Yin et Yang

Je reviens par ma Femme, cet esprit que porte aujourd’hui mon corps et je reviens achevant l’exiguïté de toutes les réductions, car la Femme n’a d’autre réalité que de monter sur les cimes de la toute réalité. J’aime cette rencontre de l’âme féminine, puissance incarnée qui vainc toutes les aspérités et au culminant de son cœur, résorbe toutes les résonnances, ombre et lumière, fait fusionner Yin et Yang, les embrassant d’une même âme. La force de la voix de l’Occident épouse enfin l’Orient par l’élan du Divin et j’aime jusqu’à l’effacement, lors d’une répétition mantrique, battement rythmé du cœur. Cette Femme n’est pas une femme, mais toutes les femmes. Cette femme n’est pas un homme, mais tous les hommes. Voilà ce que me révèle ce puissant chant de l’unité. La paix est le véritable royaume, sans projection, sans attente : effusif Amour. C’est ici que je vis, sans besoin, libérée de ce qui n’est pas… Quelques nénuphars sur un étang.

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Peinture de Do Duy Tuan

Jardin

Nous nous sommes évadée,
Les hauteurs incontournables,
Quand du cœur de la femme,
Tu es loin d’avoir saisi le secret,
Car, aimer est au féminin,
De scintillantes flammes,
Alors que s’achève le matin,
Défroissé au contour de notre improbable,
Puisque du cœur de l’aimée,
Jaillissent les verbes de son âme,
Tout le mystère d’une prostration :
Un homme peut aimer comme une femme,
Lors qu’il éclot à sa divinité,
Il chante suave les mots de la passion,
Et de dérive en dérive, comme un forcené,
S’anéantit dans les vagues déchaînées.
Puis, une femme peut aimer comme un homme,
Née d’une incandescente cuisson,
Jusqu’à se tordre parmi les feux d’une fusion,
Usée par la douleur,
Tenant en son âme,
Le dernier sursaut.
D’aimer est illimité et sans concession,
Car, l’Amour est entier,
Il suscite la tranchante vérité,
Tandis que d’avoir hurlé,
Dans les sanglots que l’on étouffe,
Tel un rayon blessé,
Le corps entier transpercé,
Un jardin inconnu s’éveille,
Tressé des larmes de ta veillée,
Goutte à goutte,
Révèle l’immensité.

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Peinture de Scott Burdick

Man and Woman

I was not a woman, but I opened my eyes to this reality when I was born. Life was playing in me and I was playing in life. Sometimes, it was laughing pearls and sometimes a barely perceptible breath. How marvelous to discover a spirit that flies everywhere. The sun tasted like an amazing rose. When the rose shook the morning with its pearls of dew, the sky became a road traced towards the marvelous. I am a woman who likes to be a woman. I like to meet my brother, the side of my flesh, the companion of my soul. And I speak to him by addressing myself to all humanity, and I say to him : O my brother, you my complementary humanity, I love you ! You are the face of my soul, the reflection in a clear mirror.

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Je n’étais pas une femme, mais j’ai ouvert les yeux à cette réalité quand je suis née. La vie jouait en moi et je jouais en la vie. Parfois, c’était des perles rieuses et parfois un souffle à peine perceptible. Quelle merveille de découvrir l’esprit qui vole partout ! Le soleil avait le goût d’une incroyable rose. Quand la rose secouait le matin des perles de rosée, le ciel devenait un chemin tracé vers le merveilleux. Je suis une femme qui aime être une femme. J’aime rencontrer mon frère, le flanc de ma chair, le compagnon de mon âme. Et je lui parle en m’adressant à toute l’humanité, et je lui dis : Ô mon frère, toi mon humanité complémentaire, je t’aime ! Tu es le visage de mon âme, le reflet dans un miroir clair.

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Peinture de Hugh Goldwin Riviere (1882-1958)

Soleil et Lune

La sagesse consiste à prendre le temps de peser toutes choses et de se laisser irriguer des réalités de la vie profonde. Vivre au rythme du pouls terrestre, regarder les nuages, les fleurs, tout cela ne peut être une anecdote en passant. Quand je le vis, je me lançais à corps perdu, à corps abandonné dans les bras de son étonnante magnanimité, dans les confins de sa préciosité. Cela peut sembler aussi fin qu’un cheveu, cela peut ressembler à un proton, l’effet d’une touche précise et délicate. Cela peut aussi ressembler à des milliers d’années-lumières, à une myriade de constellations, aux vents les plus improbables de millions d’étoiles. Tant que le soleil suit sa lune, que voulez-vous qu’il advienne ? Tant que la lune suit son soleil, que voulez-vous qu’il advienne ? Tant que l’Amour est la plus puissante des lumières, et qu’un orbite se met à poursuivre ce qui le poursuit, vous ne craignez rien et vous êtes forts de cette Joie incommensurable qui vous saisit perpétuellement. Celle-ci est le plus grand de tous les boucliers. Voyez comme la lune rit aux éclats, et comme le soleil est fidèle à son amante !

Histoire du mot

Le mot précéda l’intention,
Un oiseau en bout de bras,
Accueillit un fruit mûr,
La parole accentua le signe,
Quand vint soudain l’inattendu,
L’oiseau s’envola éperdu.

Le mot trouva une porte,
Fut délivré de la brume,
La beauté fut comme une rencontre,
Personne ne fut dupe,
Mais le soleil en parle encore,
Sous les ombrages,
Les lettres se révélèrent.

Le mot fut secouru par un aigle,
Il sombra dans les ténèbres,
Quand soudain l’orage le menaça,
Il comprit l’éloge et chanta,
Fait-il partie de ton monde ?
Non, répondit-il, je ne le crois pas.
Pourtant, il le traversa.

