Fracas

L’insondable fracas,
La nuit s’éclaira de terreur,
C’était le pas du Roi.

J’entendis un déchirement, puis un autre, puis le ciel éclata et l’on vit s’ouvrir l’improbable. Mon âme se disloqua, mille fois puis encore mille fois, lors qu’elle devint une multitude de miroirs. Ensuite, le Ciel réunit les Terres et les Cieux. Le corps trembla une nouvelle fois. La secousse fut terrible. Par la pupille fendue, je vis ce que nul œil ne pouvait voir. Alors, du chaos, s’organisa un autre monde et le soleil, peu à peu, devint une lumière douce et féconde.

Jardin

Nous nous sommes évadée,
Les hauteurs incontournables,
Quand du cœur de la femme,
Tu es loin d’avoir saisi le secret,
Car, aimer est au féminin,
De scintillantes flammes,
Alors que s’achève le matin,
Défroissé au contour de notre improbable,
Puisque du cœur de l’aimée,
Jaillissent les verbes de son âme,
Tout le mystère d’une prostration :
Un homme peut aimer comme une femme,
Lors qu’il éclot à sa divinité,
Il chante suave les mots de la passion,
Et de dérive en dérive, comme un forcené,
S’anéantit dans les vagues déchaînées.
Puis, une femme peut aimer comme un homme,
Née d’une incandescente cuisson,
Jusqu’à se tordre parmi les feux d’une fusion,
Usée par la douleur,
Tenant en son âme,
Le dernier sursaut.
D’aimer est illimité et sans concession,
Car, l’Amour est entier,
Il suscite la tranchante vérité,
Tandis que d’avoir hurlé,
Dans les sanglots que l’on étouffe,
Tel un rayon blessé,
Le corps entier transpercé,
Un jardin inconnu s’éveille,
Tressé des larmes de ta veillée,
Goutte à goutte,
Révèle l’immensité.

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Peinture de Scott Burdick

Apologie Dyonésienne

Pour autant que la concrétude soit réelle, l’apologie Dyonésienne relève plutôt des mondes éthériques, ceux des réelles lectures homériques, platoniciennes et initiatiques. Sont devenues absconses ces allusions qui, en spiritualité, appartiennent à la nécessaire nécessité d’une aptitude requise et pratique. Alors que je rencontrais certains grands Maîtres, rarement visibles en ce monde, vous confierai-je, je pus constater qu’un seul regard de leur part suffisait pour qu’ils sachent pertinemment à qui ils avaient affaire. Je n’en étais nullement étonnée. Je dirai même que je m’y attendais assez naturellement. Si un Maître faisait mine de ne rien voir, souvent, c’était par mansuétude. Mais un Maître ne désire nullement s’entourer de disciples. Il est loin de cette cour haletante que l’on rencontre ici ou là, au sein des institutions néo-spiritualistes et débridées ; mais de quoi, au juste, sont-elles débridées ? L’on serait enclin à se demander : comment se fait-il qu’un Maître ne cherche pas à être entouré de disciples ? La quantité leur est d’office contre nature. Noyée par la masse, la spiritualité devient un gadget de plus, au sein d’une société à bon marché et révèle, par là même, sa méconnaissance du cheminement intérieur. L’on pourrait penser que la spiritualité s’adresse au psychisme. Est-ce juste ? Un des Maîtres rencontrés m’avait déclaré, sans détours : De nos jours, il faut un chemin pour parvenir au Chemin.

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Le verbe d’un arbre

N’ai-je pas déjà écrit sur l’épaisseur d’un tronc millénaire, et n’ai-je pas laissé le temps s’effacer par une grâce inextinguible et n’ai-je pas cessé d’exister pour trouver ce qui ne se dit plus, quand même remontent certaines effluves depuis l’éternel rappel de l’instant vermeil ? C’est au-dessus d’une montagne bleue que s’entendent les discours les plus culminants de la rencontre et si d’emblée, les mots ont leur transe, c’est qu’au rubis de leur secret, ils parlent de ce qui ne s’est jamais vu, ni même raconté. C’est là, dans le crucial instant que je vais, faisant le témoignage d’une réalité d’une autre réalité, quand même les ruptures de la connaissance ont l’effet d’une méconnaissance, l’on nous convie au moment le plus extrême de la certitude et tout parle comme pour nous envelopper et nous relayer dans le monde d’un autre monde. Quelle échappée des harmonieuses concordances quand le Tout s’est écrié et a irradié le cœur de la conscience ! Traversée épanchée de la reconnaissance. Ainsi parla le commencement, puis ainsi s’accorda la fin. Entre les deux, naquit l’enfant du présent, fécondé dans la pureté inégalée de la présence. Il parla. Il se mit à conter l’invraisemblable dans un monde figé. Je fus saisie par la douceur de son verbe et les larmes jaillirent des profondeurs d’une cascade incarnée.

L’enfant


L’abandon, un cœur
Essoré à la lumière
Le « moi » a eu peur.

Comment as-tu agi ?
Sont-ce l’effet de tes prières,
Ou l’enfant rieur ?

Il vit sans âge,
L’enfant du silence s’assoit
Les yeux hébétés.

Secret

Pratique la vie, celle-ci te pratique,
Mais n’en abuse pas.
Tel est le secret du rêve,
Qui se met à parler.

J’aimais que l’on me fît rire,
Je vis ainsi celui qui riait.
La farce est loin d’être comprise.
Pourtant, rire est une véritable énigme.

Quand vient celui qui interroge,
Le partage est entier.
Je tendis la main,
Il tint la mienne pour l’éternité.

Enseignement 教學

L’on m’enseigna l’amour,
Je fus heureuse,
L’on m’enseigna la joie,
Je ne fus jamais malheureuse.

L’on m’enseigna le détachement,
Je fus libérée,
L’on m’enseigna les Arts,
Je voyageai.

L’on m’enseigna l’accueil,
Tous les univers furent mon jardin,
L’on m’enseigna le contentement,
Jamais je ne connus la frustration.

L’on m’enseigna l’épreuve,
Je fus sauvée,
L’on m’enseigna l’écoute,
J’entendis le silence.

L’apogée 頂點* (Dǐngdiǎn)

Ce lieu
Qui mûrit
Est-ce fuite
Éperdue
Du sentier
Que l’on perd
Mais guère perdu
Qui fait des rondes
Que côtoient les amplitudes

Du souffle
Auquel succombe
Tout notre savoir
Et c’est dans cette tombe
Que nos cœurs
Atteignent l’apogée
De chaque ultime
Puisque nous marchons
Dans le temps qui n’est plus
Et l’espace est exigu
Quand autre chose nous appelle
Et l’espace a disparu
Dans la beauté de ta prunelle

Et nous marchons
Sans rien perdre
Puisque le jour
N’est plus aucune nuit
Et les ombres
Flottent dans la voix
Et gagnent les étoiles
Et le monde naît une seconde
De s’envoler vers toi
.

*traduction littérale : sommet de la tête, voûte qui désigne l’ultime, l’apogée.