Eau

Lumière féconde,
Au lieu de l’instant,
L’eau vive est pleine.

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La plénitude

Nous sommes prompts à nous défendre d’une chose qui ne nous appartient pas. Pourtant lorsque chante l’oiseau, il sait la plénitude entière de son chant. Le cœur irradie. Ce qu’il y a en nous, nous le trouvons et nous n’avons plus besoin de nous défendre de rien. Ce qui est, l’est à tout jamais.

Le vide des mots, le plein de sens

Le vide du moi est le plein du Soi. Basculer est un état indépendant de notre volonté. Mais le rappeler est une grâce pour qui sait entendre. Des mots perdus, égarés dans les méandres de l’illusion, des tortionnaires idéologiques, puis des mots que l’on retrouve, intacts, riches d’eux-mêmes, dans la plénitude, épurés de nos égarements projetés en eux par notre trouble. Vider les mots, c’est nous libérer de nos projections, de leur usage pour entrer dans leur essence. Si l’on regarde la vacuité comme le vide de l’avoir, alors il s’agit du vide. Mais si l’on comprend le vide comme la délivrance de toutes les projections, alors c’est l’accueil en l’être. La plénitude, c’est recevoir.

Le voyage intérieur

L’instant présent est instant de grâce. Il m’a été donné de voyager assez régulièrement depuis mon enfance. Mais le vrai voyage est d’abord intérieur. Si nous ne voyageons pas en nous-même, nous ne voyageons nulle part. Les voyages, pour la plupart, se réduisent à un déplacement très limité somme toute, et dont on ne tire pas plus avantage que la simple carte postale. Je m’étonne que l’homme se plaigne sans arrêt de ce qui se passe dans ce monde. C’est qu’en vérité, j’en suis persuadée, il est incapable de regarder en lui-même. Le voyage commence bien avant celui que nous vivons dans l’utérus de notre mère. Mais qui s’en souvient ? Quand le voyage intérieur nous prend en otage, nous ne vivons plus jamais au rythme déchirant du monde moderne. La vie nous émerveille et quand même, il y aurait des horreurs, que nous enseigne réellement la vie ? Chaque fois que nous faisons le choix de cette dernière, celle-ci nous guide sans jamais faillir. Le temps de la vie intérieure est le mûrissement sans doute d’une autre vie. Tout ce qui se donne à vivre est exactement ce qui se doit d’être vécu. C’est ce que la vie m’a appris : être de mon instant. Rien de plus, rien de moins. La véritable empathie, le véritable remède à ce monde déchiré est l’instant. Tant que nous serons dans les projections, même idéologiques, nous n’aurons pas encore connu la plénitude de l’instant. Nous n’aurons pas vraiment vécu l’empathie.

Correspondances XXVII

Cher,

Certaines promenades n’ont jamais de fin, ne semblent jamais commencer, nous apprennent à regarder le sentier, les traces du vivant dans les poussières, dans les froidures de la nuit, quand l’on entend le dernier chant d’un oiseau égaré, quand l’errance n’est plus torpeur, dans la grandeur de la solitude, que les mondes se rencontrent sous la forme d’une longue révérence et que notre cœur devient léger depuis la hauteur d’une lune qui courtise un soleil facétieux. Je vous ai longtemps regardé, comme définitivement liée à votre être, et l’univers entier tournoie, ivre de ce qui ne sait se limiter et je puis vous l’exprimer, en petite rosées fines, posées à l’aube sur le bec délicat d’un pinson qui nous suit depuis le soir. Sur le mur d’en face, l’arbre (vous savez, le lilas) nous dit bonjour et je le salue. Les moineaux bavardent et je les rejoins. Ce moment printanier dans les branchages d’hiver est une douce faveur. Bien sûr, je ne sais pas ne pas aimer et quand la nuit se dissout dans le jour, je rencontre de nouveau ce sentier, puis le marronnier, le platane, le chêne, le saule près du ruisseau, l’érable, les joncs et quelques prunelliers. Oui, mon cher ami, la promenade est comme une perpétuelle envolée et notre amour a élargi l’espace, les cellules de notre chair, les clapotis de lumière, les terres sans limite, notre mémoire continue. L’instant est pure joie. La vie est notre parchemin. Il n’y manque rien.