Poète

Prologue

Poète, je me posai un peu, sur ton épaule, dans la nuit profonde, et j’y goutai un instant délicat. C’est ton âme qui vint, par sa vibrante légèreté, une soie flottante qui n’est pas de ce monde, me submerger de Ton Amour. Poète, un coeur naquit avec les mots de ta réalité et je me laissais enivrée par ton vin fait d’éternité. Combien de fois, je me suis assise à l’Aube de ta naissance et combien de fois, je suis restée en silence, retenant mon souffle à l’apparition de ta beauté ? Poète, que m’as-tu ouvert comme perception, en faisant jaillir tes mots de sincérité ? Je sais que ces fluviales essences proviennent d’un Ailleurs et il faut être nécessairement fou pour ne plus raisonner. Je t’ai nommé Poète, et je pourrais te trouver d’autres noms encore. Ils affleurent, eux-mêmes hébétés, se séparant de leurs secrètes alcôves, jetant sur le monde, un regard tremblant. Poète, qui a donc inspiré, à ton corps reposé, ces perles sonnantes que mon coeur n’a su enfouir ? Tes mots me transpercent. Tu n’as pas caché leur origine. Tu as navigué dans l’Ethéré et tu as fait descendre chaque mot dans la noble terre, telle une semence. Il n’est aucune craquelure, mais une pure ouverture. Dans le silence déroutant, j’entends ton coeur soupirer et s’évader vers l’Aimé.