White Rose

Dawn surprises a candle,
A white rose blazes,
Where did the night go ?

Its magic caresses the shadows : its survival instinct, sails in the endless ocean, its velvet envelops my heart.

L’aube surprend une bougie,
Une blanche rose flamboie,
Où est donc passée la nuit ?

Sa magie caresse l’ombre, son instinct de survie, vogue dans l’océan sans fin, son velours enveloppe mon cœur.

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Nuit

La nuit arrive,
Qu’est-ce ?
Volupté et danse.

Il est arrivé ce temps imprécis où toute chose s’évanouit et ne demeure que l’instant précis et les cieux s’ouvrent et l’on ne connaît de l’heure que notre Union. Comment ? Y aurait-il un autre instant ? Je cours comme n’ayant jamais quitté ce lieu et en Lui, mon âme éprise, mon âme ne pouvant évoluer qu’en cet Amour, défait toutes chaînes et clôture toutes méprises.

Les yeux du chat

Ce doux moment,
Exalté telle une goutte,
Le ruisseau rejoint l’océan.

Je n’imaginais rien, tout se concevait, tout chantait et les yeux apparurent dans la nuit. Était-ce le chat d’un rêve ? Était-ce l’abondance d’un regard intérieur. Les pas menus sur la terre, léger, et le velours s’émerveille.

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Aquarelle de Maryse De May.

Nord

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Des gerbes de nuits insensées,
La lune s’y accroche,
Les étoiles, nos lacs bleutés.

A bras-le-corps, le voile du Nord, les vents de l’espace ; comment ? Ma joie de tisser avec Toi un instant et qu’éclate donc l’orage !

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Peinture de Edward Burne-Jones

Le froid

Au début, le froid nous surprend,
Au midi de son gel qui fleurit,
Le ciel n’a pas d’ombrage,
Mais le froid ravit la nuit,
Et c’est toute la ville qui s’évanouit,
Dans le silence qui pétrifie.
Puis il bourdonne et m’échappe,
Je n’ai pu déceler son sourire
Quelque part, s’est-il enfui ?

Je ne les oublie pas

Les soubresauts, saugrenus des formols d’un laboratoire outrecuidant, quand j’ai vu l’enfant marcher tel un guerrier au milieu des jungles de la folie des hommes et dormir dans le froid des étoiles et la nuit lui apprendre la résistance du corps. La chaleur venue à la lumière du soleil, à la liesse de l’aurore, lors que les bouvreuils sautent, libres, indomptables, reproduisant les sauvages échappées d’une brumeuse gelée. Dans la pénombre de la forêt, les mille bruissements hivernaux près de l’arbre qui danse, mon cœur connaît l’étendue des espaces que l’extérieur élargit depuis l’intérieur de notre âme, et voici que le courage supplée à l’insaisissable, lors que la mort rôde, comme un basculement. Cet homme m’a parlé, l’homme venu des contrées de l’est, sa Pologne, durant plusieurs heures et lui de s’exalter des épousailles d’un voyage que l’on reconnaît comme l’universalité et qui le libère. Il m’a offert le gite et le couvert, dans l’étrangeté d’une rencontre, moi l’inconnue. Puis, cette femme qui m’a prise tendrement dans ses bras, la sœur, près du sentier, me donnant la chaleur de l’instant. L’enfant est sauvage de ses pérégrinations, et les pas nous mènent à l’ivresse du fraternel aimant. Je n’avais pas un sou en poche, juste le temps aux aguets, affûtant les récifs de l’inconfort, oubliant la ville, plongeant au cœur de la solitude hivernale. Chacun de leur visage, de leur silence, chacun de leur cœur, de leur yeux aussi profonds que notre émoi, je ne les oublie pas. La force du voyage vient du dénuement. J’ai eu froid, j’ai eu chaud.

Poème de l’indigent

Il vint indigent,
Se couchant à la belle étoile,
Le haillon tel un clairon,
Et le froid mordait sa peau,
Et le foin faisait pitance.
Il vint comme enivré,
De la ville,
Épuisé,
Le ciel,
Couvert d’oripeaux,
Sa voix tordue,
Pitoyables échos,
Ruminant la vie clairsemée,
Mais le froid disait la vérité.
Ne pleure pas,
Chantait le ruisseau
D’une lune.
Pourtant, auprès de notre vétusté,
J’ai trouvé une harpe :
Poète es-tu né ?
Le feu a tremblé,
Au creux des joues émaciées,
Il vint indigent,
Les yeux brillants,
Quelques feuilles envolées,
Aucun regret !
A l’étoile,
La misère avérée,
Perdue, j’ai lancé :
A ton seul soupir,
Poème, es-tu né ?
Ne suis né ni par ton offrande
Ni par tes combats
Puisque je suis insolent,
Libre,
Sans mœurs ni trépas,
Écumé de manières,
Sans soldes,
Ni pitance,
Le bol d’une nuit,
Vidé de tout projet
Mais simple désir,
Au rire déployé :
Poème.



Correspondances X

Cher,

Je suis allée dans la nuit me promener, déambulant dans les ruelles de la ville animée de quelques étoiles de Noël avant Noël, quand tout nous enveloppe du sourire de la marche, au milieu des quelques passants. Parfois, nous croisons de vieux visages opaques, définitivement fermés à la vie, comme enterrés de grisaille et leur regard semble même perdu dans je ne sais quel trou noir. Si d’aventure, vous accrochez leurs yeux, ils sont fermés de la tête aux pieds. Quelle sorte de misère ont-ils traversé pour que leur âme se soit éteinte avant leur corps ? Quelle sorte de lumière ont-ils perdu pour que leur cœur s’enfonce ainsi dans les ténèbres de leur réalité ? Homme ou femme, ils traînent leur corps, lourds d’amertume, peut-être de rendez-vous manqués, loin des lueurs de leur beauté naturelle. J’ai continué de marcher, tout en regardant le ciel. Le quart de lune resplendissait et cette veilleuse dans la nuit des derniers jours d’automne était un sourire flottant au-dessus de nos têtes courbées. Elle riait de toute sa clarté. J’ai continué de marcher dans les ruelles étroites, si peu éclairées, les rues poétiques aux noms insolites, et quelques fleurs encore dans les jardinets. A ce moment-là, un homme se tenait près du magasin, droit, sirotant une bière, et son chien d’aboyer. Vas-tu arrêter ? Qu’est-ce qui te prend d’aboyer à chaque fois que quelqu’un passe ? Je lui répondis en riant : peut-être que c’est simplement sa façon de dire bonjour. L’homme que je connaissais, pour l’avoir plusieurs fois croisé, avait perdu une grande partie de sa dentition. Nous échangeâmes quelques mots. Mais je dus lui demander à brûle-pourpoint : avez-vous où dormir cette nuit ? Je réitérai la question plusieurs fois. A vrai dire, les nuits sont rudes par ici, comme vous le savez. Il me confia quelques anecdotes, me fit certaines confidences et je lui demandai avec tout mon amour : comment vous appelle-t-on ? David, me répondit-il. Je reviendrai, David… A ce moment-là, son sourire fut la plus belle chose qui soit, dans cette nuit, anonyme.

Bien à vous,

B.