Ecriture

Je cherchais l’écriture,
Plongeai dans l’abîme :
Les mots se mirent à parler.

C’est elle qui me trouva et me façonna. Elle cogna fort tout contre ma poitrine, et la coque s’ouvrit dans le plus grand des fracas. Je gravis une montagne, puis une autre. Je courais à travers la blancheur aveuglante, et j’allais dans l’encre noire de la nuit. Qui me guida ? Les mots furent des flèches et me transpercèrent. Il en plut un ciel, que dis-je, un univers ! Je cueillis les flèches et le carquois. Tous se transformèrent et devinrent les profondeurs d’un grand voyage.

Fleur

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Vase aux larges anses,
Du silence est votre fruit,
Cette fleur, votre langage.

Cette conscience tel un étage, du rubis à l’ombre de votre nuit, les étoiles tel un adage, l’or de votre nuit.

Miroir 鏡子

Absoluité

L’absoluité fut le lieu du seul possible, le relatif, extinguible de façon continue. Le temps, le prétexte de l’intemporel, le non-lieu d’un mouvement. Le centre invisible, l’aspiration du souffle. Ainsi est la mort. Sans cette inévitable échéance, le possible ne peut naître. L’instant est une mort consciente. En elle est rendu visible l’invisible. En respirant, je connus l’apnée. Entre les deux, l’isthme du silence. Telles furent les éloquentes confidences du scarabée lunaire. Il vécut l’énigme jusqu’au bout et orna le centre du Miroir. Celui-ci reçut les parures subtiles de maître scarabée. Néanmoins, nous savons que le Miroir naquit bien avant le beau coléoptère polyphage. Encore une merveille qui demeurera secrète, excepté pour les amis du Miroir.

Miroir 鏡子

Le Chêne d’argent :

Du peu de chose, du peu de rien, du détail et des lendemains, lors des étreintes vives et des légèretés de nos phrases, car, de ne plus dire, est encore un langage, et de subtilités, nous marchons sans même nous retourner, tel est notre Destin. L’étoile au sein d’une multitude d’étoiles a inspiré l’instant et le ciel, en petites gouttes estivales, parfument nos pas sur le chemin. Quand le livre s’ouvre, lis-tu à l’endroit ou à l’envers ? Lustrales aurores et l’unique segment de lumière arrose le cœur d’un jardin. La Terre respire, la Terre nous livre sa présence au creux de la main, tandis que les hommes craignent sa colère, un enfant s’émerveille de sa grandeur. Un elfe des grandes forêts primordiales sème à l’horizon une guirlande de pétales, tandis que parle sagement le dernier vestige d’un homme crépusculaire. Nous sommes assis et je l’écoute durant trois jours et trois nuits.

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Songe d’Apollon

L’éphèbe, en proie à la fougue, ferveur d’Apollon,
Se dénuda au crépuscule des joncs, son heure,
L’extase d’une submersion, et sans craindre Aquilon,
Frémit dans les eaux, les cheveux plein de fleurs.

Il clame sa force vive puis rugit tel un lion,
Et ce qui semble rauque est le soupir d’une caverne,
Virile et sauvage sur les ailes bleues d’un papillon :
Que ne fus-je le compagnon d’une mythique Athène,

L’étreignant telle une Amante et sans relâche,
L’aimer du pur Amour, et de voir en elle une sœur,
Entendre ses confidences et boire au doux breuvage

De sa parole pour enfin connaître le vrai bonheur,
Puis tenir, sans desserrer, son corps et son âme,
Et lui déclarer : Tu es mon égale, Ô Femme !

 

Paroxysmique paradoxe

Dédié à l’Ami, dédié à tous ceux qui sont cet Ami, car l’Ami a tous les visages des Amis, femmes ou hommes, nous sommes ces Amis mutuels.

Inébranlable forfaiture, mais Ô pur Amour !
A la seconde des ramures qui viennent de naître,
N’ai-je pas consenti à ne plus autrement être
Qu’en la transparente déclinaison d’un noble jour ?

Indéfectible outrance, Ô nitescent séjour !
Dans la clarté de nos gestes et complice Maître,
Nous vivons pour Te magnifier et Te connaître,
Et je gage qu’avant longtemps, arrive Ton tour.

Il n’est point d’instants justes qui ne se lamentent ;
Il n’est plus de remous, ni de larmes violentes,
Car au-dessus, bien au-dessus, se balance un fanal,

Et c’est par lui que les justes suivent le Guide,
Car, quand pleurent les femmes, malheur au vide !
Quelque part, à l’horizon, sombre déjà le mal.

