Songe d’Apollon

L’éphèbe, en proie à la fougue, ferveur d’Apollon,
Se dénuda au crépuscule des joncs, son heure,
L’extase d’une submersion, et sans craindre Aquilon,
Frémit dans les eaux, les cheveux plein de fleurs.

Il clame sa force vive puis rugit tel un lion,
Et ce qui semble rauque est le soupir d’une caverne,
Virile et sauvage sur les ailes bleues d’un papillon :
Que ne fus-je le compagnon d’une mythique Athène,

L’étreignant telle une Amante et sans relâche,
L’aimer du pur Amour, et de voir en elle une sœur,
Entendre ses confidences et boire au doux breuvage

De sa parole pour enfin connaître le vrai bonheur,
Puis tenir, sans desserrer, son corps et son âme,
Et lui déclarer : Tu es mon égale, Ô Femme !

 

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Paroxysmique paradoxe

Dédié à l’Ami, dédié à tous ceux qui sont cet Ami, car l’Ami a tous les visages des Amis, femmes ou hommes, nous sommes ces Amis mutuels.

Inébranlable forfaiture, mais Ô pur Amour !
A la seconde des ramures qui viennent de naître,
N’ai-je pas consenti à ne plus autrement être
Qu’en la transparente déclinaison d’un noble jour ?

Indéfectible outrance, Ô nitescent séjour !
Dans la clarté de nos gestes et complice Maître,
Nous vivons pour Te magnifier et Te connaître,
Et je gage qu’avant longtemps, arrive Ton tour.

Il n’est point d’instants justes qui ne se lamentent ;
Il n’est plus de remous, ni de larmes violentes,
Car au-dessus, bien au-dessus, se balance un fanal,

Et c’est par lui que les justes suivent le Guide,
Car, quand pleurent les femmes, malheur au vide !
Quelque part, à l’horizon, sombre déjà le mal.

Peinture de John Maler Collier (1850-1934)