If

Réverbération intense,
Au secret du limon,
La prunelle des ifs.

Saisir ou être saisie ? L’instant frémit tout éternellement, et le pas allégé, comme surpris, s’exclame de tant de beauté. J’aimerais ne jamais oublier, ne jamais oublier, ne jamais oublier, la grâce et la légèreté. J’aimerais ne jamais m’assoupir, l’instant de la visite de mon Bien-Aimé.

Fil d’une trame

Fil d’antan,
Les jours de laine,
Fil à l’azur,
La porte et son pêne,
Précieuse à la gâche !
Ruban de coton,
Blancs moutons,
Mais défile les nœuds,
Le rêve s’élève,
Grâce des Cieux.
Puis, Dame à l’ouvrage,
Combien de feuilles valsent ?
Je tins une page,
Ton livre est un gage.
Comme une flambée,
Sans même retombée,
La tour des âmes,
Le tambour proclame,
Une pomme verte !
Il n’est pas de peine,
L’aube souveraine,
L’été s’effaçant,
L’heure est suprême.
Souviens-toi : je t’aime !

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Nous étions trois, et nous chantions, les soirées longues de nos quinze ans ; puis une année passe et le chant reste ; nous rions et nous continuons : (Petit clin d’œil.)

La traversée

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Un petit homme était assis sur un banc, les paupières closes, le monde en lui, telle une fabuleuse légende retenue au plus profond de son cœur. Il se balançait et chantait en silence, compagnant ses amis. Ses épaules s’étaient voûtées avec le temps, son corps était semblable à celui d’un enfant et pourtant, il s’agissait d’un vieil homme aux cheveux blancs, aux mains ridées. Son gilet ouvert sur la poitrine, la tête baissée, il dévoilait ainsi la profondeur de son instant. Était-il devenu un balancier dont l’accord ne dépendait plus du monde environnant? Je l’observais de loin, cachée par un arbre et j’écoutais son silence. L’âge l’avait vêtu d’une parure de lumière, d’une sagesse incontestée. Son chant me submergeait et je suivais son balancement avec une joie que je ne maîtrisais pas. Il était mon père, mon frère, mon ancêtre. Il était mon fils, mon compagnon, mon être. Il renaissait à chacun de ses mouvements et son cœur semblait flotter au-dessus du monde entier, semblable à un tournoiement. Autour de lui, des hommes criaient, entraient en une étrange frénésie, mais lui, les yeux fermés, continuait de danser avec les épaules et son torse faisait des va-et-vient, accordé à son balancier intérieur.

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Aimer

Dans la simplicité,
Aimer, sans la multitude,
Aimer par l’unité.

Au centre, la convergence ; l’essieu, le milieu. Dissolution n’est pas union. Avec mon ami nous parlons longtemps. Nous nous aimons. Nous buvons un café ou deux. Nous contemplons les étoiles et nous remontons jusqu’à Platon. Distillation du temps, recueil ouvert au diapason. Nous aimons ceux que nous visitons et nous leur disons : « Nous vous aimons ! » Le sanctuaire est la rencontre possible. Pour parvenir au véritable sourire, connaître. Pour parvenir au parfait sourire, s’asseoir. Pour parvenir au sourire rayonnant, écouter et recevoir. La rencontre est un long temps, longtemps. L’Amour mûrit hors de la quantité. Comment aimer un à un, sans que ne soit briser le Temps ? « J’aime la rareté », me dit mon ami. – Et qu’est-elle donc ? Le temps de la transformation, le temps de l’in-fusion… Chaque être mérite d’être aimé en sa quintessence. Chaque être mérite que l’on se recueille longtemps avec lui.

Vermeille

– Combien d’heures à T’aimer ?
– Comptes-tu avec Moi ?
Les étoiles sont fixes.

