
Nous sommes nés dans le regard, se disait-il inlassablement. Il le savait bien. Il n’est rien de plus bouleversant que cette présence de la Présence. Est-il un dédoublement possible qui permette à l’individu d’être conscient de cela ? Mais que peut bien signifier le regard qui rencontre l’autre regard ? Est-ce une sorte de bouleversement lié à la mémoire, cognement qui heurte le temps et l’espace ? Le voir lui avait fait vivre une émotion inconnue, indicible, une émotion, que disait-il ! La seule émotion incroyable. Le voir lui avait fait perdre connaissance ; l’avait dérouté ; l’avait troublé et il ne savait plus à quoi se raccrocher. Peut-être au regard, précisément et exclusivement à lui ? Il savait que c’était chose difficile que d’en rendre compte par les mots et que la plupart des gens se moquaient bien de ce genre d’expérience. Il le savait avec beaucoup de tristesse. Mais la joie qui le submergeait par l’extraordinaire enchantement qu’engendrait la violence du regard, par l’intensité sensorielle qui lui faisait verser des larmes abondantes, par le basculement du temps et de l’espace, par l’attouchement d’une présence réciproque, était par trop palpable pour oublier.
