Ecriture

Je cherchais l’écriture,
Plongeai dans l’abîme :
Les mots se mirent à parler.

C’est elle qui me trouva et me façonna. Elle cogna fort tout contre ma poitrine, et la coque s’ouvrit dans le plus grand des fracas. Je gravis une montagne, puis une autre. Je courais à travers la blancheur aveuglante, et j’allais dans l’encre noire de la nuit. Qui me guida ? Les mots furent des flèches et me transpercèrent. Il en plut un ciel, que dis-je, un univers ! Je cueillis les flèches et le carquois. Tous se transformèrent et devinrent les profondeurs d’un grand voyage.

Fleur

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Vase aux larges anses,
Du silence est votre fruit,
Cette fleur, votre langage.

Cette conscience tel un étage, du rubis à l’ombre de votre nuit, les étoiles tel un adage, l’or de votre nuit.

Cent lunes

Sans lune, l’enfer est un arc,
Que des mains malhabiles,
Bandent au gouffre sans fond.

Mais la lune offrit son arme subtile, au déclin d’un jour, secrètement, dans l’arrière-saison d’un Temple, notre souffle ; tandis que le cœur exprima à la lumière d’un corps, l’heureuse conversion. C’est ainsi que les êtres sublimes déferlèrent. Nous volions et leur chant nous portait sur les cimes du firmament. Nous les vîmes et les entendîmes, aussi clairement que l’eau renversant la roche des ruisseaux. Cent lunes les acclamèrent. Cent lunes les révélèrent.

Naissance

Aux limites du réel,
Quand l’âme recèle l’autre âme,
Alors, l’aube perle.

S’écorche le jour de la nuit, et tandis que sans jamais se perdre, tous deux forment un cercle. Toi, saisi par le secret, lors que toute chose se révèle, différente et plus belle, ton cœur s’extasie. Au delà de l’âme, il est encore une âme et chacune se rencontre. Telle est la naissance ! Telle est aussi l’essence d’un autre monde. Ici, la vérité a un prix. Pourquoi s’accrocher à la coque ?

Taureau

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Temps irrésolu,
La force d’une troublante idée ;
Je lui prenais les cornes,
L’agitait dans tous les sens,
De velours noir et féroce,
L’animal se cabrait,
Lumière dans son regard,
La bête fulminait !
Mais je m’aperçus que l’idée persistait,
Sous le olé, l’arène en feu,
Je saisissais encore le taureau,
Devenait soudain femme :
La bête bousculait mes mots,
J’étais fragile et forte tout à la fois,
N’avais qu’un vieux lasso,
Olé ! Olé ! le temps me narguait.
Sitôt le soir venu, la bête s’affolait,
Il s’agissait d’une lutte entre ciel et terre,
Comme elle fulminait,
Je m’accrochais à ses yeux,
L’instant d’après,
Le taureau m’hypnotisa,
Je devins lui et il devint moi.

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Peinture de Thierry Bisch

Eclosion

Être au-dedans,
C’est être d’abord,
Au bord,
Appelé,
Puis, entrer en l’appel,
Le laisser entrer,
Le laisser tout prendre,
Ravager le corps,
Etreinte du laveur,
Les deux mains entières,
Puis, le laisser éclore.

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Peinture de Lisa Larrabee

Cœur 心

Mille tourmentes,
Jusqu’aux rives infernales,
Et la tourmente est insigne
A notre âme éprouvée.

Sans le dévastation,
Les ruines sont une épouvante,
Quand au-dessus de la mêlée,
La vie est brûlante de sérénité,

Car, de traverser un pont,
L’homme s’échappe,
Il n’a plus peur d’aucun démon,
Le cœur est sa réalité.

La sauterelle

Traverser les flammes infernales ; tenir la flèche incandescente et entendre le vent arracher les lambeaux de nos afflictions ; regarder en face les voiles de nos acharnements ; apprendre, surprendre, offert sur les falaises de nos rudes franchissements, balayé par les rafales insoutenables, croupissant dans les vallées sanglantes de l’âme ; se tenir debout avec la bravade des obstinés et ne jamais abandonner. D’avoir ainsi écouté, l’on est conduit par l’esprit du monde ; il vient, cet ami, sans ne plus vous quitter. Les mots se bousculent, la chair visite les déserts, longs voyages, au soleil levant, dans les montagnes, jusque dans les mers vastes et profondes. L’on en vient à s’assoir et à sourire. Parce que le feu n’a pas été le feu, ni l’obscur sortilège, un monstre disgracieux, mais bien la sagesse alchimique. De longues heures à laisser le monde nous apprendre. Nous ne sommes ni conquérants, ni gouvernants, ni batailleurs dans aucune cité. La petite sauterelle m’apprend à lire muettement sur les lèvres d’un dormeur et soudain, je vois l’éveilleur. Il s’agit d’une lanterne, dans la nuit bouleversante, elle-même présente au chant des grillons que les étoiles allument de douce poésie. Combien de secondes sont une éternité ?

La femme

Notre souvenir commence quand tout s’arrête. Notre sensibilité se révèle quand tout nous retient dans la défaite. L’épreuve nous démêle de nos encombrements et soudain, la grâce de n’être ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. La force vient de notre faiblesse. L’amour vient de notre dépassement. La paix vient de notre silence. La transformation vient de notre sublimation. Une femme sait cela quand elle ne se débat plus. D’avoir enduré, elle vit le commencement à chaque instant. Son alchimie est une puissante magie.

Peinture de Vladimir Volegov

Chrysalide

Je ne sais quand le souffle chaud
Effleura primesautier la chrysalide.
Peu nous en chaut si le vent déride
Les rumeurs aux permissions affables,
Prolixes, aux lourdeurs insoutenables.
Tandis que le papillon tel un cantique,
Main évasée, danse léger à l’horizon.