Connaître les autres, c’est sagesse. Se connaître soi-même, c’est Sagesse supérieure. Lao Tseu
Moi qui marche comme un crabe, je ne perds jamais le sens de l’Orientation. Vous verrez mon regard droit, tandis que les rayons du soleil obliquent clairement. Je sais que cela surprend et pourtant, je ne cherche aucun effet. D’aucuns diront que j’ai dépassé le mur du son. Peut-être bien ! Peut-être bien ! Néanmoins, la légèreté s’est crucialement imposée sur le chemin. Quand j’atteins le désert de mon âme, je n’y vois pas l’aridité, mais plutôt un Royaume caché. Mes yeux ne sont pas ceux de mes sens extérieurs. Longtemps je me suis demandée pourquoi j’étais ainsi. Suprasensibilité, luxuriante expansion dilatatoire, tout cela était de prime abord une intériorité exacerbée. Il m’est arrivé de suivre les pas laborieux d’un scorpion. Non pas de ces scorpions nocifs, ceux qui vous piquent mortellement. Non ! Je fais allusion à la mystérieuse constellation. Être en contemplation c’est se laisser percuter par le Langage Divin. Bien entendu, il faut du temps pour rire des absurdités phénoménales de l’ignorance. Cynisme, ironie, tout cela est forcément risible, nihilisme destructeur. Nos Mythes fondateurs sont des étoiles fixes dans le ciel de notre âme. Ils brillent de mille feux sublimes, de rayonnement éclairant, de connaissance sur nous-mêmes. Il n’est que l’absurde ignorance qui les réduit à elle-même, à sa limitation, à son étroitesse. Symbolique, Mythe, Légende sont les récits initiatiques des chemins possibles de notre âme. Certes, je marche tel un crabe, mais c’est parce que je souris, imperturbable. Je souris et je continue. Il n’est pas plus beau chemin que celui de l’Amour. Il est unitaire, unifiant, enseignant, apaisant. La Vie est Amour et Amour est Connaissance et Connaissance est chemin de Sagesse. Le grand Livre de la Sagesse intérieure s’ouvre telle une multitude de Fleurs écloses dans un Jardin. Chaque fois que je m’y trouve, j’avance avec gratitude et larmes. Le monde a révélé son secret. Pureté et Merveille !
Dans la stricte nécessité, dans l’arrachement de ce qui se devait être arraché, quand tout s’effondre à l’intérieur, alors qu’il est vain de s’accrocher à ceci ou à cela, car ceci ou cela vous rejettent, oui vous rejettent avec fermeté, que l’océan vous étreint dans son tumulte fracassant, que vous ne pouvez pas, non, vous ne pouvez pas maîtriser, et comment cela serait-il possible ? Vous devenez le tumulte, l’écume, les vagues ; votre corps, le bateau ivre, le radeau impuissant, alors c’est là que vous vous laissez emporter et que cette chose étrange, douce et ferme tout à la fois vous nourrit directement, étanche votre soif, apaise votre peur, abolit votre résistance, et vous donne à la Vision. De ce voyage, nous ne reviendrons jamais ! Jamais ! Il vous donne à succomber devant la petite fourmi et vous pleurez devant sa grâce et sa ténacité. Il vous fait succomber lors que le rayon du soleil atteint votre peau et l’Amour vous submerge totalement. Vous flottez ! Vous êtes noyé sans être noyé ; vous ouvrez les yeux à la sublimité. Et vous écoutez. Non ! sachez-le ! vous ne pouvez revenir de l’Amour !
L’effroi existe bien. Le chatoiement des vagues du coeur sont aussi possibles qu’un commencement de vie. Il n’est pas besoin de cri pour s’extraire du rêve matriciel, mais nous crions, tout comme il n’est pas besoin de hurler dans la nuit de notre âme, mais nous hurlons. Pourtant, l’effroi existe bien et je ne sais par quelle magie, l’âme se soulève lentement de sa terreur, et dans le silence des affres, mugit sur les lèvres blanchies par la douleur. Je ne sais pas comment celle-ci descend et nimbe le corps morcelé, le corps à la chair éparpillée, cardée telle une laine sauvage. Il se peut que rugisse la mer qui rassemble ses entrailles et il se peut qu’au creux de la souffrance, Dieu se pose sur le coeur du malheureux et fait jaillir la chaleur de Ses Bras. Avez-vous connu le grand froid qui brûle le corps jusqu’aux os ? Et connaissez-vous la chaleur qui se répand doucement, enserrant votre coeur, lui redonnant vie ? Comment expliquer que la détresse disparaisse, et comment expliquer qu’un monde où vibrent tant de consciences, soit lui-même sans conscience ? Réfléchissez : il n’y a de consciences possibles que par la Conscience suprême. L’âme soulève peu à peu les voiles, et même, il me faudrait plutôt dire que les voiles sont soulevés, oui, soulevés et soulevés au bon moment. Ces voiles sont autant de points nodaux et de source d’enseignement coextensibles à la possibilité des manifestations, de toutes les manifestations. Alors si l’effroi existe bien, la paix et l’harmonie aussi. Au sein des plus grands tumultes, la paix et la joie sont une véritable éclosion de lumière.