Temps

Tu n’étais pas encore,
Mais qui donc te révéla ?
Le temps se plia puis se concentra.
Ne t’ai-je pas dis que cet abîme,
Oui, cet abîme est source de joie ?

Quand il n’était ni lieu, ni espace,
J’accourrai déjà jusqu’à l’unique instant,
Et jouais avec le Temps.
Qui donc s’en souvient encore ?
Chaque grain,
Chaque eau,
Chaque air,
Chaque lumière,
Chaque feu,
Me tinrent en leur secret,
Et je m’évanouissais.
L’instant était en eux et j’étais en leur instant.

Ô mes bien-aimés amis, comme vous me rappelez notre rencontre !
Comme vous me révélez le tout-commencement !
Comme vous êtes ce regard qui n’est pas de ce Temps.

Temporel

Chaque instant, nous mourons ;
Chaque instant, nous renaissons ;
Chaque instant se perd dans le continuum.
D’où vient notre illusion ?
L’enfant tisse au pôle réfractaire, son propre rêve.


Nous nous sommes accrochés à une projection temporelle. L’enfant s’assouvit dans l’inachevé. Il cristallise la matière, solidifie son rêve et fabrique son enfermement. Si nous nous réveillons avant la mort, nous connaissons la présence de l’instant.

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Photographie de Lewis Carroll, Xie (Alexandra) Kitchin.

Taureau

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Temps irrésolu,
La force d’une troublante idée ;
Je lui prenais les cornes,
L’agitait dans tous les sens,
De velours noir et féroce,
L’animal se cabrait,
Lumière dans son regard,
La bête fulminait !
Mais je m’aperçus que l’idée persistait,
Sous le olé, l’arène en feu,
Je saisissais encore le taureau,
Devenait soudain femme :
La bête bousculait mes mots,
J’étais fragile et forte tout à la fois,
N’avais qu’un vieux lasso,
Olé ! Olé ! le temps me narguait.
Sitôt le soir venu, la bête s’affolait,
Il s’agissait d’une lutte entre ciel et terre,
Comme elle fulminait,
Je m’accrochais à ses yeux,
L’instant d’après,
Le taureau m’hypnotisa,
Je devins lui et il devint moi.

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Peinture de Thierry Bisch

Innocent

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Imagine an innocent being.
Imagine him learning.
Imagine that it crosses the world of shadow, to return to the Light.

One day he came.
Another day he took me.
Then, another day, he taught me.

Le saisissement vient du temps qui rompt avec le temps. Le cœur se mit à battre plus fort, le regard entendit ; je sais qu’il se mit à parler. Il me bouscula avec la parole, mais n’était-ce pas plutôt son regard ? Il était beau à vous couper le souffle. Il était innocent à vous interpeller pour toujours. Je ne sus plus vivre en dehors de l’Amour. Dites-moi ce que vous voulez, cela m’est égal. L’Amour est plus fort que tout.

I no longer knew how to live outside of Love. Tell me what you want, I don’t care. Love is stronger than anything.

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Peinture d’Edward Burne-Jones

Rêve d’une horloge

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Une horloge pivote, cligne des yeux et le balancier sursaute. Il lui vient des bras et des pieds, des pupilles pour regarder. Elle s’étonne tout rond d’un drôle de monde et s’immobilise l’instant d’un vol d’épervier. Son cœur s’élance dans une course-poursuite, le temps d’un pigeonnier. Plus loin, elle prend ses jambes à son cou et se met à voler. Ne lui posez aucune question, elle devient invisible et rougit à l’heure qui cogne fort tout contre ses aiguilles. Cette horloge n’est pas de ce monde, vous en conviendrez, mais chut, le sablier la vient compagner. Il lui fait le récit d’un voyage jusqu’aux dunes d’un fabuleux désert, et savez-vous ce qui lui est arrivé ? Il a rencontré le célèbre marchand de sable et une créature ailée. Cette dernière lui révèle le secret des montagnes, pourquoi elles s’agitent le soir et comment elles attendent l’heure. Alors, l’horloge l’interroge sur leur secret, mais, la créature ailée s’envole dans un ciel parsemé d’églantiers. Les pétales rougissent et plus loin, l’horloge voit s’effacer mille océans, tandis que sont déversées des flammes tentaculaires et le monde de s’écrier : Comment ferons-nous si les océans disparaissent ? L’horloge pivote de nouveau et tremble de tout son balancier. Le temps s’est-il écoulé ? L’horloge sait que cela n’est rien devant la vérité… Rien de cela n’a vraiment existé. Le monde et ses bruits ; la ville et ses orgies ; la cruauté et les dénis ; les heurts et les combats ; les couleurs et les émois ; Elle n’y croit pas. Elle se plante toute droite, et n’y croit pas du tout. Ces gens sont des fous incarcérés, mais ils ne le savent pas.

