Correspondances XIV

Cher,

Comme il a fallu des années lumières pour que nos âmes se rejoignent, et comme il a fallu conjurer toutes nos blessures, nos sanglots bouillonnants, nos revendications et même nos cris, pour que nos corps se lissent et fusionnent dans les rayonnements d’un cosmos dont les étoiles sont la réverbération de notre réalité, au grand chapeau d’une couronne nimbée de notre aspiration ! Le ciel est l’univers de notre expérience jumelée de beauté. Quand l’amour disloque, il unifie aussi. Cher, très cher à mon cœur, vous savez comme la réalité du couple est une aube sans cesse renouvelée, démantelée le soir, régénérée au matin. L’amour est une brûlure alchimique qui semblable à l’océan disloque et s’écrase sur le sable de nos prétentions. Mais, Ô miracle, chaque grain est le récit de l’usure et du polissage de nos frustes natures. Des éléments qui nous constituent, s’unir aux lèvres incandescentes de notre lumière est en vérité une épopée que l’on décrit dans maintes légendes. Notre chemin est trempé dans l’effervescence de l’abandon. Or, se reposer, c’est avoir atteint l’axe de notre ascension. Dans les mots pleuvent nos éclaboussures, nos veines devenues les multiples rebellions de nos sentiers égarés, jusqu’à ce que soudain nous soyons saisis par la beauté naturelle de la vérité, l’unique, celle que l’on partage avec tous. Je sais, parfois mes lettres vous semblent quelque peu absconses, mais, je sais aussi que dans votre primitive violence, dans le boisement musqué de votre douceur, vous êtes vous-même le tempétueux et pacifique océan de votre âme, de notre âme.

Je vous aime,

Votre B.

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Correspondances XIII

Cher,

Parfois, je cherchais les fleurs qui vacillaient à votre approche, lourdes de votre songerie que je voulais attraper, et quand les abeilles se suspendaient comme une étole, je respirais votre passage comme toujours enivrée de pollen. Si les arbres venaient à se balancer de grâce, vous ébauchiez un sourire à peine et je me sentais gourmande de tant de générosité. Quand l’âme est en friche, que reste-t-il des parterres de notre humus et que reste-t-il de notre observance? Je sus, que louange est la vie qui s’émerveille et qui restitue le jus du pur Soleil. Telle est notre verdure écorchée de vent et telle est la semence en la clairière de nos mots mêlés à l’étreinte de vie qui s’annonce. Il est vrai que l’on nous empêche avec une indéniable vigilance à goûter à l’ingratitude, et même à l’avarice : nous ne tombons pas en cette réalité. Il n’est aucune amertume au soleil qui s’élève chaque jour étincelant d’amour. Le cœur est le jus de notre vie. Vous me rappelâtes à maintes reprises ce sage conseil : préservez le cœur, c’est sauver son âme. L’on nous apprit aussi que celui qui tend vers la lumière a pour mission de sauver ses frères. Le pouvoir d’intercession est puissant. Il est aussi une vaillance. Celui qui reste a pour devoir de devenir une coupe et de recueillir la sève montante de l’amour pour donner à celui qui est maintenant dans les dédales de l’au-delà, une lueur telle une généreuse veilleuse, car les morts nous entendent et souffrent de nos souffrances. Nos mots et nos actes sont notre écriture et notre instant fécondé sur les labours de nos semences. C’est ainsi que nous aimons. Ou peut-être cela s’aime-t-il de cette façon en nous ? Nous sommes née avec l’élan indéfectible du devoir, celui de semer l’instant de lumière. Et lorsque nous partirons, nous serons heureux. Parce que nous n’avons jamais cultivé le rejet, ni même aucun déni.

Bien à vous,

B.

Correspondances VIII

Cher,

Parfois, il nous semble avoir vécu un monde parallèle, sans discontinuité et chaque fois que je reviens à cette perception de vous, je sais qu’elle est d’abord et avant tout ce quelque chose qui se livre en moi. J’aimerais à peine toucher du bout des doigts, du bout des mots, du bout de ces effleurement insondables, cette marche, cette marche en vous, en moi ? La beauté s’accroche à chaque parcelle de terre, et je retiens, je retiens, je retiens ce qui m’échappe déjà mais qui me revient. Pourquoi cela revient-il ? Qu’est-ce donc ce souvenir en ces cellules micro-cellulaires en infinité qui jouissent de leur propre autonomie ? Est-ce votre parfum qui me hante, ou bien le parfum de nous ? Qu’est-ce donc que cette réalité qui ne souffre aucune trahison ? Hier, je me suis retrouvée en une petite assemblée, et les mots s’emparaient de mon corps, de la salle, des regards, des corps, des esprits, de l’amour, l’amour au centre, définitivement au centre. Je me suis vue envolée, tournoyer au-dessus de l’assemblée. La poésie parlait. La poésie tremblait. La poésie vivait. Une personne me demanda : d’où tenez-vous votre inspiration ? Je l’ai regardée en riant. Le rire circulait dans la pièce. Je voguais encore. Je finis tout de même par lui répondre : c’est la vie, c’est elle qui m’inspire. C’est partout, partout, partout. L’amour.

Bien à vous,

B.

L’homme solitaire

La solitude n’est pas fatalité ombragée de pleurs, ni de rancœur, ni de vide, ni de peur. Quand elle est au centre de la vie, la solitude est l’émerveillement qui surprend une toute petite lumière, douce lumière, surprenante lumière, celle qui flotte haute en couleur et s’étend avec bonheur, les yeux épanouis au beau milieu des champs de mille corolles de nuitées salutaires, puisque, puisque, puisque, la vraie solitude est l’amour secret qui épouse soudain l’étreinte de l’homme solitaire, y compris celle du voleur. La solitude vit bien au milieu de ses frères.

Le thé

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Le thé est le temps de l’instantané, harmonie du rituel sur les bouillonnantes pensées circulaires et l’assise en ce sol lissé des entraves parcellaires, le geste retient le souffle, tandis qu’en cette apnée, l’humeur s’extraie et le roseau danse à peine sur le rouleau des roses éternelles. En cette coupe délicate, l’ancestrale mémoire relie l’herbe finement mûrie, et le goût s’efforce la retenue frémissante de l’eau, puis fusionne avec le corps dispos en cette paix.

Élévation

La vie est l’amour, l’âme du jour, ivresse de nuit, ardeur du cœur, beauté épanchée sur les moments de la présence et quelle est la peur qui fige les corps, quand l’amour devient au-delà du visible, au-delà du tangible, l’élévation tandis que l’albatros n’est plus condamné à ses ailes pataudes, et quel est son mystère, échappé soudain du prodige langoureux et nul spleen qui n’atteigne un jour le bonheur, car l’amour est fort de sa quintessence, et bientôt l’albatros ne connaît plus ni la peur ni la douleur, blotti dans les bras du vent. Son regard s’est tourné vers le firmament, et l’amour l’a percé et voilà que le rêve est réalité. L’albatros de l’exaltation, sans artifice, sans prétention est l’élévation. Ton intention n’est pas vaine songerie et de ta poitrine blanche, le soleil se répand.