
Personne ne peut porter longtemps la poésie. Personne ne supporte le monde vaste de la Présence. Peu le vivent. La dualité crue de l’existence fait dériver plus d’un et plus d’un tentent désespérément de s’accrocher à ce qu’ils connaissent. Mais, dans le fond, que connaissent-ils vraiment ? L’accession aux plans supérieurs de l’âme est un voyage sans fin et une incursion au plus profond de soi. Il m’a saisie depuis le début et je me suis cognée sur les parois rugueuses de l’opacité. Les miennes, celles des autres. J’ai résisté avec mes faibles moyens et qui peut résister face à l’Amour ? Je vous parle de ce torrent bouillonnant qui vous fait quitter toutes les illusions. Comment ? Ni la raison n’est perdue, ni la logique, ni même l’évidence, encore moins la rationalité. Nous pouvons appeler cela sur-existence. C’est possible. Cela peut être. Les mots ! Ah les faibles mots qui tremblent devant la puissance cosmique de la Réalité. N’est-elle pas douce, n’est-elle pas cruelle, n’est-elle pas merveilleuse ? Alors, je le répète : devant l’observation observée, devant l’arrêt, et la chance (je ne suis pas sûre de ce mot) d’avoir été traversée par l’apparente vie et celle qui est cachée aux regards de la plupart d’entre nous, je le dis sans détours, qu’avons-nous vécu du prisme existentiel ? Pourtant, le coeur bat au rythme de ce Ciel uni à la Terre et prodige, chaque élément est à sa place, chaque frémissement délicat d’une branche, d’un matin nouveau, de la moindre activité révérencielle d’une bête, devenue symbole, langage, signe, message, de la moindre perception événementielle, phénomène de la vie, tout cela nous parle ! Tout cela est en nous et tout cela est intelligent, d’une intelligence que l’on soupçonne à peine. Et je ris, mon ami très cher et je ris tout en pleurant et en aimant ! Ah !
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Peinture de Andrii Kateryniuk



