Orage

Eau qu’érode la vision,
Le sol s’émeut,
Odeur de pluie.

La foudre frappe au pied d’un arbre fiévreux, et la terre tremble. La puissance d’un ciel chargé d’étoiles. Je m’en souviens. La traversée fut longue et le silence plus encore. Il n’est d’autre vie qu’en cette force. J’entends le lion rugir et les plaines courir. Son ombre est une foudroyante lumière qu’arrachent les semences du long trépas. Sa crinière est ivresse et ses yeux un miroir flamboyant. Qu’advient-il quand le lion mange sa proie ?

Périple sans fin

Ô mon âme ! Qu’ai-je fait de t’aimer dans le ciel rougeoyant, et qu’ai-je fait en t’aimant jusqu’au fond de la Laponie ? Mon âme, qu’as-tu fait de moi ; qu’as-tu donc fait en me volant à moi-même ? Mais, qu’as-tu donc fait en me faisant voyager là où je devais te rencontrer ? Que s’est-il passé, mon âme, pour que je fusse dépossédée de moi, quand je filais la laine dans les cavernes profondes, et que s’est-il passé pour que je retrouvasse partout l’effluve des pétales unifiant les Amours vivaces ? Mais qu’as-tu donc fait à ce corps et qu’as-tu donc fait à cet esprit quand tu le plias et le déplias ? Je devins le vent ; je devins un petit castor ; je devins aussi la limace. Mais, mon âme, que s’est-il passé pour que je devinsse l’eau au milieu des roches, et que je devinsse les multitudes de clameurs dans tous les espaces ? Comme nous avons dansé toi et moi, enlacés tels soleil et lune ! Mon âme, viens, je m’assois à tes côtés et tu me parles. Viens, mon âme, ici, là-bas, lui et nous. Viens que je t’embrasse ! Ô mon âme, quelle beauté quand tout s’efface. M’aimes-tu ? Oui, c’est un aveu au clair matin, et c’est une confidence, le soir. Je suis la cloche qui vibre dans les montagnes, et puis ce murmure qui se cache dans les cascades d’une corde, et je suis aussi le chant dans la voix. Nous nous sommes trouvés, mon âme, et nous ne nous quittons pas. Là-bas, au-dessus d’une porte veillent deux hiboux. Je ne les voyais pas, mais ils voulurent me voir. C’est étrange, mon âme ! Les choses se meuvent et le cœur bat. C’est étrange, d’être si proche et si loin à la fois. Viens donc, mon âme auprès de moi, que nous puissions unir notre voyage et que chaque étape soit le commencement d’un périple sans fin !

Plus loin encore

Je m’arrêterai mille fois encore, n’ayant jamais avancé, car, où aller ? Je ne bougerai pas. Je serai un arbre dont la féerie commence là où tout est parfait. Je suis dans une cellule, mais, je suis partout à la fois. Tu as brisé les murs et des jaillissements effusifs, je me suis arrêtée. Je ne bouge plus ; je ne respire plus. Je pose les mains sur l’accueil d’un imperceptible souffle, Ô Souffle, comme je ne sais plus te dire, mais comment dire ? je demeure immobile, et la lune est altière. Elle plonge dans le puits de notre discours. Comment ? Oui, il s’agit d’un indicible murmure et je sens combien Tu me serres au-delà du possible. Il n’est qu’un seul possible d’ailleurs, et comment y en aurait-il un autre ? Je pointe un doigt et touche le sol. Maintenant ce doigt monte au ciel et prolonge l’effervescence du cœur, Ô cœur ! Les yeux se ferment et tout autour bruisse. Il se tient droit, bien droit et de nouveau, le souffle entre en apnée. Je suis sur la place publique et regarde, puis, le dit fort, car le dire fort est une émanation salutaire, entrelac de joie. Je me retrouve dans un lieu qui n’existe pas. Il est au-dedans, au-dedans, vous dis-je. Le doigt vient toucher le cœur ; le cœur, là où l’horloge n’est pas de ce monde. Chaque instant n’est qu’un seul instant et il me fait rire. Oui ! Vous pleurez sur les défunts, les torturés, les impasses cosmiques, ou terrestres. Vous pleurez sur votre nombril, vous pleurez sur les informations que vous ne vivez pas un seul moment, mais vous pleurez. Vous pleurez sur les abeilles qui meurent, et puis sur les bombes qui mangent des pieds, des jambes et des bras. Mais, vous ne pleurez pas vraiment. Vous ne riez pas non plus. Vous ne savez plus. Alors, je m’arrêterai mille fois encore, n’ayant de ce monde qu’un arrêt qui s’ouvre sur toutes les perspectives, plus loin encore, plus loin encore.

