Poète

Prologue

Poète, je me posai un peu, sur ton épaule, dans la nuit profonde, et j’y goutai un instant délicat. C’est ton âme qui vint, par sa vibrante légèreté, une soie flottante qui n’est pas de ce monde, me submerger de Ton Amour. Poète, un coeur naquit avec les mots de ta réalité et je me laissais enivrée par ton vin fait d’éternité. Combien de fois, je me suis assise à l’Aube de ta naissance et combien de fois, je suis restée en silence, retenant mon souffle à l’apparition de ta beauté ? Poète, que m’as-tu ouvert comme perception, en faisant jaillir tes mots de sincérité ? Je sais que ces fluviales essences proviennent d’un Ailleurs et il faut être nécessairement fou pour ne plus raisonner. Je t’ai nommé Poète, et je pourrais te trouver d’autres noms encore. Ils affleurent, eux-mêmes hébétés, se séparant de leurs secrètes alcôves, jetant sur le monde, un regard tremblant. Poète, qui a donc inspiré, à ton corps reposé, ces perles sonnantes que mon coeur n’a su enfouir ? Tes mots me transpercent. Tu n’as pas caché leur origine. Tu as navigué dans l’Ethéré et tu as fait descendre chaque mot dans la noble terre, telle une semence. Il n’est aucune craquelure, mais une pure ouverture. Dans le silence déroutant, j’entends ton coeur soupirer et s’évader vers l’Aimé.

Mascarade

Le tison ardent, la braise brulante dans la paume refermée est devenue certitude. Elle éclaire le monde et la vie. Ceci est une profession de foi. C’est à la nuit de notre âme que tremble la merveilleuse lampe. Depuis longtemps, j’ai jeté toutes vindictes, m’en délestant sans regret. Il me semble que le combat, les violences, les crimes et les guerres sont les conséquences d’une véritable défaillance émotive, la manifestation d’une primitivité liée à l’ignorance et à l’immaturité, de même la révélation arrogante d’un pouvoir usurpé. Il s’agit, sans doute aussi de la pire des lâchetés humaines. S’il est un grand combat, c’est bien en soi-même qu’il se doit d’être mené. Pour cela, il faut devenir le guerrier intérieur (et ce n’est pas chose facile). Certes, certains combats extérieurs peuvent sembler légitimes, mais qui sera le garant de cette légitimité ? Je mets au défi quiconque pourrait y répondre. Depuis bien longtemps, j’ai renoncé aux causes, aux doctrines absurdes de l’homme, à la politique, hélas dévoyée depuis de nombreux siècles. Je n’ai pas cherché à imiter, ni à projeter, ni à créer de conflits, répugnant à cette activité funeste pour l’âme. Tout ce que nous cultivons nous cultive. Nous sommes un logiciel très complexe qui a vocation de « voyager ». Nous sommes bien des voyageurs, des migrants. Mais, nous ne le savons plus. Alors, quel est l’intérêt de créer une chambre faite de bric et de broc et de croire que nous sommes des êtres singuliers ? Bien entendu, peu d’entre nous sont prêts à déposer les valises. Ils s’encombrent de lourds bagages et ne se rendent pas compte qu’ils sont ainsi à préparer leur viatique, un passage de ce monde-ci vers un autre monde avec beaucoup d’illusions. Mais, la plus grande illusion qui soit est de croire que ce monde est un monde de finitude et est chose en soi. Il est vrai que la vie nous a dévoilé sa drôlerie. Et c’est de nous que nous rions. Nous avons compris que nous étions à perpétrer inlassablement notre propre scénario et que nous façonnions avec une véhémence incroyable, jour après jour, la grande mascarade.

Nature profonde

Ce qui se déploie est ce qui est à se déployer. Nous ne pouvons échapper à notre Nature profonde. Tandis qu’Elle nous visite sous la forme la plus étonnante, avec son langage lumineux, son affection submergeante, nous inondant de Son Rayon d’Amour sublime, la Toute Proximité, la Toute Compatissante Proximité, nous reconnaissons Son Cadre et Son Essence. L’astre est solennellement en sa Nature profonde, le tout obéissant. L’Arbre qui croît l’est tout autant. Lorsque la mer jette ses flots sur le rivage, n’est-elle pas dans l’observance de sa Nature initiale ? N’a-t-elle pas témoigné de sa déférence envers cette Loi ? Si le fruit mûrit sous les caresses d’Amour du Soleil et puise dans les nutriments de la terre, n’est-il pas en la symbiose parfaite avec sa Nature profonde ? Tout est Ronde d’Amour et déploiement de ce qui est. Toute chose a sa Destination et toute Destination est révélatrice de la Finalité. Un jour, une personne vint me voir et me déclara, alors que j’étais en proie à un état de rupture intense : c’est dans la finalité que tu comprendras. Cette forme, sortie de nulle part avait dit juste. Elle m’avait enveloppée de son Intelligence. Intelliger est l’acte de relier chaque chose à son Principe. Chaque perle savoureuse est un doux nectar et la connaissance nous dépasse tout en nous préparant à la Connaissance. Toute Connaissance est Délivrance. Imperturbable est le Sage qui n’est plus à la merci des flots, des leurres et de toutes formes de combativité, quelles qu’elles soient. La mer est une eau profonde et son lac intérieur, le Miroir où sont reflétées les semences Divines. Lors que les ombres apparaissent enfin sur les parois de la cavité du Coeur spirituel, la Joie est éternelle, car il reflète ce que nul oeil n’a vu ni oreille n’a entendu. Le petit caillou contient en lui le grand Rocher !

