Les yeux vagues

Les yeux parlèrent, et les yeux voulurent s’exprimer par les mots, tandis qu’ils se noyaient dans l’incandescente lumière, tandis que les yeux embrassaient mille soleils à l’horizon. Est-il révolu le temps où je me laissais glisser dans les couleurs de l’automne, lors que les rayons s’étendaient jusqu’au cœur ? Est-il révolu le temps où je glissais, glissais dans la profonde lumière et, est-il révolu le temps où mon âme, inlassable, voguait dans l’insondable ? Mon corps disparaissait, les gens autour n’étaient plus, et le cognement de l’indicible me submergeait et il m’était totalement indifférent que les yeux vagues, le soleil m’absorbât. Où allais-je ainsi ? Où étais-je totalement engloutie ? Est-il révolu le temps insouciant où je me laissais être, anonyme dans la foule, et le cœur chantait sans gêne ? Est-il révolu le temps qui ne compte pas le temps et où l’on a tout le temps de se laisser inonder de lumière et même de disparaître ? Absorption étonnante et, l’on s’assoit face au déclin du jour et l’on voit venir encore le soleil, baigné de son propre mystère. Mais que j’aime, Oh ! que j’aime cette perdition au plus profond du cœur, et que j’aime la lente marche dans le regard qui se noie au crépuscule du rêve.

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Automne

La mer est salée,
Quand crisse le sable,
Au milieu des rochers,
Par millier,
La voix s’est envolée,
Le vent l’a poussée.
Le soleil sur les branches,
Les feuilles époustouflées,
Ne t’occupe pas de dimanche !
Les jours, sans compter,
Puis, le levain, la croute orangée,
Le soleil du pain,
La peau mordorée,
La blancheur d’une main,
Telle une demi-lune,
Le raisin épanché,
Confit et prune,
Soulève un moment,
Et plonge tout entier !

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Aquarelle de P. Jamot

Automne

L’éternité fut cet instant inconciliable avec tout autre regard et j’en vins à fouler du pied enfantin, les feuilles tombées au sol dans leur étonnant et vivant flamboiement, leur odeur de larmes, l’été de leur craquelure, les semences d’une terre pluvieuse. J’allais, unissant tous les temps, et les saisons filant, au ramure de leurs nervures, mon cœur immortel, et cela n’était qu’une simple césure, jetant sur l’autre rive, le pont de notre Amour. Quelle est donc cette invitation qui donne à la pleine certitude ? Les mots ne sont rien devant ce qu’imprime le cœur, et saisir c’est être déjà saisi, comme parti, puis venu, comme jaillissement, comme point ineffable dans le cœur. Je revois tes yeux trembler, l’intensité infinie et de me laisser submergée par l’envolée d’une totale abolition, l’effacement d’une vie entière, entrer en ton flanc éthéré et ne plus jamais le quitter.

Pluie

Quoi qu’il se passe, quoi qu’il advienne, la chevelure rougeoyante de l’âme est une perpétuelle poésie et qu’il faille demeurer seul, ou bien longer les méandres de la nostalgie, nous nous reposons définitivement étranger, traversant le sillon d’une phrase, s’y glissant, imperturbable. Que certains y croient ou n’y croient pas, qu’importe, puisque l’eau est vive de fines gouttelettes qu’une voix enchante. As-tu vu tout ce monde réfugié au fond des cavernes d’insouciance, ou bien est-ce la pluie qui les tient au fond de leur hébété silence ? Silence torturé d’indifférence n’est plus que larme sèche et n’est-il pas une multitude d’oiseaux sous les branches qui te surprennent et ce roitelet d’effluves encensées clamer la beauté ? Combien de mains as-tu serrées que tu as longtemps rencontrées ? L’on meurt comme des milliers d’étrangers, mais l’on vit d’avoir vécu la vie qu’une seule mort emporte. Quelle joie alors !

Marronnier

Sers-nous fort ce matin frileux,
Encercle-nous de montagnes fantomatiques,
Quand vient se déverser l’écume d’un ciel bleu,
Viens donc et nous prends pour toujours
Au centre du regard énigmatique,
Libère de légèreté les ailes de l’oiseau,
Quand du brisement d’un rayon,
Le marronnier nous attend avec amour.
Frémit l’effeuillement des frondaisons,
Du clair-obscur des vibrantes parures,
Le doux murmure aux battements du cœur,
Sans peine ni langueur ; être.
Je redescends des côteaux avec lenteur.
La ville s’éveille des gisements de la veille.
Vois-tu les serins éclore des vents marins ?

Automne

J’ai cueilli la lavande.
Sens-tu comme le romarin vif,
Au cœur de mon cœur,
L’aubépine rouge,
A le goût du givre ?
J’ai souri à la rose-thé,
Parfum de solitude,
Les bras chargés de soleil,
Aux confins de la plénitude :
Même souffrir a le jus du groseille
Entre nos mains semées d’émerveille.

La Paix 和平

La rumeur de l’hiver
Devance notre esprit,
Et parce que le froid mord,
Le vent nous inspire,
Et le corps d’élire,
Les promesses du bois mort,
Quand tout désir,
Révèle l’âme alanguie,
Mais la nostalgie nous aspire,
Sans qu’une seule feuille,
Volée à l’automne,
N’ôte le moindre de nos soupirs.
Au seuil de la grande porte
C’est la paix qui nous respire.

Mon âme

Le cœur, à l’unité, boit en la limpidité du vent matinal et de mots éthérés encensent, automnales légèretés, les profondeurs de ta voix phénoménale, vibrantes sonorités musquées, quand de ton exhalaison mordorée, l’empreinte devient l’ambre de nos retrouvailles. Je t’attends. Mon âme, dans la chaleur du vent des noisetiers, l’embrasement touche le sol et lui dépose ce baiser, pur, rougeoiement d’une sève, sans morsure, sans césure, sans morcellement, cristallin d’or et ce sont les mains de mille feuilles odorantes qui présagent des brûlures nécessaires de l’été et l’envol au diapason de s’envoler, mon âme, lors que la beauté emplit le monde du cœur dilaté, à l’aube des cyprès.