L’ayant suivi

L’ayant suivi discrètement, me faufilant entre les arbres, le cœur débordant de cris sauvages, souhaitant me glisser entre le décor, juste un instant, ouvrant une brèche, devenir le vent qui s’habille de transparence, légère et invisible, je l’ai suivi comme l’on aime, car cet amour est une longueur d’avance avec le silence. L’ayant suivi avec le cœur malade de douleur et ivre tout à la fois, frôlant son ombre pour s’accrocher à l’instant encore trop bref, l’ayant suivi comme dans un rêve, celui de l’effleurement, absurdement, incapable de lui dire les mots qui se glacent, suspendus dans le halo des lèvres. L’ayant suivi, la vie entière, sur un chemin, tantôt de pierres et tantôt de sanglots silencieux, l’ayant suivi dans la douceur du printemps qui nous surprend, au bout de l’allée qui l’attend. Je l’ai suivi, comme l’on dessine un amant, l’amant du rêve que devine le prochain rêve. Je l’ai suivi, pourchassant une histoire que l’on écrit à force d’entendre un son étrange. Durant ce temps, j’entendais la rivière et surprenais les fleurs voler au vent, éprises de ciel. Durant ce temps, les mains inventaient encore la rencontre, de celui qui marche lentement et s’arrête comme pétrifié de douceur muette. Là-bas, il m’attend.

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Vésuve

La solitude ressemble parfois à un éclat de rire qui défroisse certains plis. La femme ne voit pas comme un homme. Elle s’en étonne. Puis se retourne lentement avec le soleil au bas du ventre, envahie par l’émotion d’une incalculable seconde. La femme n’a que faire des explications ; elle s’assoit en silence puis vide sans inconsistance un humour provocateur. La femme devance mais ne revient jamais par inadvertance et n’a besoin d’aucune promesse, car celle-ci devient alors presque une offense. Elle marche maintenant dans la rêverie et pose sur le sol un petit talon tordu, inexacte révérence, puisque d’indolence, la main s’évertue à ne rien dire d’autre que le moment suspendu. N’y comprenez rien, il s’agit d’une rêverie sans lendemain. Il s’agit tout au plus d’une sorte de vague d’impression et d’un rire qui retentit jusqu’à la simple offrande, offrande intemporelle et délibérée. N’y voyez rien ! J’ai fait quelques pas dans un jardin, ce matin, et tout contre mon cœur, j’y dégustais une étrange saveur : il s’agissait des nourritures héritées* depuis une grave intensité d’adolescente, dans l’antique vision d’un Vésuve, alors qu’un navire accostait, et que la mer devenait le lac d’azur aux couleurs turquoises et mordorées.

*Allusion aux Nourritures terrestres d’André Gide.