Temporel

Chaque instant, nous mourons ;
Chaque instant, nous renaissons ;
Chaque instant se perd dans le continuum.
D’où vient notre illusion ?
L’enfant tisse au pôle réfractaire, son propre rêve.


Nous nous sommes accrochés à une projection temporelle. L’enfant s’assouvit dans l’inachevé. Il cristallise la matière, solidifie son rêve et fabrique son enfermement. Si nous nous réveillons avant la mort, nous connaissons la présence de l’instant.

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Photographie de Lewis Carroll, Xie (Alexandra) Kitchin.

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Oyez, oyez braves gens !

Oyez, oyez braves gens ! et c’est peu dire,
J’ai sonné du clairon et esquissé une danse,
J’ai brûlé de l’encens, c’était dimanche.
Quand vient la transhumance, quel soupir !

Oyez, oyez braves gens ! je vais vous le redire,
Demain, nous verrons le tailleur verser une rente,
Et tous les nobles écuyers sous la soupente,
De maugréer et peut-être même de maudire ?

Oyez, oyez ! gentes dames et seigneurs des villes,
Je vais sur le chemin et de brandir un tambourin,
Rire aux regards bouffis après certains lendemains.
Voici la horde d’un matin bien moins civile,

Que le marchand de pain dans une bourgade de Séville.
J’ai acheté trois semonces d’un âpre vin,
L’ai porté à la bouche tout en mangeant son raisin :
Le corps a les saveurs d’un corps couvert de résille.

Oyez, oyez ! damoiselles et damoiseaux de Paris,
Derrière une ancienne barricade meurt un jouvenceau :
Il avait, de l’amour, le vivant des purs lionceaux.
Quel cœur bat en ces temps contre la barbarie ?

Oyez, oyez braves gens, faisons courbettes et révérences,
Les lieutenants du mal poursuivent leur macabre cérémonie,
Les diables sur la scène de leur monstrueuse orgie,
Tandis que la girouette sur un clocher tourne, à l’évidence.