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Peinture de Edward Burne-Jones (1833-1898)

Prunelle

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Je plongeai dans tes yeux,
Prunelle de ton cœur,
C’est là que je me baigne.

Je ne sais pas en revenir. Que pensais-tu qu’il arrivât lors que l’océan t’engloutit ? Le cœur palpite.

Hérisson

Sous la voûte étoilée, elle filait la laine. Quand son ami le hérisson vint à passer, elle leva légèrement un sourcil et ébaucha un sourire. Quelque peu débonnaire, le hérisson le lui rendit avec grande joie. Peut-être cherchait-il tout simplement la conversation ? Elle le salua cérémonieusement. Il reprit sa lente marche. Quand la nuit tomba complètement, elle rangea ses instruments, posa les deux mains sur les genoux, et médita. C’est alors que le hérisson s’approcha d’elle et entama cet étonnant dialogue : – Quant à la Nature, est-elle ton modèle ? interrogea-t-il.

– Non, je ne le crois pas, lui répondit-elle calmement, même si celle-ci nous apprend beaucoup, même si son enseignement est singulier et nous parle. Tout est en nous, mais autre chose est notre modèle, de cela, j’en suis sûre.

– Quel peut-il bien être, se demanda le hérisson. Ai-je un modèle, moi aussi ? Avons-nous chacun notre modèle propre ?

La jeune femme leva la tête et regarda longtemps le ciel. Une paix incommensurable la submergea.

– Peut-on imaginer autre chose de si vraisemblable ? s’exclama-t-elle. Les étoiles m’emmènent inexorablement vers un ailleurs. Tandis qu’il est là, il est, simultanément, au-delà. Ne sont-elles pas, ces lumières clignotantes, toutes, à nous appeler et à rire ? Peut-être, cher ami hérisson, sommes-nous chacun le rappel de cette joie primordiale ? Peut-être est-ce cela notre vrai modèle : une joie exponentielle qui désire se retrouver. Il me souvient de cette force exaltante, un commencement où exultait un ruissellement de bonheur indicible ! Quelle belle réminiscence, constante et infinie !

– Ne sommes-nous pas dans un rêve ? lança le hérisson.

– Un rêve d’une complexité prodigieuse, qui nous parle longtemps, fabrique une chaîne et une trame d’une beauté inouïe, révèle une sagesse incontestable dans cet entrelacement et nous montre simplement le chemin. Oui, mon ami, c’est cela !

Visage de lune

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Nous nous étions rencontrées, il y a fort longtemps. J’étais alors étudiante. Déambulant dans Paris, à mes heures perdues, j’avais fini par atterrir au sein d’un cercle quelque peu intime et où l’on redécouvrait, tels des nouveau-nés, la spiritualité. Nous réapprenions tout, le monde caché, le monde des douces concordances, de la fraternité, de la pratique, de l’avancée. Ce jour-là, elle arriva. Je fus frappée par son visage de lune. Elle resplendissait. Je la regardais. Tout son être semblait se détacher du groupe. Elle souriait avec une réelle grâce et les yeux baissés, elle avançait dans la pièce. Ce sont les premières impressions qui comptent. Tout comme avec Emily Kaitlyn, je demeurais sous le charme vibratoire de sa réalité spirituelle. Sans doute, suis-je très sensible à l’aura de l’autre. (…)

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Erosion

Dans l’érosion d’une usure,
La lune est née,
J’entends Ton chant.

Une goutte s’est écoulée depuis le ciselet, une sueur du labeur du cœur esseulé, et les yeux ont ces élans de douceur, mon Ami, mon Bien-Aimé. Sur le sol de la poussière éprouvée, la solitude a fait fleurir un sourire, et comme nous nous sommes étreints, mon Ami, comme nous nous sommes épaulés !

