Signe

Comme s’imprime ton cœur,
Au velours d’une lumière,
L’allusion d’un vitrail !

Il fut saisi par l’Amour, palpitation de l’instant subtil, et la légèreté de ses fines dentelles, sur la main qui accueille l’effet vibrant du jardin, le suspend. Le cœur ne meurt pas. Le regard ne meurt pas. L’Amour ne meurt pas. La veine jugulaire de ta poignante pression sur la conscience.

Papillon 蝴蝶

Personne ne peut croire à certaines distorsions, à l’extraordinaire, sans passer pour un fou. J’ai toujours cru à tout et tout a toujours été possible. Il y a longtemps, j’avais observé une chenille. Toute entière, extrêmement elle-même, elle me semblait si belle. Je rêvais de la chenille. J’avais compris que celle-ci prenait diverses formes, diverses couleurs, mais qu’il s’agissait toujours de la même chenille. Je marchais derrière elle, accroupie, au ras du sol. Parfois je prenais un petit bâton et l’invitais gentiment à le gravir. J’aime te regarder, petite chenille. Tu es vivante et si belle. Parfois, dans le doux velours d’une fleur, cette prodigieuse larve s’y révélait. La fleur était devenue la chenille qui avait rêvé de la fleur. D’autres fois, elle se lovait dans un délicat écrin de soie. Elle s’y endormait et se laissait aller à l’étrange transformation. Soudain, j’étais dans la chrysalide. Je sentais presque les suées alchimiques. Mon cœur devenait cocon. Un jour, un papillon d’un bleu nuit s’était extrait de mon bras. Je le suivis avec hébétude. Vous n’allez pas me croire. Je le sais. Pourtant j’ai bien vu ce papillon s’extraire de moi. Je l’ai suivi avec fort enchantement. Puis, il a disparu.

Je suis touchée par chaque instant et chaque instant me touche. Chaque instant est un papillon. Chaque instant est un livre ouvert. Chaque instant est un pur ravissement. Si je vous dis que j’ai vécu la féerie, vous ne me croirez pas. Si je vous dis qu’il existe des choses bien plus surprenantes que vous n’osez l’imaginer, vous ne me croirez pas. Je vis dans la plus extraordinaire des croyances et je n’ai pas honte de le dire. Je n’ai pas honte de nommer Dieu. Je n’ai pas honte de dire que la vie est un jardin sacré. Je le remercie de m’avoir con-vaincue. Je trouve merveilleux de le chanter et alors, le cœur, la bouche et les mains deviennent des papillons palpitants.

L’exil

L’on s’exile de douceur, sur un chemin de feuilles éparses, puis l’on s’arrête définitivement par le geste d’une main amie et l’on se laisse à cette hébétude, l’éternité. Le périple vient de commencer et je suis encore à regarder le papillon voler. Ne t’ai-je pas, une fois de plus, retrouver Ô Maître ?

Le bourdon

La solitude s’incline doucement vers la terre, courbée par la grâce d’un diffus abandon, tandis que l’âme reconnaît le ciel qui lui parle de mille et une farces, tel le papillon égayé par les soubresauts vifs du balancier opportun. Quand nous quittons le monde, léger, le parfum exhalé d’une pluie estivale, le soupir délicat d’un corps automnal, le renoncement à tout combat, l’amour à son apogée, le bourdon bourdonne et l’esprit s’étonne du miracle de la pure rencontre.

Chrysalide

Je ne sais quand le souffle chaud
Effleura primesautier la chrysalide.
Peu nous en chaut si le vent déride
Les rumeurs aux permissions affables,
Prolixes, aux lourdeurs insoutenables.
Tandis que le papillon tel un cantique,
Main évasée, danse léger à l’horizon.