Mémoire

Il toucha la pointe :
Le cœur s’offrit,
La poésie n’existait pas,
Le cœur l’avait devancée,
Au son des timbales,
Les talons franchissent le fleuve de Léthé,
Et le corps,
Oui ce corps,
Exulte,
En rythme,
Car la mort devient vie.
Je l’ai vue,
Puis saisie,
Par deux fois,
Zahra !
La rose de tous les matins,
Plia les pas,
Nous devança,
Et les mots chantèrent,
Ce fut des mots exsudants sur un pont ancien,
Depuis la racine des cheveux,
Aux étoffes du rêve,
Les lunes et les étoiles,
Nos empreintes dans la nuit.
Ne dis rien !
Le corps parle et devient éclosion,
Le souvenir d’un entrelac.
Non ! Ne dis rien !
J’aime la pointe d’un mât,
J’aime, Ô Seigneur ! cette incandescence-là.
Non ! Ne parle pas !
La vue perle au soleil du silence,
Et j’aime, Ô Seigneur ! le flux des océans s’entremêlant,
Le flux des tambours soulevant d’autres flux.
Mais, ne dis rien, Ô mon âme !
Comme se révèle le cycle d’antan,
Le tremblement de tous les tremblements !
Le chant avait gagné les remous,
le chant avait percé,
Aux sphères élévatrices,
Le firmament en éclat,
Ecarta des pans et des pans lointains,
Et du cœur étreint,
Oh ! La mort parla,
Elle fit un juste récit,
Jour et nuit,
Zahra !
La mémoire d’un au-delà.

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Confidence d’une fauvette

Le cœur d’une fauvette,
Me confie mille petits mots,
Le chant et la retenue.

Lente rêverie sur le sentier ; La solitude d’une réalité vibre au même moment et l’Amour creuse un sillon depuis la source jusqu’à la vallée. J’aime mourir à chaque instant. Le temps s’est arrêté. Il n’existe plus. Ô mort qui devient vie ! Ô mort, je sais que tu es vérité. Mort ! Qu’as-tu fais de moi ? La mort est Amour.

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Peinture de Juan Manuel Hernández

Vision

Le monde a disparu,
Englouti,
Et voici que suspendu,
L’étang sème,
Flottement impromptu,
Je meurs à l’instant,
Plaines éternelles,
Le son des gloires des inconquis.
Entends-tu la vision qui égrène ?
Etrange oraison,
Sur un fil inconnu.
Le monde a disparu,
Qui donc est apparu ?

Méditation

Il se peut que tout disparaisse et qu’importe alors, quand tout est apparu ? L’on pourrait s’attarder sur ce que laisse présager l’atemporel, respirer jusqu’à l’infinitude, l’humus et l’éthéré, quand de l’instant, jaillit le vivace, le jour où tout commence, sans que rien ne soit à l’altérer. Quelle est donc l’étrangeté d’aimer, d’être ainsi conquise, la vie étant cette prégnance, la juste cessation de toute activité ? Certes, au lac limpide, le miroir a parlé. Je m’arrête, incisive mais courbée devant les formes rondes, levant la coupe d’un cœur aimanté. Parsemer le sol de mon hébétude, puis, tournoyer sans pouvoir l’éluder. Je peux mourir donc, les yeux ouverts au voyage, tandis que quelque chose est passée, en cette force vive, devenue pleine et intense intimité. Je t’ai tenu, sans te tenir, mais comme j’aime l’Amour qui m’a fait ainsi T’aimer. Je chante à-tue-tête ; c’est une cruciale et bien réelle crucialité et depuis la naissance, c’est ainsi que la vie s’est donnée. Souffrance, douleur, que sont-ce ces éléments ? Il se passe ce que la mort nous apprend : aimer, c’est encore aimer.

Automne

L’éternité fut cet instant inconciliable avec tout autre regard et j’en vins à fouler du pied enfantin, les feuilles tombées au sol dans leur étonnant et vivant flamboiement, leur odeur de larmes, l’été de leur craquelure, les semences d’une terre pluvieuse. J’allais, unissant tous les temps, et les saisons filant, au ramure de leurs nervures, mon cœur immortel, et cela n’était qu’une simple césure, jetant sur l’autre rive, le pont de notre Amour. Quelle est donc cette invitation qui donne à la pleine certitude ? Les mots ne sont rien devant ce qu’imprime le cœur, et saisir c’est être déjà saisi, comme parti, puis venu, comme jaillissement, comme point ineffable dans le cœur. Je revois tes yeux trembler, l’intensité infinie et de me laisser submergée par l’envolée d’une totale abolition, l’effacement d’une vie entière, entrer en ton flanc éthéré et ne plus jamais le quitter.

