Thé

Le thé infuse,
L’heure dite profuse,
Un geste délicat.

Il est une cérémonie constante, et les convives, généralement, sont dans le recueillement, non pas qu’ils soient dans une posture, mais parce que le firmament s’est logé en leur âme conquise et ils cultivent abondamment, le geste et la mesure. Voyez plus loin, les branches d’un arbre sont devenues la souplesse exquise d’un mouvement de bras.

Hérisson

Sous la voûte étoilée, elle filait la laine. Quand son ami le hérisson vint à passer, elle leva légèrement un sourcil et ébaucha un sourire. Quelque peu débonnaire, le hérisson le lui rendit avec grande joie. Peut-être cherchait-il tout simplement la conversation ? Elle le salua cérémonieusement. Il reprit sa lente marche. Quand la nuit tomba complètement, elle rangea ses instruments, posa les deux mains sur les genoux, et médita. C’est alors que le hérisson s’approcha d’elle et entama cet étonnant dialogue : – Quant à la Nature, est-elle ton modèle ? interrogea-t-il.

– Non, je ne le crois pas, lui répondit-elle calmement, même si celle-ci nous apprend beaucoup, même si son enseignement est singulier et nous parle. Tout est en nous, mais autre chose est notre modèle, de cela, j’en suis sûre.

– Quel peut-il bien être, se demanda le hérisson. Ai-je un modèle, moi aussi ? Avons-nous chacun notre modèle propre ?

La jeune femme leva la tête et regarda longtemps le ciel. Une paix incommensurable la submergea.

– Peut-on imaginer autre chose de si vraisemblable ? s’exclama-t-elle. Les étoiles m’emmènent inexorablement vers un ailleurs. Tandis qu’il est là, il est, simultanément, au-delà. Ne sont-elles pas, ces lumières clignotantes, toutes, à nous appeler et à rire ? Peut-être, cher ami hérisson, sommes-nous chacun le rappel de cette joie primordiale ? Peut-être est-ce cela notre vrai modèle : une joie exponentielle qui désire se retrouver. Il me souvient de cette force exaltante, un commencement où exultait un ruissellement de bonheur indicible ! Quelle belle réminiscence, constante et infinie !

– Ne sommes-nous pas dans un rêve ? lança le hérisson.

– Un rêve d’une complexité prodigieuse, qui nous parle longtemps, fabrique une chaîne et une trame d’une beauté inouïe, révèle une sagesse incontestable dans cet entrelacement et nous montre simplement le chemin. Oui, mon ami, c’est cela !

Visage de lune

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Nous nous étions rencontrées, il y a fort longtemps. J’étais alors étudiante. Déambulant dans Paris, à mes heures perdues, j’avais fini par atterrir au sein d’un cercle quelque peu intime et où l’on redécouvrait, tels des nouveau-nés, la spiritualité. Nous réapprenions tout, le monde caché, le monde des douces concordances, de la fraternité, de la pratique, de l’avancée. Ce jour-là, elle arriva. Je fus frappée par son visage de lune. Elle resplendissait. Je la regardais. Tout son être semblait se détacher du groupe. Elle souriait avec une réelle grâce et les yeux baissés, elle avançait dans la pièce. Ce sont les premières impressions qui comptent. Tout comme avec Emily Kaitlyn, je demeurais sous le charme vibratoire de sa réalité spirituelle. Sans doute, suis-je très sensible à l’aura de l’autre. (…)

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Rose des sables

Il me souvient d’une fleur,
Au désert du vent,
L’aube et les bédouins.

Il venait depuis une dune tremblante, les présents plein les mains et je me souviens de son regard d’Amour, sous le turban de sable, sa droiture et son sourire que des étoiles, au matin, donnaient à semer dans un ciel turquin.

Le ciel transperce

Au-dessus de la montagne,
Le ciel transperce,
Le cœur Te reconnaît.

Chaque chose devient une confidence et Tu me dis ces secrets qui ont le goût des perles odorées. Le cœur du roitelet, les frondaisons opulentes, l’arbre majestueux, mille mondes jaillissent et mille autres encore. Je me suis arrêtée, et j’écoute. Entends-tu mon ami ? Entends-tu le passage du lézard sous les branches ? Il me raconte l’histoire d’un muret. Je le suis en riant. Combien de fois me suis-je perdue, même devant l’araignée ? Une herbe s’agite et je lui tends la main. Le blé danse, parsemé, ici ou là, dans un jardin luxuriant. Il a parlé. Sans Toi, je n’ai pas de cœur.

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Peinture de Phoebe Anna Traquair (1852-1936)

Autour

Le lait nourricier en abondance dans un monde asséché par l’outrance, je suis née pauvre. Mes deux mains dansaient autour avec la plus grande des confiances. Je ne pleurais pas. Les yeux étaient grand ouverts. Parfois, le plafond faisait une danse. Je suis née pauvre, nue et démunie. Mon corps frêle sur la peau nacrée d’une mère et ses bras comme un berceau. Je suis maintes fois née pauvre. J’observais autour de moi les ombres et les lumières. Mais je suivais la merveille et tandis que je marchais autour, la lumière se planta en moi si profondément, tel un glaive, que je fus saisie par la béance d’une blessure effusive. Il ne s’écoulait guère de sang : de la plaie ruisselait une eau miraculeuse. Elle fusait depuis la terre et le ciel et je demeurai stupéfaite. J’étais née pauvre et pourtant l’on m’abreuvait. Je marchais autour mais on me plaçait là où tout danse. J’étais née pauvre, et l’on m’ôtait la peur, un caillot purulent. Je pouvais vivre avec quelques amandes dans la poche, me laisser mourir de faim et de froid, une chaleur douce s’emparait de mon âme. J’étais née pauvre et l’on me vêtait d’un manteau. Je marchais encore autour, mais le milieu m’absorbait. L’on m’y tirait inéluctablement et je me mettais à rire. Le monde n’avait aucune prise sur mon être et je continuais de marcher autour, suivant les sillons d’un cercle qui amplifiait son cercle et je riais. Un jour, le monde aussi valse autour…

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Peinture de Serge Marshennikov

Royaume

Le son court,
L’univers centré,
L’harmonie pure.

L’état d’un cœur qui bat ; cessent toutes projections ; la courbure d’un navire ; les vagues évanouies dans la résorption d’un souffle ; grandeur d’un Royaume.

Ciel

J’ai vu le ciel palpiter,
C’est là que je vis,
Des corolles d’azurée.

Je n’irai pas ailleurs,
Ma douceur d’éternité :
T’avoir rencontré.

Je ne changerai pas une seconde,
Te parler encore,
T’aimer.