Folie

Folie a le désir de poésie,
Ou bien l’inverse,
Le fou est libre.

Si tu n’es pas fou,
Tes mots cognent à la raison,
La mienne joue depuis.

Les mots sont mon corps,
Suis-moi, ou bien pars très loin.
J’ai vu les fuyards.

Je bois au nectar,
Telle est la joie perpétuelle,

Répond l’hirondelle.

Cordée

Je ne marcherai jamais sans tenir fermement notre cordée, comme le seul lien de vie, car, est-il une autre exaltation que celui de ce souffle qui compte presque imperceptiblement chaque touche sur le doux clavier de notre marche en cadence ? Notre cordée nous tient aussi solidement qu’une brise sur le front impalpable de notre rencontre et jamais je ne méconnaitrais notre complice intimité, ni notre amour-amitié ; jamais, je ne lui jetterai la moindre ombre, puisque tout est lumière, étonnant élan qui n’en finit pas de s’épancher dans le tressautement de notre enchantement. Jamais, je ne renierai la plus infime de notre entente et même si mésentente il est, elle n’est qu’entente cachée. Jamais, je ne renierai rien de ce nous, ni de ce qui se vit dans l’enthousiasme d’un cœur irréversiblement irrigué. Chaque fois, je reviendrai, car mon cœur connaît le chemin de l’Amour et chaque fois qu’il le retrouve, il danse à tue-tête sans se soucier ni de toi, ni de moi.

Les grands hommes

J’ai toujours été amoureuse des grands hommes et chacune de leur histoire m’emportait tout comme le simple frémissement du vent dans les branchages. Avez-vous considéré que le mouvement et l’immobilité avaient le pouvoir de nous mettre dans une sorte d’émerveillement euphorique ? J’appris à plonger dans l’indicible dès lors que celui-ci s’approchait, lentement, avec sa délicate légèreté. A force d’observer le temps, l’on devient le temps et à force d’observer ce qui s’observe, l’on devient cet instant qui observe l’observé. J’ai attrapé les mots et ils sont devenus tous, un à un, des véhicules dont la féerie se mettait à dilater mon corps entier. Parfois, nous ne sommes plus aucun vêtement physique. Nous flottons dans l’immensité et nous rions ensemble. Il existe une réalité telle que l’on pleure parce que la joie nous étreint. Parfois, le bonheur est douloureux. Il est poignant d’un amour si vif. J’ai visité les grands hommes parce que leur beauté sont le véritable rappel de l’éternité. Ils sont en moi, même si je ne peux tous les citer. Quand vous entrez dans un jardin, vous voyez ces hommes. Même s’ils ne vous voient pas, vous les voyez par le regard de l’amour.

Envolée

Je ne sais pas écrire, mais il m’écrit encore et révèle la page blanche, brunie au son de sa propre voix, celle qui résonne. Je ne sais pas écrire, mais il ouvre un livre et j’y saisis sa trace tout le long d’une farandole, légèreté éprise qui fait de moi une misérable folle. Je m’attache au vœu du vent, un nœud incorruptible, ses mains autour de la taille et je l’écoute pour le suivre, à chaque fois, chaque fois. Je poursuis l’aurore quand il arrive sans m’avertir, et je reste des heures pensives, de longues heures, voyageant vers les contrées lointaines d’où l’on ne revient pas. Au milieu du jour, je m’arrête et ne sais plus rien. Qu’arrive-t-il à une folle qui brise mille chemins et ris du sérieux de certains ? Je marche tout comme toi, surprise par les bribes d’un miroir où nagent deux canards ivres. Que s’est-il passé pour que la crudité mesquine s’efface et que l’âme éprouve cette joie ? As-tu ordonné que le monde change et que s’arrête enfin la bêtise ? As-tu effacé, de tes deux mains, ce réalisme qui tue les pauvres gens ? Je ne vis plus ce monde et c’est ailleurs que je voyage. Jamais, ici, rien ne se brise. Tout est pureté, douceur et profonde joie.

Peinture de Harry Watson (1871–1936)

Ô vent du sud 南風

Ô vent du sud !
Sur les cordes d’une Muse,
Tu provoques l’onde de joie,
L’herbe y croît.

Quel est ton message ?
Rire que le ciel reçoit,
Ce jour est une grâce,
Et l’azur y boit !

Ô vent du sud !
L’astre nous regarde,
Cet amour,
Pure enstase.

