Trouve-moi

Si tu veux me trouver,
Entre en ce cœur brisé,
J’ai tenu les morceaux,
Puis j’ai dansé.
Si tu veux me voir,
Entre en mon étreinte,
Puis serre-moi de tes bras,
Sans compter
L’instant.
Si tu veux me connaître,
Observe l’hanneton, la fourmi et même l’oie,
Suis la légèreté du papillon sur la voie,
Puis sème au vent le chant Aimer.
Tu me trouveras dans les déchirures,
Aux soupiraux de nos rêves à Trois,
Entre l’églantier, la rose et le mimosa,
Tu me trouveras dans une larme,
Puis dans la voix qui s’exclame,
Au sein d’une longue invocation,
L’apesanteur sans douleur,
Le cristal d’une pleine lune,
L’écho du vent de douceur,
Et nous nous verrons, alors.
Qu’importe les brisures,
Voici que la voix est un pont,
Sur les coteaux aux grappes mûres,
Je cours sur le chemin,
La joie dans les bras…
M’entends-tu dans le la la la ?

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Folie

Folie a le désir de poésie,
Ou bien l’inverse,
Le fou est libre.

Si tu n’es pas fou,
Tes mots cognent à la raison,
La mienne joue depuis.

Les mots sont mon corps,
Suis-moi, ou bien pars très loin.
J’ai vu les fuyards.

Je bois au nectar,
Telle est la joie perpétuelle,

Répond l’hirondelle.

Coquelicots

Me suis suspendue à leur verte tige, puis j’ai volé au vent, comme les pétales sont légers et mes doigts ont soudain frôlé la guitare de quelques notes pluvieuses, ces notes que je t’ai volées. Ai-je abandonné féminité et éthérée, n’ai plus su quoi être, ni devenir ? Le sais-tu ? Les hirondelles vont et viennent et je crois qu’elles m’emportent aussi avec elles, bien malgré moi, dans la valse de leur gracile corps. Des phrases, dans le secret, et le cœur déchiré comme une fin de journée écrasée par l’horizon.

Bain de lune

Nous naissons, bain de lune ;
Nous rions, soleil se baigne ;
Nous courons, vent d’amour :
Nous chantons, lumière s’éveille.

Nous avons mis du temps :
Parler est un souffle,
Cœur libéré,
Vit de rosée.

Nous vivons, fontaine de jouvence,
Léger, léger,
La voix, une fleur,
L’ai caressée.

 

Cher ami

De la crudité d’une vie sur terre,
Je n’ai pas eu peur, mon cher ami,
D’avoir marché sur les sentiers,
D’avoir entendu le vol d’un épervier,
Je n’ai pas eu peur, mon cher ami,
Lorsque le soleil pleurait des larmes chaudes,
Que les hirondelles s’envolaient vers le sud,
Que nos sangs bouillonnaient sur les touches d’un clavier,
Je n’ai pas eu peur, mon cher ami,
D’avoir bu le matin des prières,
Des parfums de notre légèreté,
Que les passereaux valsent au-dessus de la ville,
Je n’ai pas eu peur, Ô cher ami,
Et je n’étais ni un homme ni une femme,
Puisque je m’étais défaite des vétustés,
Je courais et le vent m’emportait,
Je n’ai pas eu peur, Ô mon ami,
Le cœur juteux et libre d’aimer,
Je partirai dans la joie et je rirai à ma mort,
De cette crudité, en passant par le rêve,
Je me suis amusée ;
Je n’étais plus une femme, je n’étais plus un homme,
Les ailes d’une âme n’ont pas de couleur,
L’esprit s’est détaché du monde entier,
Le cœur ivre, loin de la prison des hommes,
Je n’ai pas eu peur, je n’ai pas eu peur,
Dévalant sur le sentier escarpé,
Te retrouvant dans nos poèmes entremêlés
Qu’une existence entière nous a rapporté,
Et m’en suis étonnée, m’en suis étonnée…

A pleins poumons

Peinture de Anka Zhuravleva

J’ai marché de travers sur un trottoir, penchée sur les effets miroitant de la pluie, l’humeur joyeuse, éclaboussant l’ordre par trop rectiligne et il m’a fallu de longues années pour ne jamais me défaire de l’air taquin qui flotte dans l’air. Que voulez-vous, C’est ainsi. Je ne cache pas ma joie, même au milieu d’un magasin et quand je vois les gens mornes déambuler avec leur masque, il me faut briser leur muselière. D’avoir été si sombres, les hommes ne rient plus. Ils ne dansent plus et jouent à être des adultes mortifères. Quand ils se prennent d’euphorie, il leur faut quelque verres de whisky. Je n’y ai jamais cru. Je dis bravo à la vieille dame qui a oublié son masque et nous sourions toutes les deux, complices. Un homme, qui avait baissé son masque blanc, lance, dans le train, à un contrôleur, qui le rappelait aux règles sanitaires : respirez à ma place si vous le pouvez ! Oui, respirez, respirez fort le bon air de l’hiver et ressentez les gouttes de rosées vous caresser le visage. Vive le ciel, et vive le bon air à pleins poumons ! Que voulez-vous, il s’agit de ma folie et sans whisky, je vous prie !

Veuillez considérer cela comme le plus extravagant des interludes qui se puisse être.