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Peinture de Montserrat Gudiol

Rêve d’une horloge

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Une horloge pivote, cligne des yeux et le balancier sursaute. Il lui vient des bras et des pieds, des pupilles pour regarder. Elle s’étonne tout rond d’un drôle de monde et s’immobilise l’instant d’un vol d’épervier. Son cœur s’élance dans une course-poursuite, le temps d’un pigeonnier. Plus loin, elle prend ses jambes à son cou et se met à voler. Ne lui posez aucune question, elle devient invisible et rougit à l’heure qui cogne fort tout contre ses aiguilles. Cette horloge n’est pas de ce monde, vous en conviendrez, mais chut, le sablier la vient compagner. Il lui fait le récit d’un voyage jusqu’aux dunes d’un fabuleux désert, et savez-vous ce qui lui est arrivé ? Il a rencontré le célèbre marchand de sable et une créature ailée. Cette dernière lui révèle le secret des montagnes, pourquoi elles s’agitent le soir et comment elles attendent l’heure. Alors, l’horloge l’interroge sur leur secret, mais, la créature ailée s’envole dans un ciel parsemé d’églantiers. Les pétales rougissent et plus loin, l’horloge voit s’effacer mille océans, tandis que sont déversées des flammes tentaculaires et le monde de s’écrier : Comment ferons-nous si les océans disparaissent ? L’horloge pivote de nouveau et tremble de tout son balancier. Le temps s’est-il écoulé ? L’horloge sait que cela n’est rien devant la vérité… Rien de cela n’a vraiment existé. Le monde et ses bruits ; la ville et ses orgies ; la cruauté et les dénis ; les heurts et les combats ; les couleurs et les émois ; Elle n’y croit pas. Elle se plante toute droite, et n’y croit pas du tout. Ces gens sont des fous incarcérés, mais ils ne le savent pas.

La croisière s’amuse

Ne plus se connaître, quelle étrange chose ! Ne plus savoir, bien moins que l’enfant, ne plus rien savoir, quelle troublant constat ! La croisière discount. Croisière du monde tout kit en main. Comme elle se veut donner le change ! Mais, dans le fond, je suis sûre que personne ne s’amuse. C’est un tricot de couleur qui n’existe pas. Tous ces tableaux qui s’agitent, ces images faussement profuses, tout cela, une illusion de plus, un véritable désastre. Qu’est donc devenue la vie ? Qu’est-ce donc que cette orgie ? Ce déversement n’est pas abondance, mais plutôt le déversoir d’un manque. La luxure, un libertinage que l’on nomme ridicule. La luxure, trahison de vie, une maladie qui ronge les cœurs et certains ont de cette luxure une appétence mentale, marchande, terrifiante et sans discernement.

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Œuvre de Louis le Brocquy 1916-2012

Doux zéphyr

Dans l’infinitude des présences, ne T’ai-je pas choisi ? Vivre en Toi, m’occuper de Toi, entrer en Ta Danse et tournoyer. Que nous importe le reste ? L’on choisit son Ami. Un jour, il vient, rompant avec l’horizon. Il le brise dans le soleil cru et transperçant ; voici la croix défaite ; voici le champ ouvert ; Il se dessine dans le cœur gravé de Lui, devient le chemin sans pareil. Il ouvre le secret d’une lointaine étoile, donne au voyage de l’âme et l’âme Le reconnait. Il devance tout appel. Son écho vibrant nous rappelle à la promesse. Nous courons sur les allées et même si les ronces entravent la route, la main n’hésite pas à les prendre en soi et à en faire le labour du cœur. De l’autre côté du miroir, l’Amour gravit les échelons et de grade en grade, la vision est un écartèlement, un écartement et Tu apparais comme Tu as toujours été là. La relation pure. La connaissance. C’est le jus d’une grenade, la transpiration d’un ruisseau, l’effervescence du vent, notre doux zéphyr. Ta Main prodigieuse nous emporte. Elle imprime notre Livre mutuel. Nous lisons…