Complainte d’un saule pleureur

Je m’étonne, qu’ayant bu au vin des mots, les hommes nourrissent encore de l’amertume. Nous ont-ils donc menti ? Ont-ils volé au ciel les fragrances d’un raisin qui ne leur était pas encore destiné ? Qu’ont-ils fait si ce n’est recracher la vie qui les cueillit comme une sœur aimante, infaillible et constante ? Ont-ils avalé les mots sans en goûter l’essence ? Quand la nostalgie devient le miroir éhonté de narcisse, ont-ils jamais vraiment fusionné avec la vie ? Quelles sont donc pour eux les lettres alignées si ce n’est le flambeau de leur moi débridé ? Les mots, à leur tour, se tournent vers leur mensonge et viennent les rattraper, dans le puits sombre de leur ingratitude. Quelle sorte de vermine crachent-ils au crépuscule de leur sommeil profond dans la nuit de leur déni ? Les mots sont loyaux et ne transigent pas avec le faux. A la sève de leur douceur, les lettres dansent au cœur de lumière et la vie est forte de son intelligence. Poète, la vie donne quand Toi tu voles son secret. La vie a ses violences que l’homme a souhaité méconnaître. Mais la Poésie est pré-existente à Ta venue. J’ai vu les cadavres devenir des grimaces, alors que leur vie durant, ils avaient fait les gestes des danses macabres de leur méchanceté. Que l’on se gargarise des mots qui reviendront nous hanter, la vie n’a pas dit son dernier mot. Tandis que le saule pleure inconsolable d’avoir été trahi…

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Femme

La plume est incisive des lucidités que l’on préfère taire quand la femme délivrée du narcissisme, des volontés de plaire, de son abîme, quand elle s’extrait des mains du marionnettiste, en elle, en ses jougs inopportuns, quand son âme s’épure des luttes sans fin, quand la parole volubile des babils s’étourdissent des asservissements du corps sous l’emprise, et que libre, libre, libre du regard destructeur, finalité sans fin, sens sans essence, de celui qui l’emprisonne, l’esprit en elle respire et jouit du flux de son être, quand l’âme virile n’est plus annihilée en son besoin de séduire, ni de dominer, quand la femme marche semblable à l’homme, devenu lui-même la femme des principes de gestation et de réception, son souffle devient le filet libérateur des jours de plénitude, des jours de son orchestration, ivre et nullement aux abois. Je ne suis pas ton objet, je suis ton autre toi…