Immutable soif

Les jours s’en vont,
Ils passent selon leur nature,
Rien ne s’y accroche.

Soif aspirée par la soif, l’immutabilité d’une soif ! L’Eternel agit et plonge dans l’abysse de l’être. Il brûle tout ce qui n’est pas Lui. Il crée un passage. Je L’ai reconnu : Il danse.

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Vol

Ô ce vol, mon cœur,
Tu en as fait un voyage,
Cet indice que tu traces.

Serons-nous délivrés du rêve ? La joie ineffable d’une trêve et le couloir de nos pas, voici la lenteur du geste, le regard s’en va.

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Peinture de Federico Infante

Ensemencée

La prose a cela de doux, douceur d’un vieux sentier au beau milieu de la campagne automnale, et sans nous étourdir, malgré tout, alors que les pas se font dansants, menus, dans les parfois, les arbres posent sur nous un regard inégalé. Il nous vient ce rythme alangui, mais, loin derrière, la feuille pleure, nous émeut par sa délicate présence, et sur le sol, gravitent, en densité à peine mesurée, les bruns et les jaunes de leur craquelure. Non ! Non ! le cœur n’est plus celui d’une adolescente qui cherchait, avec la déchirure des crucialités, le pourquoi du monde, le pourquoi du pourquoi. Le cœur n’est plus tendu, pareil à une voile dans les tourmentes d’un océan tempêtueux, ni même, écorché par le vent vif des interminables hivers. Il ne reste plus de trace sur la blanche écume, ni même tous ces pourquoi.

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Le Thé

Le thé et le temps,
Le soleil radiant,
L’ocre d’un rayon,
Suspendu à ton souffle,
Et le geste mesurant,
Ton cœur saisi par son or,
Seconde du firmament,
Poésie rebelle et accrue,
Sans trace de ton élan,
Le thé et le temps,
Effacés, comme évanescents,
Volute de l’eau,
A la surface d’un lac immanent,
L’un et l’autre disparu,
Ton cœur sans effort,
La lueur d’un feu vacillant,
Puis, la vague s’apaisant,
Le dos bien droit,
Les mains façonnant,
L’instant du sol flottant,
Le corps disparaissant,
Mais le roseau parlant.

Mâdad

La force de la plainte,
Ô plaine !
Libre comme l’aube,
La force de la voix,
Au creux de tes propos,
S’éloigne…
La force de ton cri,
Ô danse !
La puissance
De ton chant,
Mâdad !
La force de ton élan,
Ô Silence !
Je marche et l’éclose,
Dans la savante révérence.
La force de ton audace,
Ô Sagesse !
Céleste envol,
La force d’une percussion,
Ô corps !
Du vivant de tes mots,
Le rythme de notre oraison,
Mâdad !
Lointaine marche,
La rive la plus proche,
Les feuilles qui passent,
Les continuités de ta persévérance,
Les ébauches sur le sommet,
La montagne nous enveloppe,
Mâdad !
Floraisons de l’échappée,
Le tambour,
D’une vigoureuse cadence,
L’éprouvante montée,
Aux écorchures automnales,
Il n’est que Lui !
Je tiens la perlée
Enchevêtrement de nos liens,
La cuisson de l’Empyrée,
Tandis que le chant vibre encore,
Si haut et si tenace !
Mâdad !

Le sage

Rive à la dérive,
Place à la déclasse,
Bien calé et décalé,
Plantureux puise à l’eau,
Il y a démence,
Et puis folie,
De rive en dérive,
A dos d’un bœuf,
Disparaît du monde :
Le délire est grand,
File au bras du vent,
Quand il est doux,
Ne pas sauter du pont,
Traverser les eaux en silence !
Le sage change sa monture en âne,
Mais le bœuf tressaute,
Sa joie d’être la bête de somme,
Tel disciple frémit de perdre le sage,
Quelques propos, je gage,
L’homme vient et surgit de loin,
Je l’ai vu assis sur un nuage,
Il fit ce simple rappel :
Seuls les pauvres et les démunis,
Vide besace,
Gardent le cœur loin des conjectures.
Quoi ?
Le sage se tait,
N’en prenez pas ombrage !

Correspondances LII

Très cher,

Depuis longtemps, nous avons cessé de croire en la politique. Il nous semblait que les solutions, intégrations et autres fariboles devenaient saugrenues et nous excluaient définitivement de toute réalité. La vie n’appartient pas à ceux qui se voudraient nous diriger. Que l’on s’appesantisse ensemble sur les modalités d’une organisation sociétale, cela me semble, certes, la plus franche des approches. Depuis longtemps, nous savons que le pouvoir est corrompu. Une véritable gangrène quasi indissoluble. Pourtant, à défaut de sombrer dans le plus grand des désarrois ou de sauter de joie comme la plus niaise des personnes, nous avons opté pour un chemin intérieur, résolument et définitivement. L’on pourrait dire que ce chemin nous a choisi. C’est presque certain. Toutes choses, en nous-même, et même à l’extérieur, participaient de cette vivante orientation. Nous en avons parlé bien souvent. En dépit du fait que ce monde court à sa propre perte, nous avons répondu à l’appel intime de notre être. Nous n’y reviendrons pas. Au point où nous en sommes, nous n’avons pas peur du lendemain, ni peur de mourir de faim ou de froid. Si nous quittons ce monde, nous le quittons avec quiétude. Sans doute, sommes-nous loin de tout comprendre, mais, à ce moment précis, nous n’éprouvons ni regret, ni âpreté, ni rancune. Nous n’espérons ni nous ne désespérons. Nous sommes reconnaissante.

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Les ailes

Le rougeoiement du cœur,
Semblable au désir insatiable,
Les effluves d’un voyage.

Où s’en est allé le bruit furtif des ailes,
Noyé par les rougeurs du ciel ?
Et où s’en est allé le regard incertain,
Aux sillons brefs du matin ?
Où s’est donc alangui le soleil,
Quand les oiseaux s’échappent au firmament vermeil ?
Les a-t-on suivis sans que rien ne nous retienne,
Ou bien s’est-on appesanti sur ce que crayonne
Un cœur tout étourdi ?
Reviendront-ils nous donner quelques nouvelles,
Là où leur bec pointe ivre et, l’étendard qui flotte
Au sommet d’un autre monde ?
Je vais avec eux sans plus attendre,
Ces ailes frémissantes et haletantes
Sont de loin mon périple favori.

L’eau

L’eau glisse,
Mes pas l’effleurent,
Ou bien est-ce mon cœur ?

La sérénité est semblable à un lac. Le miroir est aussi stable qu’une montagne. Pourtant celle-ci voyage si loin que le cœur a tressauté. Était-ce ici ? Était-ce ailleurs ? Le miroir s’entrouvre et l’âme est semblable au Miroir.

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Tableau de Johan Fredrik Eckersberg (16 June 1822 – 13 July 1870)