Quelle est donc la liberté ?
C’est de manger et de boire,
Puis avoir faim et avoir soif,
Sans éprouver la faim et la soif,
– As-tu compris ?
– Non, avoua-t-il, je ne suis pas sûr.
– Quel est donc le mot qui devient acte ?
– Celui à peine effleuré.

Parchemin

Du son vague et martelé,
Au blanc d’un destrier,
Crinière des transpirs,
Quand le corps,
De l’homme,
Au corps de bête,
Suggère ta folie,
Enchaînés,
Entrelacés au souffle.
Crinière noire,
Envolée,
Aux mains agrippées,
Notre échappée,
Vent immaculé,
Ni soleil,
Ni aridité,
Dans le soubresaut,
Robe d’azur,
Sans fin,
Course échevelée.
Qui s’envole ?
Le parchemin m’a guidé.

Correspondances XIV

Cher,

Comme il a fallu des années lumières pour que nos âmes se rejoignent, et comme il a fallu conjurer toutes nos blessures, nos sanglots bouillonnants, nos revendications et même nos cris, pour que nos corps se lissent et fusionnent dans les rayonnements d’un cosmos dont les étoiles sont la réverbération de notre réalité, au grand chapeau d’une couronne nimbée de notre aspiration ! Le ciel est l’univers de notre expérience jumelée de beauté. Quand l’amour disloque, il unifie aussi. Cher, très cher à mon cœur, vous savez comme la réalité du couple est une aube sans cesse renouvelée, démantelée le soir, régénérée au matin. L’amour est une brûlure alchimique qui semblable à l’océan disloque et s’écrase sur le sable de nos prétentions. Mais, Ô miracle, chaque grain est le récit de l’usure et du polissage de nos frustes natures. Des éléments qui nous constituent, s’unir aux lèvres incandescentes de notre lumière est en vérité une épopée que l’on décrit dans maintes légendes. Notre chemin est trempé dans l’effervescence de l’abandon. Or, se reposer, c’est avoir atteint l’axe de notre ascension. Dans les mots pleuvent nos éclaboussures, nos veines devenues les multiples rebellions de nos sentiers égarés, jusqu’à ce que soudain nous soyons saisis par la beauté naturelle de la vérité, l’unique, celle que l’on partage avec tous. Je sais, parfois mes lettres vous semblent quelque peu absconses, mais, je sais aussi que dans votre primitive violence, dans le boisement musqué de votre douceur, vous êtes vous-même le tempétueux et pacifique océan de votre âme, de notre âme.

Je vous aime,

Votre B.

La Vie 生活 (Shēnghuó)

Vie mêlée,
De nos instants,
Quand fugace,
Le souffle,
Nous parle de vérité,
Quand même,
Se lisse un monde,
Le sage avance,
Au-dessus de la ronde,
Morcelée,
Qui chavire,
Des étreintes,
Il se tient droit,
Parce qu’il sait l’humanité,
Au coin d’une rue,
L’éternité,
N’oublie pas !
Il a croisé ton chemin,
Et la mort ne tremble pas,
Elle s’offre avec la vie,
A la lueur d’un tabernacle.
Sens-tu ?
L’amour s’efface,
Devant l’improbable,
Puis revient,
Comme réalité,
Souvenir ineffable,
Sourire du corps abandonné,
Le temps s’est arrêté,
Quand la présence,
Est un visage de lune,
Dans l’indifférence,
L’âme impavide,
S’élance,
D’avoir aimé,
Bien aimé,
Le silence,
Et le cœur,
Sans peur,
Joue sans se consumer,
Près de l’âtre,
Quand tu vins à passer.

Femme

La plume est incisive des lucidités que l’on préfère taire quand la femme délivrée du narcissisme, des volontés de plaire, de son abîme, quand elle s’extrait des mains du marionnettiste, en elle, en ses jougs inopportuns, quand son âme s’épure des luttes sans fin, quand la parole volubile des babils s’étourdissent des asservissements du corps sous l’emprise, et que libre, libre, libre du regard destructeur, finalité sans fin, sens sans essence, de celui qui l’emprisonne, l’esprit en elle respire et jouit du flux de son être, quand l’âme virile n’est plus annihilée en son besoin de séduire, ni de dominer, quand la femme marche semblable à l’homme, devenu lui-même la femme des principes de gestation et de réception, son souffle devient le filet libérateur des jours de plénitude, des jours de son orchestration, ivre et nullement aux abois. Je ne suis pas ton objet, je suis ton autre toi…

L’empereur 黄帝 (Huáng Dì)

Médecine où la Voie du Milieu (dào)

La médecine est l’ensemble des connaissances qui permet d’activer en chacun des points du corps les énergies libératrices et régulatrices. La complexité et la multitude des voies, canaux de rencontres, de circulations, d’échanges, de compénétrations, sont effectivement les lieux de nos possibles aptitudes à entrer dans l’écoute des signes vitaux de notre être. Cette médecine ne dissocie jamais les réalités essentielles de l’homme d’avec son corps matériel. L’empereur avait dépassé les fluctuations du temps. Toutes ses humeurs se transformaient avec une régularité étonnante depuis un nombre incroyable d’années. Il suffisait d’avoir maintenu cette discipline qui consistait à observer le silence durant de longues heures de concentration. Au fur et à mesure, celle-ci se suffisait à quelques minutes. La quantité se résorbait dans l’intensité de la relation avec L’Être. Si un trouble quelconque était à se manifester, il n’en éprouvait ni la confusion émotive, ni la disparité. Le remède est dans la maladie et le médecin est le corps de conscience. La Triade donne la base solide et édifiante à tout édifice. Tel fut son périple : parvenir à la médecine. Sa complicité avec Fēng l’avait guidé durant des décennies.