Le capitaine

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En pleine tempête, les marins s’agrippaient aux voilures avec toute la force de leurs mains. Alors que le tonnerre grondait, que la foudre menaçait de s’abattre sur eux, le ciel descendait si bas que les nuages semblaient cingler, de leur sourde colère, les noires vagues. L’océan se déversait violemment sur le pont, tandis que le bateau était soulevé si haut, que les marins apparaissaient comme totalement écrasés par la force occulte des eaux. Ô Voyageurs ! Ces téméraires, ces nobles hommes avaient bien bu à l’amertume salivaire de l’océan et leurs doigts gelés avaient consenti à s’accrocher aux dernières cordes tranchantes du navire. Ivre, leur magistral et courageux capitaine, debout, fermement uni au gouvernail avait connu tous les temps. Il faisait corps avec le bateau et avec ses hommes. Il en était le mât. Il en était la structure. Il devenait la mer. Il devenait le ciel. Il devenait le vent. Il était le tonnerre, l’éclair, les abysses. Il était le père et la mère de tous ses hommes. Il n’en chassait aucun. Ils étaient tous en lui. Le gouvernail était son maître.

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Insondable

Le temps du regard, est-il le temps réel ? Le temps du cœur est-il le temps du cœur ? Le temps du frémissement, quand l’insondable sonde l’instant.

Alors par le souffle, dans l’imperceptible silence, sur les ailes même d’une mouche, le temps s’occulte. L’esprit effleure très loin jusqu’au roc, les plus incroyables et intouchées pensées.

Je t’ai rejoins, Ô regard et tout contre moi, enlacée à ta vague, je me suis surprise écorchée au vif de ton matin.

Sur la branche s’enchevêtrent les résonnances, pépiement des oiseaux, indifférents à ce qui passe, tout entier dans la surprise, et l’éclot d’un chant mélodieux.

Je compris que mon ne voulait absolument rien dire, ni ma, ni ton, ni je, ni moi. Je sus que la volonté était un masque pour les peureux. Il tremble de peur celui qui ne voyage nulle part et la voile claque au vent entre les lignes. La peur. Je ne sais pas pourquoi les gens ont peur et sans cesse s’abîment à dire ce qu’ils ne sont pas. La peur amène à la jalousie, à l’envie, à la méchanceté, à la violence, au dénigrement, à la rivalité. Pourquoi avoir peur de ce que je n’est pas ?

J’entends certains dire : c’est à moi, c’est à moi…Moi, moi, moi…

En attendant, ces gens manquent la rencontre.

Cœur 心

Mille tourmentes,
Jusqu’aux rives infernales,
Et la tourmente est insigne
A notre âme éprouvée.

Sans le dévastation,
Les ruines sont une épouvante,
Quand au-dessus de la mêlée,
La vie est brûlante de sérénité,

Car, de traverser un pont,
L’homme s’échappe,
Il n’a plus peur d’aucun démon,
Le cœur est sa réalité.

La vie des mots

Si le cœur n’est pas le mot, alors le mot ne représente rien. Si la vie n’est pas l’acte, alors la vie n’est pas la vie. Combien de mots deviennent des flèches empoisonnées qui tuent l’instant frémissant ? Combien de barrières dont les frontières sont le sortilège des points ? Si le cœur n’embrase pas le corps, alors le corps n’est pas le corps. Si le corps n’épouse pas l’esprit, alors chaque chose glisse vers sa décrépitude, irrémédiablement. Si le souffle n’est pas allié au vent, alors celui-ci emporte tout sans distinction. Combien de comédies dans ces mots qui deviennent les pièges de l’inconscience ? Les mots nous cherchent doucement et nous saisissent par leur essence, ou ne nous saisissent jamais. Que deviennent-ils alors ? Où s’en vont-ils ? N’ont-ils jamais eu leur réalité ? Les mots m’ont hébétée.