Peinture de John Maler Collier (1850-1934)

Miroir 鏡子

Nam Gye-u | Butterflies and Peonies | Korea | Joseon dynasty (1392​–1910)

L’Orient virginal s’élève par le feu éthérique, celui qui ne brûle pas, et les bêtes le savent, celles mêmes qui, parfois aussi fines qu’un cheveu, vous font mille et une salutations secrètes. Bercée par le songe, aussi scrupuleux qu’un crépuscule hybride, se lamentant des sèves descendantes d’une plante, voici que l’âme voyage. Elle pose une main sur la vision et comprend que l’invisibilité est de l’autre côté, du côté du véritable rêve. Le rêve s’éveille et les multitudes opaques se brisent comme un verre de cristal. En allant de ce côté, la vision est éclatante et l’âme parle. Ce ne sont plus les bruits insolites, ni non plus les fissures d’un ancestral mur, mais bien d’un univers qui plane. Est-ce au dedans, est-ce à l’extérieur ? L’âme fait quelques pas. Peux-tu nous confier, Ô Cristal, le secret d’un tel passage ? Alors, les formes informelles se rangent toutes devant elle et font une révérence. « A la rosée lustrale, il est un feu ardent. Celui dont le cœur est touché par sa lumière, connaît toutes les tourmentes, mais parvient au monde des connaissances. Substratum. Tel est doux aussi le frôlement d’une sauterelle, ou bien d’une libellule. Tel est l’indice d’une pluie estivale. Chaque seconde est une réponse au substratum. »

Miroir 鏡子

Ce miroir parle, me dit un zèbre. J’avance sans comprendre pourquoi cet animal vient jusqu’à moi. Il me salue, je lui rends à mon tour son salut. Le miroir bouleverse mon âme, ou bien suis-je troublée par le reflet ? Parfois, cela ressemble à une eau suspendue avec des vagues d’un beau bleu turquoise, et parfois, cela devient une surface plane et lisse. Plus la surface est lisse et plus l’écho qui s’en échappe est fort et magistral. Dans la nuit, j’entends une petite fille qui ne peut pas s’endormir et pleure en secret. Elle craint que les voisins ne l’entendent, car le village est si petit pour ses larmes. Je viens vers elle tandis qu’elle me fixe de ses yeux limpides avec une intensité qui me prend à la gorge. Suis-je entrain de devenir folle ? répète la petite fille, alors je fais un geste pour disparaître, pour ne pas l’effrayer. Cela n’a plus d’importance puisque le miroir parle et qu’il me confie beaucoup de choses. Je lui demande : Dois-je faire comme si je ne t’avais jamais vu, ni connu ? Dois-je abandonner même le fait de ta présence ? Depuis que je t’ai rencontré, je suis hantée par ta réalité. Le miroir est partout, à chaque instant, et je marche avec la crainte de voir ce que tu révèles. Plus que tout, tu me révèles le plus étourdissant secret et je n’ose vraiment m’y abandonner.

L’homme et le petit singe

L’ignorance a ses vertiges et le monde ses dérives. Quelles sont donc ces étiquettes que chacun déverse sur d’hypothétiques boîtes de conserves ? Plus que l’ignorance, la bêtise est l’éhontée méprise. Sommes-nous née dans un monde qui délimite la liberté, touchant du bout des doigts les plaies et les meurtrissures de nos âmes ? Les choix et les engagements sont monumental rapiéçage, l’inertie d’un puzzle poussiéreux. Alors, j’ai cherché ailleurs et ailleurs est devenu prodigiosité. Ailleurs a soulevé le monde qui s’est mis étonnement à tournoyer, libre comme une incroyable retrouvaille. La maturité est une connaissance savoureuse. Elle ne vient ni de l’insouciance ni de la négligence. Il n’y a pas de place pour cette sorte de vide. L’engagement est conscience. Mais le sage déserte la place publique et se retire loin, avec ses amis. Telle est la sagesse. Un homme tenait un petit singe dans ses bras comme l’on tient un précieux trésor. Une lumière vint à passer semblable à une féerie. L’homme l’appela aussitôt et lui tendit le petit singe, tout en demandant le secours. Mais la lumière attira l’homme et l’enveloppa comme il enveloppait son singe.

L’autre côté

A l’attention de Cochonfucius

Il m’avait semblé, me répondit le jour, que je ne connaissais pas la nuit, et il m’avait semblé, renchérit la nuit, que je ne connaissais pas le jour, mais les deux astres vinrent à leur secours et le soleil rencontra la lune et la lune rencontra le soleil, et là, il naquit un reflet de lune, et là, il naquit un reflet de soleil. Comment te reconnaîtrai-je ? interrogea la nuit. Et comment te formulerai-je, demanda le jour. C’est en moi-même que le reflet naquit et à l’intérieur, il se montra un bassin aux formes diverses. Était-ce bassin de lune ? L’on y fit plonger un regard venu des fonds de l’origine et celui-ci fut surpris par les profondeurs. Il entra dans l’interrogé et laissa, durant un temps, les questions se formuler. Une question surgit et que lui fut-il donc répondu ? Il faut passer de l’autre côté…Il faut passer de l’autre côté…

Était-ce la seule formulation ?