Solitude

La solitude n’est guère pesante, tout comme la compagnie des hommes ne l’est pas non plus. Néanmoins, c’est nous-mêmes qui pesons de tout notre poids émotionnel jusqu’à ce que nous comprenions enfin que la poussière de l’atome, semblable à une plume emportée par le vent, nous délivre de toutes choses. C’est notre ignorance qui devient manifestement pareille à l’énorme et lourde pierre jetée au fond des eaux, dans un bruit sourd, celui même de notre confuse mésentente. Quand le vent s’unifie à l’eau, le plissement est à peine perceptible et le souffle exhale soudainement le poids infime d’une plume. Très souvent, nous vivons cette fragilité, alors même que mille personnes nous accompagnent. La solitude est le froissement juste et léger qui nous fait sensiblement tourner la tête dans la bonne direction. C’est ce qu’il advint quand je finis par accepter, alors que celle-ci brisait mon indifférence par le lien indéfectible d’amour, que MM m’accompagne sur le chemin menant au lycée. Elle devint aussi légère que mon âme le pouvait souhaiter et nous marchions complices, tandis que je levais souvent les yeux et attrapais le vol d’un corbeau, ou celui d’un moineau, suspendue à cet inéluctable moment silencieux, traversée de douceur ineffable. L’amour de MM emplissait les cellules entières du matin nouveau, et le cœur s’épanchait de la délicatesse de notre accord rendu possible. Avons-nous besoin de nous retirer quand les âmes s’unissent, qu’un oiseau passe et nous de nous envoler ensemble sur les invincibles hauteurs ?

Peinture de Gregory Frank Harris

L’irréel

En ce hors-temps, l’irréel côtoie éperdu de joie une goutte suspendue dans le cœur juvénile qui tressaute avec, certes, emphase, exaltation, sans retenue, des mots qui s’en veulent libérer les effets de l’instant fugace et pourtant gravés dans l’insondable présent. Poète sans l’être, touché comme par la magie des lieux du temps et de l’espace, ces minuscules et attentifs regards de grâce, plongés dans les grains les plus enfouis de la terre, nous émancipent de tout et nous valsons sur les touches palpables d’un piano, notre incommensurable brisure comme étrangement inconnu, puis flottant dans la vastité de notre liesse évasée que conjuguent des moments, conquise par un ciel généreux. Gratuité de l’instant, indifférent à tout échange mercantile, libéré des conventions, des stratégies qui n’ont jamais éclot dans notre monde, aussi libre que la corolle au vent, ivre des épanchements, buvant les miroitements de l’eau au soleil des incandescences. Poésie éternelle, suave près des indistincts moments de la beauté du cœur et le poète semeur dans la vibrante éloge, puisque des mots, il s’enivre et verse des notes que le vent emporte dans sa course amoureuse. Lyre réelle.

Correspondances XL

Très cher,

Une goutte de lumière sans aucun doute, parce que la lumière abonde, même au plus noir des abysses, une goutte suspendue comme éclairant indubitablement le chaos qui n’est pas véritable, car une goutte de lumière nous parle et nous dit le mystère. Une goutte épanchée, de saveur inconsommable, juste comme une rosée qui vient sur le cœur palpiter et devient ainsi la fleur éternelle. Celle-ci a bien son langage. Elle s’ouvre perpétuellement et ne vous trompe jamais. Cette fleur devient la lyre, cordée aux douces notes, magie des prières incantatoires, mémoire de l’unité. D’où viens-tu ? aurait-on la faiblesse de demander. Mais nous savons que la réponse est dans la question. Complicité inouïe avec cette lumière tournoyante, effusive, sans frontière, évoluant dans son propre cadre d’infinitude, de semblants paradoxes aussi. Quand perdue dans les promenades solitaires, nous touchons avec un détachement qui n’est assurément pas de l’égoïsme, et comment cette chose pourrait nous envahir, lors que notre essence est tout autre, les sentiers sauvages au milieu de la campagne, non loin de ces prodigieuses montagnes, ces imposantes vagues qui nous parlent comme le fabuleux océan, gorgé de surabondance exultante, jamais défaillante dans sa constance, parce que nourrie de sèves exaltées, d’amour culminant, d’union cultivée, comme l’on cultive lentement le jardin de notre âme, ce jardin qui se révèle sauvage, indomptable, et pourtant depuis son inextricable fouillis apparent, chaque chose est exactement à sa place. Nous n’éprouvons ni peur, ni doute. Effectivement, le sourire est suprême quand il provient de cette source inaltérable, inépuisable. Nous pouvons lui donner tous les noms, mais un jour, c’est bien elle qui s’empare de nous et qui nomme chaque chose. Une fois que nous entrons dans l’intimité de la Nature, Celle-ci ne nous lâche plus jamais, et nous fait le don de Son secret. Lors que Celle-ci donne, comme est légère sa main. Comme sa main pèse à peine et, délicate offrande, s’efface en nous submergeant.

Votre fidèle B.

Sans prévenir

Appelle-moi au petit jour et sans prévenir !
Garde-moi dans le creux de ton murmure,
Ne me préviens pas, non, verse donc ces épîtres,
Comme le suc savamment gorgé d’entretiens libres,
A l’ombre des palabres, sans aucune versatile mesure,
Puisque s’éteignent les feux de mercure,
L’incendie sans que ne brûle le désir.
Appelle-moi au lieu de tes convenances,
Puis respirons ces grands débats,
Sans que ne soient les théâtraux adieux,
Puisque dans ce silence sans émoi,
Le vin a fait son offrande à Dieu.
Des roses mûries à l’été qui s’annonce,
Je pars, sans attendre, sur un chemin,
Bordé de tes luxuriantes confidences.
Appelle-moi donc sans me saisir,
Puis des soubresauts, que l’on en finisse !
Les prairies ont le goût du délire,
Alors, je m’enivre des boutons de soie.
Le printemps ne meurt pas,
Et je gage que la vie soit plus forte.
Appelle-moi dans le creux de tes bras
Quelle est donc cette folie de l’au-delà ?
L’intense que voilà ne s’explique pas.