Correspondances XIV

Cher,

Comme il a fallu des années lumières pour que nos âmes se rejoignent, et comme il a fallu conjurer toutes nos blessures, nos sanglots bouillonnants, nos revendications et même nos cris, pour que nos corps se lissent et fusionnent dans les rayonnements d’un cosmos dont les étoiles sont la réverbération de notre réalité, au grand chapeau d’une couronne nimbée de notre aspiration ! Le ciel est l’univers de notre expérience jumelée de beauté. Quand l’amour disloque, il unifie aussi. Cher, très cher à mon cœur, vous savez comme la réalité du couple est une aube sans cesse renouvelée, démantelée le soir, régénérée au matin. L’amour est une brûlure alchimique qui semblable à l’océan disloque et s’écrase sur le sable de nos prétentions. Mais, Ô miracle, chaque grain est le récit de l’usure et du polissage de nos frustes natures. Des éléments qui nous constituent, s’unir aux lèvres incandescentes de notre lumière est en vérité une épopée que l’on décrit dans maintes légendes. Notre chemin est trempé dans l’effervescence de l’abandon. Or, se reposer, c’est avoir atteint l’axe de notre ascension. Dans les mots pleuvent nos éclaboussures, nos veines devenues les multiples rebellions de nos sentiers égarés, jusqu’à ce que soudain nous soyons saisis par la beauté naturelle de la vérité, l’unique, celle que l’on partage avec tous. Je sais, parfois mes lettres vous semblent quelque peu absconses, mais, je sais aussi que dans votre primitive violence, dans le boisement musqué de votre douceur, vous êtes vous-même le tempétueux et pacifique océan de votre âme, de notre âme.

Je vous aime,

Votre B.

Correspondances IX

Cher,

Souvenez-vous des mots dans nos nuits qui nous jetaient les tremblantes poésies d’une symphonie, quand le temps cesse d’être marquage, répétition, mais plutôt étrangeté, oui, cet inconnu totalement inconnu et je vous disais : je viens de naître, ne l’oubliez pas. Je viens de naître dans ce corps d’âge, sans âge. Je viens de naître sans condition, comme n’ayant jamais vécu. Souvenez-vous de cet état. Vous même me disiez que je semblais avoir atterri, sortant de nulle part. Nous avait-on parachuté ? Qui avait d’une main puissante, transplanté deux êtres, depuis deux mondes si différents, en un lieu qui n’était plus un lieu ? Ne vous avais-je pas dit aussi, avec cette gravité due à mon misérable jeune âge, et j’en souris encore : ne voyez pas en moi une femme ? Mon esprit flottait au-dessus du monde depuis des millénaires. J’avais voyagé si loin et ne parvenais plus à revenir. Revenir où, du reste ? Qu’avais-je encore à expérimenter pour que l’on me maintînt ici ? M’effaçant, effacée surtout, je vins vers vous, presque fragilement, délicatement aussi, comme n’y croyant pas. Enfin, j’osais timidement ouvrir notre fenêtre et vous dispenser les mots venus de cet ailleurs. Quand nous nous rencontrâmes, le pont était jeté et deux mondes venaient à se toucher, comme retrouvant leur véritable dimension.

Cithare 古箏 (Guzheng)

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Saveur,
En ce corps cellulaire,
Jusqu’à la pointe
D’une extrême vision,
Sans s’essouffler,
Au goût des profondeurs,
Ce que tu es
D’invincibilité,
Aux ailes déployées
Quand l’instant
Fait don de l’instant,
Tandis que la cithare,
Résonne plus loin,
Et la fleur rayonne,
Suave magnolia,
Au cœur de l’homme,
Diffuse indolore,
Le soleil,
De son doux trépas.



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Image de Caroline Young

Chair du silence

La femme est de bonté, chair du silence, quand ses yeux marquent de franges ombrées le culte intuitif et qu’ils deviennent enfin l’expression primitive du rêve qui dérive sur les longues perplexités, et quand le temps l’étreint du soupir, elle tourne la tête brusquement comme surprise. Le ciel enveloppe ses pensées et le corps fait un pas vers l’intérieur. Ô femme, ta voix nous appelle depuis cette réalité que l’on étouffe par le bruit incessant.