Les yeux vagues

Les yeux parlèrent, et les yeux voulurent s’exprimer par les mots, tandis qu’ils se noyaient dans l’incandescente lumière, tandis que les yeux embrassaient mille soleils à l’horizon. Est-il révolu le temps où je me laissais glisser dans les couleurs de l’automne, lors que les rayons s’étendaient jusqu’au cœur ? Est-il révolu le temps où je glissais, glissais dans la profonde lumière et, est-il révolu le temps où mon âme, inlassable, voguait dans l’insondable ? Mon corps disparaissait, les gens autour n’étaient plus, et le cognement de l’indicible me submergeait et il m’était totalement indifférent que les yeux vagues, le soleil m’absorbât. Où allais-je ainsi ? Où étais-je totalement engloutie ? Est-il révolu le temps insouciant où je me laissais être, anonyme dans la foule, et le cœur chantait sans gêne ? Est-il révolu le temps qui ne compte pas le temps et où l’on a tout le temps de se laisser inonder de lumière et même de disparaître ? Absorption étonnante et, l’on s’assoit face au déclin du jour et l’on voit venir encore le soleil, baigné de son propre mystère. Mais que j’aime, Oh ! que j’aime cette perdition au plus profond du cœur, et que j’aime la lente marche dans le regard qui se noie au crépuscule du rêve.

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Soleil

Le feu de tes yeux,
Pupilles s’émerveillent,
La palpitation.

Au temps du regard,
La flamme de tes bras,
l’instant est pérenne.

Puis ton cœur soupire,
S’exhale en ce ciel,
Le premier Amour.

Lettres de l’océan, ©Béatrice D’Elché

Soleil et Lune

La sagesse consiste à prendre le temps de peser toutes choses et de se laisser irriguer des réalités de la vie profonde. Vivre au rythme du pouls terrestre, regarder les nuages, les fleurs, tout cela ne peut être une anecdote en passant. Quand je le vis, je me lançais à corps perdu, à corps abandonné dans les bras de son étonnante magnanimité, dans les confins de sa préciosité. Cela peut sembler aussi fin qu’un cheveu, cela peut ressembler à un proton, l’effet d’une touche précise et délicate. Cela peut aussi ressembler à des milliers d’années-lumières, à une myriade de constellations, aux vents les plus improbables de millions d’étoiles. Tant que le soleil suit sa lune, que voulez-vous qu’il advienne ? Tant que la lune suit son soleil, que voulez-vous qu’il advienne ? Tant que l’Amour est la plus puissante des lumières, et qu’un orbite se met à poursuivre ce qui le poursuit, vous ne craignez rien et vous êtes forts de cette Joie incommensurable qui vous saisit perpétuellement. Celle-ci est le plus grand de tous les boucliers. Voyez comme la lune rit aux éclats, et comme le soleil est fidèle à son amante !

Le caroubier

La luminosité du ciel d’été me semblait tout à la fois agressive et apaisante. Enfant, je remarquai, très tôt, cette étrange contradiction. Le soleil me semblait magistralement cru, et malgré tout bien fascinant. A la sortie de l’école, tandis que le temps s’y prêtait, je me surprenais à regarder cet astre. Il me semblait le connaître depuis toujours. Il me semblait l’entendre me parler et m’inviter au souvenir de notre relation singulière. Je ne savais comment l’exprimer, mais je le ressentais ainsi très vivement. Il me fallait alors lui répondre par un signe ou bien par un autre. Ma présence au soleil était une reconnaissance, la reconnaissance de sa présence. Je ne pouvais pas enfouir cette réalité. Lorsque nous vivons ces moments intemporelles, nous ne pouvons plus vivre autrement. Une ombre sous un arbre vous apparaît comme la plus grande des féeries. Au zénith, lorsque mon père m’emmenait jusqu’au caroubier, alors qu’il échangeait quelques mots avec le berger, je ressentais une paix incommensurable. Cette ombre était un monde entier, une tapisserie de verdure, une brise dans la chaleur. Chaque fois que nous allions sur les terres qui appartenaient à ma mère, immanquablement, mon père me conduisait sous le caroubier, me donnait un de ses fruits qu’il m’invitait à goûter comme s’il s’agissait de la première fois, et je savourais ce moment, je savourais ce fruit, sa chair étrange, et je ramassais quelques gousses tombées au sol que je destinais à mes frères et sœurs. Mon père m’emmenait aussi jusqu’aux vignes. Il me faisait goûter aux raisins et je peux dire que je garde en mémoire le soleil de ces grappes, leur saveur originelle, un parfum et un sucré exceptionnels, que je n’ai jamais d’ailleurs retrouvés nulle part. Ces moments gustatifs stimulaient mon être jusqu’à l’hypophyse. Le soleil, l’ombre du caroubier et son fruit, ces promenades non loin de la mer, la terre aux mille senteurs, senteurs qui variaient selon la position du soleil, tout cela contribua, une fois encore, à développer mes sens, à affûter mon esprit. Comment oublier ce qui activa chaque cellule de mon corps, de telle sorte, que par effet de transparence, je voyais cela circuler dans mes veines ?

Peinture de Joaquín Sorolla Bastida 

Etoile 明星

Le soleil, une braise dans la main,
Ses rayons surgissent d’un autre soleil,
Le merle chante,
Voix du matin.

Trente six mille dans le ciel,
Le dragon cherche ces étoiles,
Drapées d’infini,
Lune qui danse.

La montagne veille.
Pour un solstice,
Où va ton cœur ?
Cherche-t-il l’étoile ?

Étourneau

Le soleil s’est fondu dans le bleu,
Éperdu de zénith,
Troublante âme errante,
Dans le bruissement de nos mots,
Quand si fort le cœur cogne,
De murmures atones,
Que pourchasse l’étourneau.