Sisyphe

L’inlassable mesure du temps qui, loin de s’unir à notre réalité, du sabre de sa cruauté, dépèce le corps de son inaction, et jette, implacable, les restes aux rochers. Telle est la leçon de Sisyphe. L’homme poursuit l’homme, avalant une corde : il ne reste qu’un serpent.

Automne

L’éternité fut cet instant inconciliable avec tout autre regard et j’en vins à fouler du pied enfantin, les feuilles tombées au sol dans leur étonnant et vivant flamboiement, leur odeur de larmes, l’été de leur craquelure, les semences d’une terre pluvieuse. J’allais, unissant tous les temps, et les saisons filant, au ramure de leurs nervures, mon cœur immortel, et cela n’était qu’une simple césure, jetant sur l’autre rive, le pont de notre Amour. Quelle est donc cette invitation qui donne à la pleine certitude ? Les mots ne sont rien devant ce qu’imprime le cœur, et saisir c’est être déjà saisi, comme parti, puis venu, comme jaillissement, comme point ineffable dans le cœur. Je revois tes yeux trembler, l’intensité infinie et de me laisser submergée par l’envolée d’une totale abolition, l’effacement d’une vie entière, entrer en ton flanc éthéré et ne plus jamais le quitter.

Secret d’une horloge

Peinture de Isabelle Dhondt

Il est advint une chose inouïe qui se voulut s’arrêter sur les rives d’un monde encore inconnu, et c’est une horloge qui le nomma : temps. Une sérénité sans pareille submergea l’étrange cadran où l’on apercevait le reflet d’un vaste océan. On raconte que le secret de la vie n’est certes pas contenu dans sa dimension linéaire. Un simple d’esprit se demanda enfin pourquoi deux aiguilles se chevauchaient dans ce cadran et même se poursuivaient, comme rivalisant en permanence, l’une après l’autre. Il les observa sans discontinuer. Il vit qu’au centre, un point les unissait. Celui-ci était immobile et semblait être leur gardien. Cela l’intrigua longuement.

Les velléités

Le temps qui passe ne revient plus. Le temps passe et s’use par diverses velléités et quand même, il faut que certains êtres s’extraient de tous les combats qui n’ont autre vocation qu’à rassurer les apeurés, ces stupéfaits par la vie, abasourdis par sa force, et dont ils ne reviennent pas. Comment revient-on de la vie ? Comment le pourrait-on ? Comment considérer cette énormité sans cesser toute activité et s’interroger ? J’avais quatorze ans lorsque les questions se mirent à se bousculer. Je pointais d’un doigt certains énoncés, et je tournais les pages avec enthousiasme, parfois même frénésie. J’étais aussi une hébétée. La vie est un prodigieux mystère. La folie des hommes m’interpellait. Je les regardais ahurie : êtes-vous bien des hommes ? leur demandai-je secrètement. Le Ciel parle. Le Ciel nous dit des choses. Les paroles du Ciel vous heurtent jusqu’au plus profond de votre âme. Votre âme s’étend aussi loin que la vaste terre, puis s’élargit encore plus. Vous ne pouvez plus alors vous contenter de la petitesse, de la réduction, des mouvements psychiques, des névroses. L’homme en se coupant de Dieu est devenu un terrible névrosé. Est-il seulement un homme ?

Peinture de George Dunlop Leslie (1835–1921)

Nécessité du repli et pratique de la Loi, 心靈的美妙定律

Le repli est une stratégie étonnement efficace et plus les temps sont complexes et obscures, et plus la retraite est nécessaire. Elle est à la fois significative et immensément riche d’enseignement. L’acte contemplatif et méditatif est puissant. Se centrer attire une Force lumineuse et suscite des miracles inattendus. Le premier miracle est d’abord une incursion dans l’atemporel. Le temps n’existe plus. La prière est un corps entier de réceptivité. L’effet dépasse toutes les formes visibles, les unifie, les résorbe. Quand les temps sont troubles, il faut se retirer. 當混亂盛行時,耐心的智慧