Le vide des mots, le plein de sens

Le vide du moi est le plein du Soi. Basculer est un état indépendant de notre volonté. Mais le rappeler est une grâce pour qui sait entendre. Des mots perdus, égarés dans les méandres de l’illusion, des tortionnaires idéologiques, puis des mots que l’on retrouve, intacts, riches d’eux-mêmes, dans la plénitude, épurés de nos égarements projetés en eux par notre trouble. Vider les mots, c’est nous libérer de nos projections, de leur usage pour entrer dans leur essence. Si l’on regarde la vacuité comme le vide de l’avoir, alors il s’agit du vide. Mais si l’on comprend le vide comme la délivrance de toutes les projections, alors c’est l’accueil en l’être. La plénitude, c’est recevoir.

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Élévation et maturité

Élever, non pas imiter, ni éduquer, ni non plus se servir de béquilles. Marcher, libéré de toute influence. Cela est vacuité. Celle-ci est un saut dans le vide, sans peur. Mais la plupart du temps, les hommes sont effrayés. Ils ont même peur d’être eux-mêmes. La vacuité est la seule garantie d’être. Je m’étonne de la frilosité des hommes. Ont-ils gardé finalement les instincts claniques du monde qui leur apparaît comme dangereux ? Les uns s’accrochent aux autres avec la détresse pour cordage. Est-ce un manque de maturité ? Des paravents, des paratonnerres, des barrières, des masques et je ne sais quoi encore.

Poème de l’indigent

Il vint indigent,
Se couchant à la belle étoile,
Le haillon tel un clairon,
Et le froid mordait sa peau,
Et le foin faisait pitance.
Il vint comme enivré,
De la ville,
Épuisé,
Le ciel,
Couvert d’oripeaux,
Sa voix tordue,
Pitoyables échos,
Ruminant la vie clairsemée,
Mais le froid disait la vérité.
Ne pleure pas,
Chantait le ruisseau
D’une lune.
Pourtant, auprès de notre vétusté,
J’ai trouvé une harpe :
Poète es-tu né ?
Le feu a tremblé,
Au creux des joues émaciées,
Il vint indigent,
Les yeux brillants,
Quelques feuilles envolées,
Aucun regret !
A l’étoile,
La misère avérée,
Perdue, j’ai lancé :
A ton seul soupir,
Poème, es-tu né ?
Ne suis né ni par ton offrande
Ni par tes combats
Puisque je suis insolent,
Libre,
Sans mœurs ni trépas,
Écumé de manières,
Sans soldes,
Ni pitance,
Le bol d’une nuit,
Vidé de tout projet
Mais simple désir,
Au rire déployé :
Poème.