Miroir 鏡子

Absoluité

L’absoluité fut le lieu du seul possible, le relatif, extinguible de façon continue. Le temps, le prétexte de l’intemporel, le non-lieu d’un mouvement. Le centre invisible, l’aspiration du souffle. Ainsi est la mort. Sans cette inévitable échéance, le possible ne peut naître. L’instant est une mort consciente. En elle est rendu visible l’invisible. En respirant, je connus l’apnée. Entre les deux, l’isthme du silence. Telles furent les éloquentes confidences du scarabée lunaire. Il vécut l’énigme jusqu’au bout et orna le centre du Miroir. Celui-ci reçut les parures subtiles de maître scarabée. Néanmoins, nous savons que le Miroir naquit bien avant le beau coléoptère polyphage. Encore une merveille qui demeurera secrète, excepté pour les amis du Miroir.

Miroir 鏡子

Aimer :

Le secret d’aimer, c’est que nous ne pouvons désaimer. Sa puissance est un royaume, son acte, une délibération inconditionnelle. L’aimer est semblable à la chirurgie de l’instant. Ni avant, ni après, mais toujours, car celui qui cesse d’aimer comme le chante un rossignol, n’a jamais aimé. Je l’ai suivi, lui, irisé de nuit lumineuse, son évanescente parure, brisant les secondes dans le couperet de son altière droiture. Il chante : j’aime, j’aime, j’aime ! Le cœur ne peut oublier. Il est entré dans l’Amour et se trouve étonné, étonné. C’est là, que vous trouverez l’impulsion mémorative de sa fréquence. Aimer et mourez ! Quelle importance puisque l’Amour joue depuis longtemps dans le cœur de l’Aimé. Brodez d’or pur, le rougeoiement de son cœur, à la lueur d’une chandelle et suspendez votre geste. La chandelle reste allumée. Voici la première étape. Vous vous levez dans cet isoloir et vous voyez s’élargir la demeure : la lumière est devenue un ciel et vos yeux clignent un peu. Alors, votre âme s’éveille de sa torpeur et vous trouvez Aimer à votre droite. Aimer s’assoit pour vous bercer. Il caresse votre cœur et vous respirez. Il nimbe votre Amour de son Aimer, et vous pleurez comme vous n’avez jamais pleuré, car l’Amour est aussi un fleuve de roses rosées, se déversant dans la terre et vous restez hébétés, hébétés…

Entre ces mondes

La mort bien douce, où qu’elle soit, comme l’abandon suprême entre tes bras, et d’où qu’elle vienne, elle est déjà là, comme le vent qui passe et le cœur parle de ce qu’il voit. Je vous ai vus comme l’on voit depuis l’au-delà, dans un murmure, la caresse d’une conscience, déjà le souvenir entre deux mondes. Je vous ai vus, et vous emporte comme l’on porte son regard bien au-delà. La nudité d’un arbre éloquent au son d’un entrelac. La phrase qu’un homme prononce au rivage de la solitude, je vous ai vus, un à un et le cœur a ralenti jusqu’à percevoir l’imprévisible vision. Où que cela se passe, tout est une phrase qui se déploie. Penchée sur les livres, la lumière diffuse sur les murs les ombres d’un alphabet et ces signes, un à un, sont les mains jointes de notre unique amour. La mort est douce aux lèvres à peine échancrées par le souffle qui passe. Que me dis-tu ? Me dis-tu ces choses que l’on tait parce que la gratitude est un silence vif de noble sérénité ? Mon ami, je vogue au centre de tes yeux et je flotte sur l’iris d’un océan plein de toi. C’est entre ces mondes que nos âmes jumelles se parlent, se reconnaissent et se disent ces mots dans le velours d’un écho.

Peinture de Alfred James Dewey (1874 – 1958)