Miroir 鏡子

Contemplation

Il aima porter loin la douceur exquise des vins d’un arbre intérieur et depuis des écorces vives surgissaient des feuillets sublimes tandis que le chemin traçait les profonds sillons d’une terre ancienne et les nuages volaient dans la proximité du cœur. Il prit une sorte d’enclume, mais l’outil appelait son violent marteau, alors, il jeta un regard furtif sur les sculptures de l’émouvante saison et s’empara plutôt d’une plume dont il trempa la pointe au milieu d’un bassin aux couleurs argentées. Il en fit du mercure, puis une ambre devint son livre. Il se mit à chanter, car le chemin formait soudain une roseraie, la pointe d’un Lotus, le chant d’un diamant. Mais il ne s’en tint pas là, car, il comprenait, depuis les brumes balbutiantes de son langage, qu’ainsi son esprit se raffinait. Il en vint à jeter la plume et l’encrier, car tout s’unissait en une seule larme, et de là, il vit poindre une folle herbe, une nervure instable, tandis que le vent soufflait. Il se pencha et de ses deux mains burinées, il forma un écrin protecteur. L’herbe sauvage se transforma en une plante plus vivace, tandis que son cœur était ivre. Il s’émut, car, la délicatesse de cette sage semence lui révélait à chaque étape d’indicibles secrets. Je ne puis vous faire plus récit déployé, car à l’image d’une graine, le semeur est conquis. Il contemple et se tait.

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L’éternité

Les personnages se sont tous alignés les uns auprès des autres et forment étonnamment un rang d’une grande netteté. Leurs vêtements, une sorte de combinaison, sont identiques : d’une couleur assez pâle, à mi-chemin entre le blanc et l’ocre, le tissu, un doux coton. Leur visage ne présente aucune espèce de singularité si ce n’est que tous ces personnages se ressemblent. Ils sourient hébétés d’être là. Sans que nul ne décèle ma présence, je suis cachée derrière un voile blanc, je vois arriver une délégation, celle-ci toute vêtue de noir. Mais, contrairement aux autres, cette délégation n’a pas de visage. J’ai beau essayer de comprendre, à la place, il y a un vide, un trou béant. Néanmoins, comment le dire ? Ce vide me semble tout de même être un visage. Ce vide exprime, je le ressens très vivement, une impression de froidure et de dévastation. J’ose à peine respirer tant je crains que l’on me découvre. Voici que ces sombres spectres s’emparent de la main des personnages du début et les tirent vers eux comme pour les engloutir. Je ne me sens pas du tout à mon aise et j’aimerais soudain que ce décor disparaisse. Mais je ne peux échapper à ce lieu, tout comme je ne peux être indifférente à la scène qui se déroule sous mes yeux. Je décide de faire un pas vers eux et de sortir de derrière ce voile blanc qui me cache. C’est alors que je sens une main se poser sur mon épaule et comme je me retourne brusquement, j’entends que l’on me murmure : non ! ce n’est pas le moment. Tu as tout le temps. Ce temps est l’éternité. Alors, je compris que ce que nous vivions était un temps imaginaire, tandis que le temps réel était autrement différent.

Semence 種子(Zhǒngzǐ)

Semence !
Comme un ventre
Plein de lunes
Je t’emporte
Des germinations de joie
Quand puisent les semences d’autrefois
Semence !
En terre défrichée,
Le blé a poussé,
L’orge s’est exclamé,
Le maïs a chanté,
L’épeautre s’est épanché,
Des douceurs,
Du pain doré.
Semence !
Millet a perlé,
Du riz étagé,
Quand du foisonnement,
Colchiques dans les prés,
La vigne a flotté,
Sur les coteaux de nos aspirations,
Et non loin du rocher,
La rivière a joué.

Pollens

Les notes fragiles que sème le vent nous ont donné des nouvelles de l’instant, qu’elles viennent d’ici ou d’ailleurs. Tu nous donnes la joie de cultiver ces pollens d’amour, et même fragiles, ils trouvent toujours les boutons de fleurs qui seront les fruits juteux du cœur.

Le jardin

Saisissable dans l’insaisissable, parce que le jardin n’a pas de fin, et s’il commence, c’est qu’il est là depuis toujours et l’on y entre de l’avoir connu et ce jour-là, l’on voit les arbres, et ce jour-là, l’on en voit un, quelque part, lui aussi insaisissable, lui, qui se déploie sur la terre des reconnaissances, de toutes ses vraisemblances, et l’on en parle avec les possibilités infinies, parce que le jardin est une semence, semence douce pour l’humanité.

L’arbrisseau

Un arbrisseau sur la plante des pieds, comme une aventure et mille questions qui deviennent les ponts du monde entier. L’âme n’a pas de frontière et pourtant, et pourtant, enveloppée de perceptions diverses, elle marche droit sans sourciller. Elle parle et l’instant s’est s’émerveillé, seconde inaltérée qui est goutte de joie et sur le petit arbre s’est posée, pure et enchantée.

Les nues

J’ai su que les mots avaient devancé les pensées, et c’est de les avoir observés dans les instants d’intensités qu’ils se sont donnés, en valse, puis en déploiement de lumière et je les ai laissés venir m’embrasser et me donner à la conscience de souffler, de respirer, et même de me suspendre à cette intensité. Tout d’abord, chaque chose était un verbe, une bouche, une semence d’écho, une altérité. Pour cela, pour cette seconde, je n’ai pas hésité : j’ai choisi le monde qui s’offrait en paroles, celles qui viennent me chercher et me guider. Je n’ai pas crains de regarder à travers leur son et même de m’extraire des nues. Je te parlais de ces petits mots qui voulaient me féconder de leur toucher…

Semence d’eau

Image associée

Les gouttes d’eau sont devenues des cloches de musique sur les roches d’en haut. Il joue cet instrument venu du firmament, et les montagnes me donnent ta présence qui danse et frôle le matin nouveau. C’est vrai que les mots sont des gouttes de semence. Tu les bois à chaque aube et le corps est un cœur qui laisse venir ce chant fait de délicats pépiements d’oiseaux. Observe son plumage, et ses beaux yeux, deux gouttes de semence, et le regard est évanescence, sans limite, même là, je le sais, quand la misère se transforme en promesse.