Trouve-moi

Si tu veux me trouver,
Entre en ce cœur brisé,
J’ai tenu les morceaux,
Puis j’ai dansé.
Si tu veux me voir,
Entre en mon étreinte,
Puis serre-moi de tes bras,
Sans compter
L’instant.
Si tu veux me connaître,
Observe l’hanneton, la fourmi et même l’oie,
Suis la légèreté du papillon sur la voie,
Puis sème au vent le chant Aimer.
Tu me trouveras dans les déchirures,
Aux soupiraux de nos rêves à Trois,
Entre l’églantier, la rose et le mimosa,
Tu me trouveras dans une larme,
Puis dans la voix qui s’exclame,
Au sein d’une longue invocation,
L’apesanteur sans douleur,
Le cristal d’une pleine lune,
L’écho du vent de douceur,
Et nous nous verrons, alors.
Qu’importe les brisures,
Voici que la voix est un pont,
Sur les coteaux aux grappes mûres,
Je cours sur le chemin,
La joie dans les bras…
M’entends-tu dans le la la la ?

Oyez, oyez braves gens !

Oyez, oyez braves gens ! et c’est peu dire,
J’ai sonné du clairon et esquissé une danse,
J’ai brûlé de l’encens, c’était dimanche.
Quand vient la transhumance, quel soupir !

Oyez, oyez braves gens ! je vais vous le redire,
Demain, nous verrons le tailleur verser une rente,
Et tous les nobles écuyers sous la soupente,
De maugréer et peut-être même de maudire ?

Oyez, oyez ! gentes dames et seigneurs des villes,
Je vais sur le chemin et de brandir un tambourin,
Rire aux regards bouffis après certains lendemains.
Voici la horde d’un matin bien moins civile,

Que le marchand de pain dans une bourgade de Séville.
J’ai acheté trois semonces d’un âpre vin,
L’ai porté à la bouche tout en mangeant son raisin :
Le corps a les saveurs d’un corps couvert de résille.

Oyez, oyez ! damoiselles et damoiseaux de Paris,
Derrière une ancienne barricade meurt un jouvenceau :
Il avait, de l’amour, le vivant des purs lionceaux.
Quel cœur bat en ces temps contre la barbarie ?

Oyez, oyez braves gens, faisons courbettes et révérences,
Les lieutenants du mal poursuivent leur macabre cérémonie,
Les diables sur la scène de leur monstrueuse orgie,
Tandis que la girouette sur un clocher tourne, à l’évidence.

 

Merci

J’aimerais remercier tous ceux qui voyagent et qui tissent une jolie trame en ce monde. Je les remercie, car je ne sais pas faire autrement que de manifester toute ma gratitude pour tous ces témoins, pour les aventuriers, pour les pionniers, pour les êtres bien vivants et en paix avec la vie. Je les remercie, et c’est une joie de le pouvoir faire présentement. Je les remercie de partager leur espace et leur temps afin que les nobles âmes se rencontrent et apprennent simplement.

Béatrice D’Elché, le 12 janvier 2021

Que l’amour soit !

Il est d’usage, ou même de coutume dans le fond, de présenter nos vœux à tous. S’agit-il de la manifestation d’une empathie ? S’agit-il de simples civilités et d’usage ? J’aime à croire qu’en chacun de nous, un cœur d’amour bat à rompre entièrement avec le sordide et l’injuste. S’il ne reste qu’un cœur, alors qu’il soit cet amour. Tandis que l’on veut y voir de la mièvrerie, ou toutes sortes de projections, l’amour est en réalité le plus grand cadeau que l’on puisse recevoir. Il n’est certes pas facile de se laisser attraper par cette force quasi incontrôlable, parfois ravageuse, voire destructrice. Or, l’amour est absolutoire ou n’est pas. Quand même des milliards d’individus deviendraient des monstres, un cœur empli d’amour suffit à percer les ténèbres de tous. Alors, si je fais cette aparté, c’est sans doute pour dire cela. Que l’amour soit votre seule préoccupation, en tout temps, en toute époque ! Qu’il soit votre chemin de lumière.

