Plus loin encore

Je m’arrêterai mille fois encore, n’ayant jamais avancé, car, où aller ? Je ne bougerai pas. Je serai un arbre dont la féerie commence là où tout est parfait. Je suis dans une cellule, mais, je suis partout à la fois. Tu as brisé les murs et des jaillissements effusifs, je me suis arrêtée. Je ne bouge plus ; je ne respire plus. Je pose les mains sur l’accueil d’un imperceptible souffle, Ô Souffle, comme je ne sais plus te dire, mais comment dire ? je demeure immobile, et la lune est altière. Elle plonge dans le puits de notre discours. Comment ? Oui, il s’agit d’un indicible murmure et je sens combien Tu me serres au-delà du possible. Il n’est qu’un seul possible d’ailleurs, et comment y en aurait-il un autre ? Je pointe un doigt et touche le sol. Maintenant ce doigt monte au ciel et prolonge l’effervescence du cœur, Ô cœur ! Les yeux se ferment et tout autour bruisse. Il se tient droit, bien droit et de nouveau, le souffle entre en apnée. Je suis sur la place publique et regarde, puis, le dit fort, car le dire fort est une émanation salutaire, entrelac de joie. Je me retrouve dans un lieu qui n’existe pas. Il est au-dedans, au-dedans, vous dis-je. Le doigt vient toucher le cœur ; le cœur, là où l’horloge n’est pas de ce monde. Chaque instant n’est qu’un seul instant et il me fait rire. Oui ! Vous pleurez sur les défunts, les torturés, les impasses cosmiques, ou terrestres. Vous pleurez sur votre nombril, vous pleurez sur les informations que vous ne vivez pas un seul moment, mais vous pleurez. Vous pleurez sur les abeilles qui meurent, et puis sur les bombes qui mangent des pieds, des jambes et des bras. Mais, vous ne pleurez pas vraiment. Vous ne riez pas non plus. Vous ne savez plus. Alors, je m’arrêterai mille fois encore, n’ayant de ce monde qu’un arrêt qui s’ouvre sur toutes les perspectives, plus loin encore, plus loin encore.

___

Peinture de Edward Burne-Jones (1833-1898)

Visage de lune

.

Nous nous étions rencontrées, il y a fort longtemps. J’étais alors étudiante. Déambulant dans Paris, à mes heures perdues, j’avais fini par atterrir au sein d’un cercle quelque peu intime et où l’on redécouvrait, tels des nouveau-nés, la spiritualité. Nous réapprenions tout, le monde caché, le monde des douces concordances, de la fraternité, de la pratique, de l’avancée. Ce jour-là, elle arriva. Je fus frappée par son visage de lune. Elle resplendissait. Je la regardais. Tout son être semblait se détacher du groupe. Elle souriait avec une réelle grâce et les yeux baissés, elle avançait dans la pièce. Ce sont les premières impressions qui comptent. Tout comme avec Emily Kaitlyn, je demeurais sous le charme vibratoire de sa réalité spirituelle. Sans doute, suis-je très sensible à l’aura de l’autre. (…)

Lire la suite

Le ciel transperce

Au-dessus de la montagne,
Le ciel transperce,
Le cœur Te reconnaît.

Chaque chose devient une confidence et Tu me dis ces secrets qui ont le goût des perles odorées. Le cœur du roitelet, les frondaisons opulentes, l’arbre majestueux, mille mondes jaillissent et mille autres encore. Je me suis arrêtée, et j’écoute. Entends-tu mon ami ? Entends-tu le passage du lézard sous les branches ? Il me raconte l’histoire d’un muret. Je le suis en riant. Combien de fois me suis-je perdue, même devant l’araignée ? Une herbe s’agite et je lui tends la main. Le blé danse, parsemé, ici ou là, dans un jardin luxuriant. Il a parlé. Sans Toi, je n’ai pas de cœur.

______

Peinture de Phoebe Anna Traquair (1852-1936)

Confidence d’une fauvette

Le cœur d’une fauvette,
Me confie mille petits mots,
Le chant et la retenue.

Lente rêverie sur le sentier ; La solitude d’une réalité vibre au même moment et l’Amour creuse un sillon depuis la source jusqu’à la vallée. J’aime mourir à chaque instant. Le temps s’est arrêté. Il n’existe plus. Ô mort qui devient vie ! Ô mort, je sais que tu es vérité. Mort ! Qu’as-tu fais de moi ? La mort est Amour.

______

Peinture de Juan Manuel Hernández

Le langage des oiseaux

.

Si l’on dit que le monde s’écorche vif, et que des braises incandescentes sont parsemées dans un ciel rougeoyant, et si l’on dit que le vent se grise des feuillages de certains arbres, tandis que les fleurs éparses dansent et luttent parfois âprement, alors que les oiseaux volent, j’écoute leur ronde et demeure ainsi, assise, emportée par le temps. Lors que je m’allonge, je reste les bras posés sur les draps frais et blancs, paumes ouvertes et priant. L’oraison est si puissante, le souffle si prégnant, le corps se suspend à la présence, que dis-je, il en est tout entier submergé, et le cœur palpite subitement. Tandis qu’il est à précipiter le rythme, il se passe quelque chose qui relève totalement de l’intemporel et c’est ainsi que l’instant n’est plus instant, mais brusque conscience et discernement. Quand je relis, par moment, presque subrepticement, Le langage des oiseaux, je vais sans discontinuer vers Farīd ad-Dīn ʿAṭṭār et je m’assoie auprès de lui, au plus près de son âme dilatée, des pays qu’il visite et tous me heurtent d’une pointe suave qui me laisse hébétée. Durant de longs moments, je ne suis plus ici. Mon corps s’envole, mon âme voyage et je rejoins tout l’univers sans craindre un seul moment d’oublier le reste de la condition transitoire d’un monde. Quand un oiseau chante, son chant est à nous enseigner. Il heurte nos assoupissements et tel un prodigieux écho, il nous fait part de la plus infime relation, car toute chose est une vibration intense et je sais, oui, je sais, que cet instant n’est rien autre qu’une présence, celle grandiose d’une lumineuse réalité.

Royaume

Le son court,
L’univers centré,
L’harmonie pure.

L’état d’un cœur qui bat ; cessent toutes projections ; la courbure d’un navire ; les vagues évanouies dans la résorption d’un souffle ; grandeur d’un Royaume.

Vision

Le monde a disparu,
Englouti,
Et voici que suspendu,
L’étang sème,
Flottement impromptu,
Je meurs à l’instant,
Plaines éternelles,
Le son des gloires des inconquis.
Entends-tu la vision qui égrène ?
Etrange oraison,
Sur un fil inconnu.
Le monde a disparu,
Qui donc est apparu ?