien nous tenions le bon fil. L’homme n’aime pas entendre la vérité, oui, c’est vrai. Par conséquent, comment expliquer que nous avons eu l’audace de nous tenir face à elle, et même de plonger dans son flot vagabond ? Nous avons couru, comme tout le monde, oui, nous nous sommes prise au sérieux, comme tout le monde, puis, quelqu’un a tiré, derrière notre dos, cette chemise, la chemise de nos prétentions, manquant même de nous étrangler. Il nous a retenu d’une poigne ferme et nous a demandé : où vas-tu ? Quelle sorte d’extravagance nous a prise ? Quand le temps s’arrête, nous entrons nu dans la vallée. La vallée est d’abord la vallée de la peur, incisive, oui sans conteste ; elle est assurément le rendez-vous avec la vérité et la vérité est extraordinaire. Peut-être vous en confierai-je quelques secrets ?

Noël

Joyeux Noël à tous * Merry Christmas to all

Parce que chaque instant est le premier, et parce que chaque instant est le dernier, le souffle si précieux, parce que nous buvons à Celui-Seul qui abreuve, nous sentons la joie de devenir autre, mourant et vivant à chaque réalité, découvrant Son Secret. A la mort nous Le voyons, à la vie nous Le voyons, et quand nous L’accueillons, au dernier souffle, Il est Le Premier. Cette nuit, à chaque instant, est la nuit, et l’aube d’une nouvelle journée. A chaque étreinte, nous sommes Son Décret, et chaque jour, Il œuvre, quand la nuit est la douceur de notre rencontre.

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Je vous souhaite de vivre ces moments de douceur, au foyer de votre cœur, cette nuit et toutes les nuits à venir. Je vous souhaite le plus beau cadeau qui s’offre, celui qui n’est visible que par le cœur, aux yeux grand ouverts, en la lumière de votre maison intérieure. Puissiez-vous être touchés par Sa Grâce, et vous en souvenir, nuit après nuit, jour après jour. A tous, douce et luminescente nuit d’Amour, de paix et de joie !

Béatrice D’Elché, le 24 décembre 2021

Confidence d’un servant

機密

L’art de dresser une table au milieu d’un salon, sans prétention, en posant une simple chandelle. Celle-ci tremble de toute sa flamme dans la nuit éclairée par le petit geste d’un souffle. Mettez-y un capuchon, ou bien une feuille d’érable d’un vermillon prononcé. Grenade émerveillée au-dessus d’une nappe mordorée. Quel est donc ce poussif élan forcené, au-delà des pins sylvestres ? Plait-il à sa majesté de poser son séant à la place indiquée ? Non, par ici, majesté, un fauteuil d’une couleur grenat vous est réservé. Comment faites-vous pour continuer de vivre sans être indigné, sans même vous révolter ? La vie ineffable trace une certaine conformité, et lors que ce monde vous assigne à une résidence, portez-vous bien, innombrables petits numéros dans la vaste machinerie ! Comment faites-vous pour croire aux sornettes des palefreniers, des bas lignages et de certains chimpanzés ? Ah non ! je ne suis pas le moindre du monde contre la race des primates. Ce sont de petits animaux drôles et quelques fois espiègles, pouvant causer, néanmoins, de sérieux dégâts. Comment ? Que dites-vous ? Il me semble que nous tenons depuis quelques temps un fameux discours de sourds et de muets. Veuillez ne pas m’en tenir ombrage. Je suis, vous le savez bien, un enfant gâté.

Chers lecteurs

Étant absente pour une durée indéterminée, je ne puis ni suivre vos publications, ni publier mes écrits. Je vous remercie pour votre présence, et pour tous les précieux commentaires que vous laissez sur ce blog. Je ne puis y répondre avec attention comme je le souhaiterais, mais je le ferai dès que possible.

À bientôt chers amis.