Le Sage

Le sage se tient à la frontière de l’indicible. Ce qu’il exprime a dépassé les mots et même les sens. J’ai aimé plongé dans son regard. J’y voyais la vastité et son coeur devenait source d’inspiration. Assis, impassible sur le rocher, alors que toutes les saisons passent, il est celui qui ne passe pas. Depuis longtemps, je suis restée accrochée à son unité. Que voulez-vous ? Nous sommes ce que nous sommes. Ne cherchez pas à me changer ! Que dire de plus ? Je ne cherche pas non plus à vous changer. Il me semble depuis longtemps que la véritable rencontre se situe sur ce rocher. Ai-je vu le monde ? Oui ! Depuis la fenêtre de Paris, mon âme ressentait cette présence. J’ai vu le moineau gazouiller, les arbres passer, demeurer immobiles tels des pieux plantés dans la terre et nous rappeler le monde céleste. J’ai vu le trottoir et lui ai parlé. Tout me semblait vivant et palpitant. Puis, j’ai usé mes souliers dans les rues de la Capitale. J’étais semblable à une mendiante, incognito. Ce n’est pas moi qui cherchait, mais on me cherchait. Qui on ? Quelque chose de l’ordre de la mémoire. Je buvais Lutèce et je buvais Paris. Je laissais venir. C’était joyeux ! Parfois, lugubre ! Les mots ont dansé, très tôt, nécessaires veines de mon être. Ils m’ont beaucoup appris. Je les ai écoutés. Cela me semblait très important. J’ai vu planer le sage au-dessus de la Seine et n’ai pas su ne pas le suivre. Je ne l’ai jamais regretté ! Non ! Jamais !

Source d’Amour

Il est une force qui ne nous appartient pas et celle-ci semble épouser notre être. Elle nous parle et se faufile entre nos faiblesses pour nous inspirer le par-delà. Elle est gustative et se décline sous toutes sortes de formes. Bien souvent, elle est le Verbe qui s’exprime, qui exulte. Elle est aussi une danse sans limite. Quand la bourrasque fait rage, elle se fait rire. Nous avons vu ce monde comme n’étant pas une chose en soi. Nous l’avons perçu parce qu’il se percevait en nous. La Vie nous a arrêtée. Le doux murmure des feuillages bourgeonnant, la sève de l’arbre frémissante, les nuages, le soleil, les astres. Le froid de l’hiver nous amenait à chercher la chaleur, et à nous émerveiller de toute chose et toute chose sait parler. Nous avons écouté et avons aimé. Parfois, cela était à notre insu. Pourtant, l’Amour est une colonne de certitude et de foi. Il est les gestes de la constance et de la force. Celui qui puise à la Source d’Amour connaît les effets de cette Source illimitée. Elle est le Rayonnement qui révèle le soleil de notre âme. Chaque jour est nouveau et chaque jour est beau par le Souffle de la Toute-Puissance. Vivre est un art. Vivre est une ronde harmonieuse comme l’apnée du Silence.

Corps et Âme

Ma soeur, ton chant agit sur mon corps,
Tout comme il submerge mon âme,
Fait de moi une enivrée ;
Je ne saurais y résister.
Le Derviche lève les bras au ciel,
Seule l’âme s’est élevée,
Le corps est hébété,
Mais que se passe-t-il ?
Il lance une corde pour la retrouver.

Quotidien

Le quotidien n’a jamais manqué de charme,
Souvent à frotter le sol,
Souvent en essorant une simple éponge,
Je vois le sourire poindre,
L’horloge vaciller,
Me tendre l’oreiller,
Chiffon et bois de senteur,
Le monde s’effiloche de ne plus s’avoir s’esclaffer !