Regard

Le ciel s’ouvre,
Au loin s’étendent les montagnes,
Puissance d’un regard.

Les nuages forment un cadre, et l’ombre frémit sous un vent léger. L’éternité, Ô combien émouvante, est apparue subrepticement, et le cœur a failli exploser. Je lançai à voix haute : « Je T’aime ! » et le ciel entier a étreint mon âme. L’arbre, d’à côté, a chancelé. Je T’aime encore plus fort. Que dire si ce n’est aimer ?

Unité

L’instant requis,
Serrement au bout des doigts,
Ne te disperse pas !

Voici une cruche bien remplie qui souhaita déverser un torrent. Mais le temps charrie les scories et le monde entier franchit le Rubicon. Du limon, la terre fut tantôt fertile, tantôt stérile, en aval tout comme en amont. Maintenant, je ne sais pas ce que vaut cet instant-là : peut-être que le serpent se mord toujours la queue ? Peut-être que plus loin, quelques uns comprendront… Peut-être…Qu’il s’agissait d’une épreuve au milieu des tourments ? Peut-être que le réveil sera brutal. Ainsi, nous verrons.

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Peinture (détails) de Bertha Wegmann

Thé

Le thé infuse,
L’heure dite profuse,
Un geste délicat.

Il est une cérémonie constante, et les convives, généralement, sont dans le recueillement, non pas qu’ils soient dans une posture, mais parce que le firmament s’est logé en leur âme conquise et ils cultivent abondamment, le geste et la mesure. Voyez plus loin, les branches d’un arbre sont devenues la souplesse exquise d’un mouvement de bras.

Orage

Eau qu’érode la vision,
Le sol s’émeut,
Odeur de pluie.

La foudre frappe au pied d’un arbre fiévreux, et la terre tremble. La puissance d’un ciel chargé d’étoiles. Je m’en souviens. La traversée fut longue et le silence plus encore. Il n’est d’autre vie qu’en cette force. J’entends le lion rugir et les plaines courir. Son ombre est une foudroyante lumière qu’arrachent les semences du long trépas. Sa crinière est ivresse et ses yeux un miroir flamboyant. Qu’advient-il quand le lion mange sa proie ?

Plus loin encore

Je m’arrêterai mille fois encore, n’ayant jamais avancé, car, où aller ? Je ne bougerai pas. Je serai un arbre dont la féerie commence là où tout est parfait. Je suis dans une cellule, mais, je suis partout à la fois. Tu as brisé les murs et des jaillissements effusifs, je me suis arrêtée. Je ne bouge plus ; je ne respire plus. Je pose les mains sur l’accueil d’un imperceptible souffle, Ô Souffle, comme je ne sais plus te dire, mais comment dire ? je demeure immobile, et la lune est altière. Elle plonge dans le puits de notre discours. Comment ? Oui, il s’agit d’un indicible murmure et je sens combien Tu me serres au-delà du possible. Il n’est qu’un seul possible d’ailleurs, et comment y en aurait-il un autre ? Je pointe un doigt et touche le sol. Maintenant ce doigt monte au ciel et prolonge l’effervescence du cœur, Ô cœur ! Les yeux se ferment et tout autour bruisse. Il se tient droit, bien droit et de nouveau, le souffle entre en apnée. Je suis sur la place publique et regarde, puis, le dit fort, car le dire fort est une émanation salutaire, entrelac de joie. Je me retrouve dans un lieu qui n’existe pas. Il est au-dedans, au-dedans, vous dis-je. Le doigt vient toucher le cœur ; le cœur, là où l’horloge n’est pas de ce monde. Chaque instant n’est qu’un seul instant et il me fait rire. Oui ! Vous pleurez sur les défunts, les torturés, les impasses cosmiques, ou terrestres. Vous pleurez sur votre nombril, vous pleurez sur les informations que vous ne vivez pas un seul moment, mais vous pleurez. Vous pleurez sur les abeilles qui meurent, et puis sur les bombes qui mangent des pieds, des jambes et des bras. Mais, vous ne pleurez pas vraiment. Vous ne riez pas non plus. Vous ne savez plus. Alors, je m’arrêterai mille fois encore, n’ayant de ce monde qu’un arrêt qui s’ouvre sur toutes les perspectives, plus loin encore, plus loin encore.

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Peinture de Edward Burne-Jones (1833-1898)

Hérisson

Sous la voûte étoilée, elle filait la laine. Quand son ami le hérisson vint à passer, elle leva légèrement un sourcil et ébaucha un sourire. Quelque peu débonnaire, le hérisson le lui rendit avec grande joie. Peut-être cherchait-il tout simplement la conversation ? Elle le salua cérémonieusement. Il reprit sa lente marche. Quand la nuit tomba complètement, elle rangea ses instruments, posa les deux mains sur les genoux, et médita. C’est alors que le hérisson s’approcha d’elle et entama cet étonnant dialogue : – Quant à la Nature, est-elle ton modèle ? interrogea-t-il.

– Non, je ne le crois pas, lui répondit-elle calmement, même si celle-ci nous apprend beaucoup, même si son enseignement est singulier et nous parle. Tout est en nous, mais autre chose est notre modèle, de cela, j’en suis sûre.

– Quel peut-il bien être, se demanda le hérisson. Ai-je un modèle, moi aussi ? Avons-nous chacun notre modèle propre ?

La jeune femme leva la tête et regarda longtemps le ciel. Une paix incommensurable la submergea.

– Peut-on imaginer autre chose de si vraisemblable ? s’exclama-t-elle. Les étoiles m’emmènent inexorablement vers un ailleurs. Tandis qu’il est là, il est, simultanément, au-delà. Ne sont-elles pas, ces lumières clignotantes, toutes, à nous appeler et à rire ? Peut-être, cher ami hérisson, sommes-nous chacun le rappel de cette joie primordiale ? Peut-être est-ce cela notre vrai modèle : une joie exponentielle qui désire se retrouver. Il me souvient de cette force exaltante, un commencement où exultait un ruissellement de bonheur indicible ! Quelle belle réminiscence, constante et infinie !

– Ne sommes-nous pas dans un rêve ? lança le hérisson.

– Un rêve d’une complexité prodigieuse, qui nous parle longtemps, fabrique une chaîne et une trame d’une beauté inouïe, révèle une sagesse incontestable dans cet entrelacement et nous montre simplement le chemin. Oui, mon ami, c’est cela !

Visage de lune

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Nous nous étions rencontrées, il y a fort longtemps. J’étais alors étudiante. Déambulant dans Paris, à mes heures perdues, j’avais fini par atterrir au sein d’un cercle quelque peu intime et où l’on redécouvrait, tels des nouveau-nés, la spiritualité. Nous réapprenions tout, le monde caché, le monde des douces concordances, de la fraternité, de la pratique, de l’avancée. Ce jour-là, elle arriva. Je fus frappée par son visage de lune. Elle resplendissait. Je la regardais. Tout son être semblait se détacher du groupe. Elle souriait avec une réelle grâce et les yeux baissés, elle avançait dans la pièce. Ce sont les premières impressions qui comptent. Tout comme avec Emily Kaitlyn, je demeurais sous le charme vibratoire de sa réalité spirituelle. Sans doute, suis-je très sensible à l’aura de l’autre. (…)

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Rose des sables

Il me souvient d’une fleur,
Au désert du vent,
L’aube et les bédouins.

Il venait depuis une dune tremblante, les présents plein les mains et je me souviens de son regard d’Amour, sous le turban de sable, sa droiture et son sourire que des étoiles, au matin, donnaient à semer dans un ciel turquin.