J’ouvris le recueil. Je fus saisie par l’Amour d’un tel et puis d’un autre, et encore toutes ces poignes de semences vermeilles, au goût odorant qui forment la trame. Leurs âmes sont tels des soleils et je bois au matin leur jus de grenade. Perles de Rosées des voyages successifs. Je sus que chaque monde avait donné sa quintessence. Sais-tu que ces semences, incrustées au corps de l’être, sont mes retrouvailles ? Et, je suis, au matin, à embrasser la Rose, à l’embrasser de notre semblable réminiscence. Comme les sources jaillissantes sont les ponts de notre intime secret ! Je m’assois auprès de ta floraison intense, le parfum de notre entente, l’arbre de notre êtreté, et nulle sentinelle, ni âpreté, tandis que le cœur s’en ira de ce monde avec la juteuse merveille, l’offrande rare du Temple, le long d’un jour où tout s’est révélé.

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Sculpture de Leonard Agathon (1841-1923)

Fleur

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Vase aux larges anses,
Du silence est votre fruit,
Cette fleur, votre langage.

Cette conscience tel un étage, du rubis à l’ombre de votre nuit, les étoiles tel un adage, l’or de votre nuit.

Fracas

L’insondable fracas,
La nuit s’éclaira de terreur,
C’était le pas du Roi.

J’entendis un déchirement, puis un autre, puis le ciel éclata et l’on vit s’ouvrir l’improbable. Mon âme se disloqua, mille fois puis encore mille fois, lors qu’elle devint une multitude de miroirs. Ensuite, le Ciel réunit les Terres et les Cieux. Le corps trembla une nouvelle fois. La secousse fut terrible. Par la pupille fendue, je vis ce que nul œil ne pouvait voir. Alors, du chaos, s’organisa un autre monde et le soleil, peu à peu, devint une lumière douce et féconde.

Temps

Tu n’étais pas encore,
Mais qui donc te révéla ?
Le temps se plia puis se concentra.
Ne t’ai-je pas dis que cet abîme,
Oui, cet abîme est source de joie ?

Quand il n’était ni lieu, ni espace,
J’accourrai déjà jusqu’à l’unique instant,
Et jouais avec le Temps.
Qui donc s’en souvient encore ?
Chaque grain,
Chaque eau,
Chaque air,
Chaque lumière,
Chaque feu,
Me tinrent en leur secret,
Et je m’évanouissais.
L’instant était en eux et j’étais en leur instant.

Ô mes bien-aimés amis, comme vous me rappelez notre rencontre !
Comme vous me révélez le tout-commencement !
Comme vous êtes ce regard qui n’est pas de ce Temps.

Miroir 鏡子 (22)

Chercheur de Lumière

Le cœur tissa une étoile, et le ciel l’entendit. Le fil faisait : frou, frou et les mains glissaient, à deux, à quatre, dans les profondes étendues obscures et le chercheur de lumière fut prompt à faire le mémorable arrêt ; il leva le regard au ciel et des milliers d’étoiles entendaient son cœur faire : frou, frou ! L’étoile filait de la soie à la couleur argentée et le ciel entendait la douce clameur. Elle virevoltait au son du jovial bonheur et les anges faisaient : frou, frou avec leurs ailes bruissantes comme un blanc nuage. Les montagnes d’un autre monde venaient les compagner telles les amies les plus graciles, tandis que la lune les contemplait sagement. Le chercheur entra dans la lumière et se mit à tournoyer. Il avait quitté, père, mère, enfants et même son chat sauvage. Sa robe faisait une ronde et l’on entendait : frou, frou ! Le ciel s’étonnait et finissait par jeter un léger voile pour cacher le chercheur. Celui-ci faisait : Raf, Raf et ondulait comme le voile d’une mariée. Notre homme se laissa guider par les chevelures de la Voie Lactée et les constellations se mirent à scintiller. Les cailloux blancs se mettaient à parler et s’ouvraient aux plus grands secrets. Je ne t’ai point imaginé, mais dans une sphère, tout me fut révélé. A ma Boussole, il sied de tout vérifier, mais, le Miroir fait état d’une ancestrale majesté. Par Elle, l’influence est grande. C’est en Elle que des myriades de lumières s’éteignent puis se renouvellent dans le regard des cœurs perlés.