Béatrice

Intelligence

#art de Convallaria maialis

L’intelligence ne meurt pas, puisqu’elle se cache là même où les pierres restent muettes. Tentez de la saisir et voici qu’elle vous rit au nez. L’intelligence a des milliards d’années, mais que dis-je, elle ne relève plus d’aucun nombre et se tient droite sur la citrouille, comme un homme qui marche lentement sous les étoiles. Elle a les allures fières d’un têtard, que dis-je, plutôt celles d’un lézard. Elle s’inscrit partout où vous semblez ne rien voir, puis elle vous vient par derrière tel un enfant qui vous surprend avec ses deux bras vigoureux et qui ne veulent plus vous lâcher. Elle trébuche sur le caillou d’un très implicite sentier et l’on voit passer un énorme cheval qui vous montre ses dents. Cheval de trait, dans un pré dont on ignore l’âge. Cette intelligence se glisse sous l’oreiller, puis rafraichit les rêves que l’on tarde à oublier. C’est un peu baroque, je vous le concède, mais que dis-je, la sauterelle vient de me confier quelque bonne nouvelle et peut-être que je suis sur le toit d’un parapluie qui vous dit merci comme l’on dit bonsoir, sans jamais se lasser, puisque le vent du large vous taquine et que la petite mélusine s’endort sagement dans un lit de mousses sauvages. Je rêve enfin de t’étreindre et de ne plus jamais desserrer mes bras fous de toi.

Peinture de Edward Robert Hughes

Colombelle

Incisives dentitions, mordantes et pour quoi faire ? Une pomme n’est bonne que par son pédigrée et j’en ai croqué de juteuses, même les acides aminés ont quelque chose d’essentiel. La plus vieille pomme n’est pas une poire et c’est ainsi que s’adresse la colombelle à son ami courtisan. Elle frôle un peu le ciel de son aile puis s’en retourne au Carrousel. Cocasserie et humour pour un monde qui du puzzle ne détient qu’une partie du tableau. Le bal était masqué car mon velours, j’ai oublié, et de mes atours, je vous livre peu. Quand tout donner est une gageure dans ce monde immature, pour vivre heureux, vivons cachés. Avez-vous parlé de folie ? Que nenni, je vous confie, de plus belle, une dose de mon rire. S’il était grinçant, aucune porte n’aurait son battant. Au loin, Colombelle rejoint son Arlecchino, veuillez ici lire un poème, écrit à l’intention d’une jouvencelle et d’un damoiseau. Ils tinrent ce discours dans les couloirs d’un château, l’éventail recevant leur propos. Du prélude, ne gardez que l’essentiel, mais du rire, recevez mes chaleureuses intentions. Au miroir déformant, crissent les dents, tandis qu’au rebours, je vois marcher une ombrelle, au-dessus d’une élégance, celle d’une chevelure cendrée de mèches et sertie d’une barrette dont le soyeux papillon est d’un bleu d’azur pur et de quelques gouttes de vermillon.

Hommage à Claude Monet, la femme à l’ombrelle, peinture de A MT VANKERK

Trouve-moi

Si tu veux me trouver,
Entre en ce cœur brisé,
J’ai tenu les morceaux,
Puis j’ai dansé.
Si tu veux me voir,
Entre en mon étreinte,
Puis serre-moi de tes bras,
Sans compter
L’instant.
Si tu veux me connaître,
Observe l’hanneton, la fourmi et même l’oie,
Suis la légèreté du papillon sur la voie,
Puis sème au vent le chant Aimer.
Tu me trouveras dans les déchirures,
Aux soupiraux de nos rêves à Trois,
Entre l’églantier, la rose et le mimosa,
Tu me trouveras dans une larme,
Puis dans la voix qui s’exclame,
Au sein d’une longue invocation,
L’apesanteur sans douleur,
Le cristal d’une pleine lune,
L’écho du vent de douceur,
Et nous nous verrons, alors.
Qu’importe les brisures,
Voici que la voix est un pont,
Sur les coteaux aux grappes mûres,
Je cours sur le chemin,
La joie dans les bras…
M’entends-tu dans le la la la ?