L’île

Il est une île ;
S’est-elle soulevée ?
Je vole.

Un héron passe au-dessus des nuages et le ciel s’éclaire. La blancheur évanescente de ses ailes et son long cou deviennent une montagne. Que vois-je ? Qu’est-ce donc que tout ceci ? La huppe toque à la fenêtre et je vois les deux yeux d’une créature impressionnante. Est-ce un ange ? Il se tient sur le toit du monde et s’exprime par le regard pénétrant. Chose étonnante, je comprends son langage. Mon cœur tumultueux devient cette île et le ciel s’y introduit comme le puissant faisceau d’un au-delà.

Miroir 鏡子

L’enclos

Le nouveau monde s’approche tant l’ancien est usé ; une écume à bout de souffle, un sursaut dans ce qui est dévasté. Les décombres parlent et disent ce que peu désirent entendre, alors, tu viens en secret, et nous conversons durant un indicible moment, tandis que les mains s’ouvrent sur un enclos enclavé, les touches noires et puis bleutées. Elles ont les sucs d’un rythme éprouvé. Nous survolons chacun toute une vie, puis une autre et nous n’osons voir ce monde transpercé. Non ! Nous n’osons même le dire. L’as-tu senti ce léger clapotis du monde nouveau ? T’a-t-il effleuré ? Ce frémissement de la cité et l’œuvre du vent qui souffle sur les cœurs préparés. Recevez ! Recevez ! lance-t-il, avant que tous périssent. Les portes se sont-elles fermées ? J’entraperçois un long couloir. Il n’est pas de ce monde. Une passerelle ? Je marche seule et l’entends me suivre comme épris, comme ivre. Je lui tends la main et lui dis : Viens ! Allons, continuons ! Nous nous serrons très fort l’un contre l’autre, car la peur nous submerge. Mais, l’inconnu se transforme en être de lumière. Nous lui emboîtons le pas. Vite, vite ! Le temps presse. La porte est impitoyable et les gonds bruissent et grincent avec impatience. Vite, vite ! Viens, continuons, la vision est face à nous comme un monde nouveau. Il ne s’agit pas d’enclore un chemin, mais de l’ouvrir avec précaution. Une substance luminescente touche notre cœur. Est-ce une flèche ? Est-ce une lance ? Elle brûle, elle fait mal. Le vent reprend son périple et nous rassure : N’ayez peur, les êtres sincères baignent dans le lac de Lumière jusqu’à septante fois, mais parviennent toujours de l’autre côté !

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Aquarelle de Jeremy Ford

Signe

Comme s’imprime ton cœur,
Au velours d’une lumière,
L’allusion d’un vitrail !

Il fut saisi par l’Amour, palpitation de l’instant subtil, et la légèreté de ses fines dentelles, sur la main qui accueille l’effet vibrant du jardin, le suspend. Le cœur ne meurt pas. Le regard ne meurt pas. L’Amour ne meurt pas. La veine jugulaire de ta poignante pression sur la conscience.

Noël

Joyeux Noël à tous * Merry Christmas to all

Parce que chaque instant est le premier, et parce que chaque instant est le dernier, le souffle si précieux, parce que nous buvons à Celui-Seul qui abreuve, nous sentons la joie de devenir autre, mourant et vivant à chaque réalité, découvrant Son Secret. A la mort nous Le voyons, à la vie nous Le voyons, et quand nous L’accueillons, au dernier souffle, Il est Le Premier. Cette nuit, à chaque instant, est la nuit, et l’aube d’une nouvelle journée. A chaque étreinte, nous sommes Son Décret, et chaque jour, Il œuvre, quand la nuit est la douceur de notre rencontre.

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Je vous souhaite de vivre ces moments de douceur, au foyer de votre cœur, cette nuit et toutes les nuits à venir. Je vous souhaite le plus beau cadeau qui s’offre, celui qui n’est visible que par le cœur, aux yeux grand ouverts, en la lumière de votre maison intérieure. Puissiez-vous être touchés par Sa Grâce, et vous en souvenir, nuit après nuit, jour après jour. A tous, douce et luminescente nuit d’Amour, de paix et de joie !

Béatrice D’Elché, le 24 décembre 2021

Vivre

Mourir de faim, trébucher sur la souche de notre crucialité, se tordre de douleur comme le pauvre linge que l’on essore, se jeter dans l’océan de l’aspiration et ne plus en revenir, ne plus même oser regarder en arrière, en cet instant, car cet instant nous prend en otage et nous jette sur les flans d’une mer forcenée. Mais rire à s’étourdir, à ne plus lâcher le sort, trépassement du moi inquisiteur et comme nous emporte une vague, puis une autre et encore et encore ! Mourir de soif, les lèvres exsangues de ta secrète attente, mais qu’attendre, qu’attendre, enfin dites-le moi donc, pour que s’apaise mon insolite florilège, élancé par-delà la raison, car, aucune raison ne raisonne l’Amour et l’Amour, tout comme la mort, prend tous les visages et en Lui, je me noie sans jamais résister à sa puissance. Et rire, encore une autre fois, des éclaboussures de l’écume vaporeuse, et ressentir l’étroitesse d’une poitrine, et puis rire encore et voler, comme certains matins, des ailes de nos élans d’Amour, car seul l’Amour nous vainc et rien d’autre, ici, ne nous empêche d’étreindre la folie à bras-le-corps et surtout, surtout, ne plus regarder les cœurs frigides, les cerveaux insipides, la prison des banalités, s’élancer de nouveau ivre et se laisser vivre dans la force de notre Aimé.

Peinture de Charles Courtney Curran

Le verbe d’un arbre

N’ai-je pas déjà écrit sur l’épaisseur d’un tronc millénaire, et n’ai-je pas laissé le temps s’effacer par une grâce inextinguible et n’ai-je pas cessé d’exister pour trouver ce qui ne se dit plus, quand même remontent certaines effluves depuis l’éternel rappel de l’instant vermeil ? C’est au-dessus d’une montagne bleue que s’entendent les discours les plus culminants de la rencontre et si d’emblée, les mots ont leur transe, c’est qu’au rubis de leur secret, ils parlent de ce qui ne s’est jamais vu, ni même raconté. C’est là, dans le crucial instant que je vais, faisant le témoignage d’une réalité d’une autre réalité, quand même les ruptures de la connaissance ont l’effet d’une méconnaissance, l’on nous convie au moment le plus extrême de la certitude et tout parle comme pour nous envelopper et nous relayer dans le monde d’un autre monde. Quelle échappée des harmonieuses concordances quand le Tout s’est écrié et a irradié le cœur de la conscience ! Traversée épanchée de la reconnaissance. Ainsi parla le commencement, puis ainsi s’accorda la fin. Entre les deux, naquit l’enfant du présent, fécondé dans la pureté inégalée de la présence. Il parla. Il se mit à conter l’invraisemblable dans un monde figé. Je fus saisie par la douceur de son verbe et les larmes jaillirent des profondeurs d’une cascade incarnée.