Opulence

Naître dans l’opulence,
N’appartient pas à ce monde,
Ineffable secret.

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Nouveau-né

J’ai préféré courir,
Semblable à la mémoire,
Dont l’amnésique miroir,
Venait cogner tout contre mon intrépidité.

J’ai préféré tout abandonner,
Et rire des dunes de sable,
Etourdie par le monde enchanté,
Quand le soleil rougeoyait.

J’ai préféré courir,
Comme une va-nu-pieds,
Jetant les livres au panier,
Tout découvrir comme un nouveau-né !

Le siècle

Ce monde offre toutes les possibilités infinis du voyage ; rien ne nous empêche de le vivre pleinement, et après des années de balbutiement, comme immature du brouillon hoquetant, déversant sur les murs les couleurs de nos manteaux, nous voici délivrée de tous les événements. Est-ce inconséquence ? La beauté vient lentement, très lentement, comme le temps qui retient son souffle, qui nous donne à la seule nécessité de vivre libre. Il est libre ce souffle, libre de ne croire qu’en lui-même et de rire devant tous les conditionnements. Je crois que le siècle va nous libérer de la bêtise. Nous serons libres comme le matin, jouant à la page du soleil levant, dans le vide, exempts de toute prétention, libres, gratuitement libres de lire à la page de la vie, ourlets ricochant au vent, libres sans peur, sans chercher. Juste l’instant. Mais savons-nous ce qu’est l’instant ? Non, il ne s’agit pas de la bonne question. Je suis allée trop vite. C’est plutôt celle-ci qui m’interpelle : savons-nous ce qu’est la liberté ?

Neige

Je suis morte d’avoir vécue,
Et je porte l’espoir de ne jamais mourir,
Puisque dans la vastitude d’une seconde,
Je vis d’être morte sans avoir franchi l’éternité ;
Mais d’elle, peu connue, vient le souffle de liberté.
Je suis vivante d’avoir saisi l’odeur,
D’une feuille gisante,
Dans le bleu ciel d’été,
Mais que l’on me rattrape,
Je cours aussi vite, sans être brisée,
Vivre le monde et n’avoir jamais été,
Quand le vivre devient une note effusive,
Sur les touches d’une neige endeuillée,
Des myriades de touches libres,
Libre d’aimer et de rêver.
Je meurs encore chaque flocon esseulé.

Ce monde

La peur provient de la prison de notre âme. Nos corps nous alertent et nous parlent. L’inéluctable n’est pas une fin en soi. Il y a bien longtemps, très longtemps, les hommes avaient compris comment ce monde fonctionnait. Les uns sont devenus des pirates et les autres des bêtes de somme.

Souvenir

Les uns avaient des dettes,
Les autres des soucis.
J’ai jeté à la mer
Les pensées incongrues.
J’ai couru surprenant le grain,
Il m’avait attendue
Comme on attend,
l’inattendu,
Je n’ai pas été l’esclave,
Ni même rien prétendu,
Dans l’ivresse du temps.
Je me suis souvenue.

Histoire du mot

Le mot précéda l’intention,
Un oiseau en bout de bras,
Accueillit un fruit mûr,
La parole accentua le signe,
Quand vint soudain l’inattendu,
L’oiseau s’envola éperdu.

Le mot trouva une porte,
Fut délivré de la brume,
La beauté fut comme une rencontre,
Personne ne fut dupe,
Mais le soleil en parle encore,
Sous les ombrages,
Les lettres se révélèrent.

Le mot fut secouru par un aigle,
Il sombra dans les ténèbres,
Quand soudain l’orage le menaça,
Il comprit l’éloge et chanta,
Fait-il partie de ton monde ?
Non, répondit-il, je ne le crois pas.
Pourtant, il le traversa.

Quelle est donc la liberté ?
C’est de manger et de boire,
Puis avoir faim et avoir soif,
Sans éprouver la faim et la soif,
– As-tu compris ?
– Non, avoua-t-il, je ne suis pas sûr.
– Quel est donc le mot qui devient acte ?
– Celui à peine effleuré.

Poème de l’indigent

Il vint indigent,
Se couchant à la belle étoile,
Le haillon tel un clairon,
Et le froid mordait sa peau,
Et le foin faisait pitance.
Il vint comme enivré,
De la ville,
Épuisé,
Le ciel,
Couvert d’oripeaux,
Sa voix tordue,
Pitoyables échos,
Ruminant la vie clairsemée,
Mais le froid disait la vérité.
Ne pleure pas,
Chantait le ruisseau
D’une lune.
Pourtant, auprès de notre vétusté,
J’ai trouvé une harpe :
Poète es-tu né ?
Le feu a tremblé,
Au creux des joues émaciées,
Il vint indigent,
Les yeux brillants,
Quelques feuilles envolées,
Aucun regret !
A l’étoile,
La misère avérée,
Perdue, j’ai lancé :
A ton seul soupir,
Poème, es-tu né ?
Ne suis né ni par ton offrande
Ni par tes combats
Puisque je suis insolent,
Libre,
Sans mœurs ni trépas,
Écumé de manières,
Sans soldes,
Ni pitance,
Le bol d’une nuit,
Vidé de tout projet
Mais simple désir,
Au rire déployé :
Poème.