Cher ami

De la crudité d’une vie sur terre,
Je n’ai pas eu peur, mon cher ami,
D’avoir marché sur les sentiers,
D’avoir entendu le vol d’un épervier,
Je n’ai pas eu peur, mon cher ami,
Lorsque le soleil pleurait des larmes chaudes,
Que les hirondelles s’envolaient vers le sud,
Que nos sangs bouillonnaient sur les touches d’un clavier,
Je n’ai pas eu peur, mon cher ami,
D’avoir bu le matin des prières,
Des parfums de notre légèreté,
Que les passereaux valsent au-dessus de la ville,
Je n’ai pas eu peur, Ô cher ami,
Et je n’étais ni un homme ni une femme,
Puisque je m’étais défaite des vétustés,
Je courais et le vent m’emportait,
Je n’ai pas eu peur, Ô mon ami,
Le cœur juteux et libre d’aimer,
Je partirai dans la joie et je rirai à ma mort,
De cette crudité, en passant par le rêve,
Je me suis amusée ;
Je n’étais plus une femme, je n’étais plus un homme,
Les ailes d’une âme n’ont pas de couleur,
L’esprit s’est détaché du monde entier,
Le cœur ivre, loin de la prison des hommes,
Je n’ai pas eu peur, je n’ai pas eu peur,
Dévalant sur le sentier escarpé,
Te retrouvant dans nos poèmes entremêlés
Qu’une existence entière nous a rapporté,
Et m’en suis étonnée, m’en suis étonnée…

A pleins poumons

Peinture de Anka Zhuravleva

J’ai marché de travers sur un trottoir, penchée sur les effets miroitant de la pluie, l’humeur joyeuse, éclaboussant l’ordre par trop rectiligne et il m’a fallu de longues années pour ne jamais me défaire de l’air taquin qui flotte dans l’air. Que voulez-vous, C’est ainsi. Je ne cache pas ma joie, même au milieu d’un magasin et quand je vois les gens mornes déambuler avec leur masque, il me faut briser leur muselière. D’avoir été si sombres, les hommes ne rient plus. Ils ne dansent plus et jouent à être des adultes mortifères. Quand ils se prennent d’euphorie, il leur faut quelque verres de whisky. Je n’y ai jamais cru. Je dis bravo à la vieille dame qui a oublié son masque et nous sourions toutes les deux, complices. Un homme, qui avait baissé son masque blanc, lance, dans le train, à un contrôleur, qui le rappelait aux règles sanitaires : respirez à ma place si vous le pouvez ! Oui, respirez, respirez fort le bon air de l’hiver et ressentez les gouttes de rosées vous caresser le visage. Vive le ciel, et vive le bon air à pleins poumons ! Que voulez-vous, il s’agit de ma folie et sans whisky, je vous prie !

Veuillez considérer cela comme le plus extravagant des interludes qui se puisse être.

Défi

La joie est le propre du défi,
Paroles du bien-aimé,
Ont ri de l’absurde,
Alors tout disparait,
Telle est la réponse définitive,
Et mille bruits ne sauraient nous nuire,
Et mille autres encore n’y pourraient suffire.
De tout l’amour que j’ai pour toi
Je n’enlèverai aucun point,
Ni même la moindre virgule,
Car si la joie conquiert,
Les montagnes se soulèvent.

Correspondances XLIV

Très cher,

J’aimerais vous raconter les souffles longs et les souffles courts, quand le vent les emporte tous et que nous ne servions point nos indifférences, mais plutôt nos frôlements, ceux de l’instant, jaillis dans la courbure du temps. Asseyez-vous tout près, ici, sur cette chaise perdue sur les toits ondulants du matin frais nimbé des montagnes avoisinantes. Les tuiles orangées fredonnent un air encore bien cristallin, et vous m’invitez aussi sur la chaise face à vous, mais je frissonne des pieds-nus et vous ris comme émue de votre joie enfantine. Nous nous émerveillons des timides balancements du lilas et je vous entremêle, pêle-mêle avec notre séjour au vent, le temps d’être assise sur un rocher, non loin d’Abigaïl. Le rocher nous abrite quelque peu du souffle puissant des hauteurs ; vastité d’un espace gourmand. Le soleil face à nous, magistral, nous attrape dans ce bleu imprévu, voilé de douces voilures, comme si nos yeux boivent à tout jamais l’instant magique, l’instant sauvage imprégné d’une sereine munificence, alors qu’Apollon me rappelle un amour de jeunesse. La fugacité d’un azur d’une blondeur enchanteresse. Non loin, se dressent les vestiges d’un temple dédié à Mercure. S’envole-t-on sans même nous en apercevoir dans ces flottements du soleil ? Je me suis perdue dans le ciel et mes yeux s’y noient sans aucune retenue. Venez, nous allons de nouveau gravir la montagne et sur le chemin cueillir des mûres. L’autre jour, nous en avions goûté de bien savoureuses.

Votre B.