Parure

Photo prise par l’auteure, ce 06/01/2021

Si l’indicible neige étreint les quelques gorgées embuées de ta douceur, alors sache que perdue dans les pas feutrés, le vent se fige et les arbres de grâce se suspendent au souffle de beauté. Telle gravité, telle pesanteur et puis telle légèreté puissante, sans torpeur, sans même la moindre égratignure, quand la montagne offre à ses sapins des élans de bonheur. Marcher dans la langueur, sans plus rien chercher, et si la plume s’affûte au son des roches, l’eau se vêt d’une parure et fleurit telle l’immensité d’une fleur. Il est vrai que la lenteur est une sorte de paresse, et je marche ainsi depuis longtemps.

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Près de la rivière

Photo prise par l’auteure, ce jour du 04/01/2021

La neige appelle nos pas dans la vallée solitaire, alors que les montagnes ont complètement disparu derrière le voile blanc tandis que quelques corbeaux traversent, comme pour submerger notre silence, un ciel immaculé. Je vous reconnais, Ô corbeaux ! leur lancé-je. Voici que nous parlons, tout en marchant, dialogue amusé, qui fait ricochet dans la solitude, puis s’élance dans la neige qui volette, légère et insouciante. Les oiseaux dans les buissons m’alertent par de tendres pépiements, comme voulant me signaler leur délicate présence. Ils me disent : tu n’es pas seule. Je leur fais ma révérence. Vous êtes des êtres complices et secrets, leur dis-je. La neige enveloppe le paysage et mes pas résonnent en un écho sourd avec les battements du cœur. Combien de ces dialogues tissés en pleine campagne où je parle à voix haute sans être gênée par personne ? Par qui, d’ailleurs, pourrait-on être gêné ? C’est à ce moment que toute l’intensité de l’existence nous interpelle. Nous déversons sur la blancheur nos questions et celle-ci les absorbe simplement. Nous lui confions, à elle et à tout l’univers, notre interrogation et soudain, la neige nous répond : vis-moi ! Vis donc ma lumière et laisse-toi envahir par elle ! A l’instant même, j’éprouve la plus grande, la plus extraordinaire des paix, une paix incommensurable, une certitude indélébile. Eternité.

Neige

Je suis morte d’avoir vécue,
Et je porte l’espoir de ne jamais mourir,
Puisque dans la vastitude d’une seconde,
Je vis d’être morte sans avoir franchi l’éternité ;
Mais d’elle, peu connue, vient le souffle de liberté.
Je suis vivante d’avoir saisi l’odeur,
D’une feuille gisante,
Dans le bleu ciel d’été,
Mais que l’on me rattrape,
Je cours aussi vite, sans être brisée,
Vivre le monde et n’avoir jamais été,
Quand le vivre devient une note effusive,
Sur les touches d’une neige endeuillée,
Des myriades de touches libres,
Libre d’aimer et de rêver.
Je meurs encore chaque flocon esseulé.