A Alfred de Musset

Ô Homme !
Tes souffrances furent âpres,
Des douleurs d’un accouchement,
Et tes larmes coulent en mon corps,
Tel le ruissellement des misérables,
Toi qui fus dans mes promenades,
L’enfant délicat d’un siècle macabre,
Je serrais tout contre moi,
Les confessions de ton enfant,
Et je pleurais aussi ces douleurs implacables,
Me réfugiant en elle sans savoir où aller,
Cher Poète, en appelant Le Seigneur,
Je courrais avec toi jusqu’à l’indéfinissable,
Une Quête écartelée des douleurs inconsolables,
Et je marchais nue en ton abîme éplorée,
Me heurtant aux murs de mes propres tourments,
Jeune homme, la crudité de l’âme,
Nous sommes nés pour la vivre et aussi en mourir,
Quelque part, la vérité nous attend,
Et je porte le flambeau du cri de ton espoir,
Je le brandis au paroxysme devant le fléau,
Marchant sur les routes déforestées,
Nos ruisseaux deviennent des torrents charriés,
Et je t’aime d’un Amour infini,
Te serrant tout contre mon âme,
Parce que j’entends tes mots,
Qui vont jusqu’à l’incommensurable,
Et depuis nos silences graves,
Pour chacun de ces hommes vénérables, au-delà même de la vie,
Nous embrassons et chérissons leur âme.

Merci,

Béatrice, le 04/03/2021

Ton jardin

Peinture de Michael Malm, Américain et contemporain

Ô toi qui écris depuis les sources fabuleuses,
Qui me surprends au plus profond de l’âme,
Par une touche ou deux,
Ô toi qui m’invites au prix d’une larme,
Sans fioriture dans le dédale des mots,
Ô toi, dans l’esprit d’un oiseau,
Dans le temps qui passe,
Sans séparation,
Je marche auprès de toi,
Et je te regarde.
Dans le bruissement d’une flamme,
Dans le crépitement d’une source,
Dans l’émerveillement d’une larme,
Délicat et peint de senteurs,
Dans le flottement d’une eau vive,
Dans l’intention pure,
Défiant les enracinements,
S’évadant par le cœur,
Quand frissonne l’humain,
Entre chaque pétale,
Dans un écrin délicat,
Sans froissement ni velléité,
Car il est fragile,
Le parfum,
Cette chose d’étrange facture,
Chez l’humain.
Ô toi qui écris avec une plume de cristal,
Sur les feuillures de la nuit,
Qui touche le toucher de ma main,
Ô toi qui visites ces brisures,
Serties de nos chagrins,
Adoucis par le temps d’un murmure,
L’homme retrouve un chemin,
Semé de retrouvailles
J’entends une montagne,
Mais, Ô toi, je suis aussi ton jardin.

Lait nourricier

Peinture à l’huile de Jean-Baptiste Jules Trayer, la jeune mère

Il jaillit du sein maternel, le silence
Il s’empare de la poésie et l’enveloppe,
Dans les campagnes profondes de nos mères,
Puis, il abolit la poésie, ce silence,
Car, il n’est de poésie qu’en l’absence,
Et le temps soudain frémit,
Afin que la poésie frémisse aussi,
Il en fait des mots suaves, ce silence,
Puis, il furète sous les feuilles mortes,
Que l’on respire comme les vestiges d’un vieil Empire
Les mains emmêlées de douces craquelures,
Sans que rien ne ruisselle d’aucune nervure,
Les clartés d’un jour que l’on admire,
La folie se moquant du silence,
Celui qui envahit lentement nos sens,
Et déchire la nuit d’une fine morsure,
Parce que le lait s’y expose allègrement,
De chair et d’amour sans défiance,
Dans le lien indéfectible des mots et du temps
Et que viennent les nuits d’un mois finissant,
Troublées par le froid qui mange un ciel empli d’étoiles !
Le lait du mot est le nectar qui vient du cœur.

Fragrance

Indistincte prudence,
Quand ploient toutes nos doléances,
Blanche rosée du magnolia,
Au cœur épris, il n’est plus que ton jardin,
Quand butine quelque abeille,
Le suc d’un magistral soleil,
Et que le soir se charge de notre émoi.
Parfois, au vif d’un coquelicot,
Balance fragrance d’un jasmin,
Puis serein, le violon se grise,
D’une euphorisante déclamation vive,
Tandis que fleurissent nos complices et silencieux mots,
Dans chacun de tes profonds regards,
L’amour que je cultive coule à flot.

Chrysalide

Je ne sais quand le souffle chaud
Effleura primesautier la chrysalide.
Peu nous en chaut si le vent déride
Les rumeurs aux permissions affables,
Prolixes, aux lourdeurs insoutenables.
Tandis que le papillon tel un cantique,
Main évasée, danse léger à l’horizon.

Le Héron

Un jour, j’interrogeai muette, le calme héron,
Qui, au milieu de l’eau, semblait irréel.
Je tournais furtif mon regard vers le ciel,
Et l’oiseau s’envola vers une haute branche ;
Sans doute avait-il entendu ma question ?
Son corps blanc avait déchiré ma nuit,
Le silence comme déconfit de spasme,
En mon âme subjuguée, et je découvris
La réponse irénique que son aile avait tracée.
Alors je remerciai ce noble et grand oiseau.
Tels sont les secrets qui nous bouleversent,
Ceux qui font de la vie, la splendeur d’un tableau.

Image : Héron Gravure by Mikio Watanabe, 2012

Fragilité

Fragilité du faon aux yeux humides,
Votre voix qui frémit dans le creux
Des charmilles, homme des rocailles,
Vos longs cheveux flottants qu’illuminent
Les frondaisons et le bruissement généreux,
Du cœur perdu dans les moindres détails
D’un univers à peine éclos et qui pourtant nous domine.

Pétale

Durablement éploré, léger, tel un velours consacré,
L’encre carmin des sous-bois, au pâturage sensible,
Assiégé des fragrances irisées et de toute beauté,
L’aile rubis d’un pétale ostensible,
Aux nervures d’un cycle que l’on a tant désiré,
Tel est le propos que soulève le vent incompressible,
Tout le long du jour, alors que le carmin enfiévré,
S’épanche de cambrure fragile et miscible,
Par les échancrures d’un voleté insaturé ;
Le poète erre sans feindre le mot submersible,
D’au loin, un coquelicot sur ma table, s’est posé.