Merci à vous et bonne continuation.

Béatrice, le premier jour de l’An de grâce deux mille vint et un.

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Peinture extraordinaire de Marianne North

A pleins poumons

Peinture de Anka Zhuravleva

J’ai marché de travers sur un trottoir, penchée sur les effets miroitant de la pluie, l’humeur joyeuse, éclaboussant l’ordre par trop rectiligne et il m’a fallu de longues années pour ne jamais me défaire de l’air taquin qui flotte dans l’air. Que voulez-vous, C’est ainsi. Je ne cache pas ma joie, même au milieu d’un magasin et quand je vois les gens mornes déambuler avec leur masque, il me faut briser leur muselière. D’avoir été si sombres, les hommes ne rient plus. Ils ne dansent plus et jouent à être des adultes mortifères. Quand ils se prennent d’euphorie, il leur faut quelque verres de whisky. Je n’y ai jamais cru. Je dis bravo à la vieille dame qui a oublié son masque et nous sourions toutes les deux, complices. Un homme, qui avait baissé son masque blanc, lance, dans le train, à un contrôleur, qui le rappelait aux règles sanitaires : respirez à ma place si vous le pouvez ! Oui, respirez, respirez fort le bon air de l’hiver et ressentez les gouttes de rosées vous caresser le visage. Vive le ciel, et vive le bon air à pleins poumons ! Que voulez-vous, il s’agit de ma folie et sans whisky, je vous prie !

Veuillez considérer cela comme le plus extravagant des interludes qui se puisse être.

Au bord d’un lac

A la beauté, coupe est pleine,
Je marche bâton en main.
Ne me crois pas si vilaine,
Depuis l’enfance l’âme vagabonde.
De surprise en émoi,
J’ai rencontré une naine,
Elle sautait à pieds joints.
Quant à moi, je file la laine,
Au bord des sentiers muets.
C’est parce que l’année prochaine,
Je deviendrai bergère,
Et que dans les nuages,
J’ai vu passer mille et un présages.
Puis, quand vient le soir,
Au bord d’un lac je m’assois,
Et je chante le murmure des branchages ;
Là-bas, je consens à l’adage.
Ne m’en dis pas plus !
Je finirai par rencontrer le sage…

Hérésie 異端 (Yìduān)

Du burin des estropiés
Des roches calcinées
Des éventrements charriés
Des puanteurs venues du fiel vengeur
Des meurtrissures équivoques
Du pompeux à l’obscur
Des ravins sinueux et glauques
Quand la gloire est un pourrissement
Sur les enchevêtrements noueux
Des combinaisons purulentes

Des âmes dépravées
Dont la damnation évidente
Poursuit inlassablement
La vénale acidité,
Du heurt de l’amnésie,
Mais quand les temples
Deviennent l’hérésie
Alors annonce au monde
La fin immonde
Des tentacules de l’hypocrisie
Des veules supercheries
Et quand les cœurs mûrissent
Sous les vestiges de l’aspiration
Quelque part, il n’est plus de leurres
Et dans les ténèbres brillent
Les visages émaciés par les larmes
Quand de l’égoïsme charognard
S’inverse le sens et la lueur
Devient beaucoup plus qu’un espoir,
Le véritable bonheur.

Le lapin

Image associée

Quand glissent les mots,
Il n’est plus aucun sursaut.
Sur le givre, j’ai posé mes mains.
J’ai fait deux ou trois pas avec entrain,
Puis j’ai ri au vent marin.
Monsieur le lapin est un farceur,
Mais il porte une robe plutôt blanche.
Quand je sème du foin,
Il revient.
Mais quand c’est de la luzerne,
Il ne comprend rien.
J’ai planté ma lanterne,
Comme on plante du romarin.
Et si de la roche surgit un chemin,
Je continue jusqu’au matin.
Ne riez pas !
Ceci est le saut d’un lapin.
Il n’a pas ouvert encore la besace,
Mais il va bon train.