Parabole

Quand tu parviens à l’arbre,
Tous les oiseaux piaillent,
Retiens donc le souffle !

Et souris ! Ils ne font que passer, tels les oiseaux migrateurs.

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Eve

Quand je pense à Eve,
S’éveillant d’une rose fraîche,
Aux flancs d’Adam,
Mon âme s’envole vers elle,
Epousant sa course,
Depuis la disjonction,
Ses pieds pliant le chemin,
A travers les vagues vertes,
Les monts et les plaines,
Je deviens ses pas affolés,
Cherchant son Amant,
La couverture de son âme,
La caverne de son corps,
Puis, j’épouse encore,
Les instants de vertiges,
Lors que l’aube se lève,
Ô Eve !
Je suis ton être,
Ta voluptueuse chair,
Ton essence pure,
Et je cours, dans les méandres,
Les secousses du monde nouveau,
Quand je pense à Toi, noble Dame,
Il me vient le bruit du vent,
Les veilles nocturnes,
Goûtant à la séparation,
Savourant l’union.
Ô Mère !
Quand je pense à Toi,
Je m’empare en secret de ta main,
La presse sur mon cœur aimant.
Adam !
Ce pur homme descendu,
Portant les morceaux de l’Eden,
Et je descends avec Toi,
Ô Adam !
Tour à tour,
Embrassant votre détresse,
Votre émerveillement,
Les oiseaux vous précédant,
Le chant des volutes d’Amour,
Les cascades de joie,
Et quand je pense à Toi, Ô Mère,
J’épouse ton enfantement,
Tes lueurs chancelantes,
Les retrouvailles de ton Amant,
Et je danse avec vous,
Vos descendants,
A la lumière de votre rêve,
L’Eden jubile,
Votre âme est semée d’enfants,
Sur le dos de mon père,
Le Jardin,
Ensemence la terre,
Et le ciel se réjouit de votre mémoire,
Lors qu’Eve s’éveille,
Mon cœur tremble d’Amour,
Ô Mère !

La chaîne inviolable

Nous nous tenions la main,
Dès le berceau,
Nous mêlions nos doigts nacrés,
Les rubans de soie,
Les laitances de nos matins,
Mais, nous nous tenions la main,
Mon frère,
Nous courions dans les prairies,
Nous courions avec des lassos,
Les lassos de notre impétuosité,
Nous étions au Paradis,
Nous nous aimions,
Mon frère,
Nous tressions des couronnes de joie,
Le soleil au-dessus de nos émois,
Et nous riions,
Nous riions mon frère,
Nous avions les cœurs unis,
Jutant d’innocence,
Sans moi, ni toi,
La perle de nos souffles,
Et nous nous aimions,
Oui, nous nous aimions,
Mon frère.
Nous étions dans une prison,
Et nous rêvions,
Oui, nous rêvions,
Mon frère,
Et nous partagions le pain,
La manne de nos cœurs,
Les saveurs de nos échanges,
Les promesses de l’aube,
Mais, nous y crûmes,
Oui, nous y crûmes,
Mon frère.
Les étoiles valsaient,
Comme d’autres étranges mondes,
Et les neiges écrivaient des poèmes
Sur nos mains aimantes,
Comme la liturgie d’un autre monde,
Et nous volions,
Oui, nous volions,
Mon frère,
Et nos doigts mêlés,
Comme une chaîne inviolable.

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Illustratrices : Anna et Elena Balbusso.