Repertorium

L’on me dit : Entre !
Il vint sans transition,
L’océan de nos mots.

Il me dit : Plonge !
Je plongeais bien plus loin,
Etoile du matin.

Il me dit : Viens !
Je m’accrochais à une larme,
Notre ciel turquin.

Il me tint la main,
Mon cœur fit un tour,
C’était le Sien.

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Illustration d’Alphonse Mucha

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Le visage

Le visage imprime sur l’être le cœur, tout comme le cœur imprime le visage de l’être. Il n’est besoin d’aucun subterfuge pour reconnaître le visage de l’aimé, comme il n’est aucune trace qui ne marque le temps de son ouvrage. Sur le corps, voici les sillons et sur le cœur, les lignes de ton âme. Les sueurs de ton bonheur font de la respiration de ton corps une reconnaissance que je ne saurai éviter. A la plissure de tes yeux, je vois les matins de nos gestes défaits sur l’ourlet de tes draps et à la blessure de ton sourire, je perçois les vagues de ta douceur. Chaque détail est une éternité et je bois langoureusement au temps que tu ne retiens pas, puisque mes lentes divagations ont le goût du cristal et je bois en ta fervente emphase le temps qui ne fuit jamais.

Correspondances XXVIII

Cher,

A l’intérieur, il est comme un point de rencontre, et c’est là que nous nous visitons. Sans cela, il n’est que projections. Il est vrai que l’instant est roi, tout comme le silence, tout comme les actes, tout comme le vivant, parce qu’il est une essence, et sans elle, que serions-nous ? Que serait par exemple le goût d’une orange, si son essence n’était pas celle d’une orange ? De même que serait le vent s’il n’avait pas sa qualité intrinsèque ? Une rencontre possède aussi son essence. Elle est n’a pas besoin d’une présence physique, mais surtout d’une soutenue intention. L’on cultive son morceau de terre, et nous le laissons aussi parler. La terre est palpable, tout comme elle ne l’est pas. Notre toucher correspond sans conteste à notre propre conscience de l’essence des choses. Goûtons à l’orange, respirons son parfum. Pourquoi nous est-il à la fois si familier et à la fois si étranger, renouvelé qu’il est en permanence dans sa singularité propre ? Si je ne vis pas l’orange en moi, je ne peux la vivre à l’extérieur de moi. Tout est une question de correspondances. A force d’être saisi par le silence, nous devenons le silence et de fait, nous entrons à l’intérieur de la perception du silence. L’intérieur est un déploiement de gestes, de non-gestes, de découvertes et de mystères. Je sais que l’orange est à me dire des choses sur moi-même, mais aussi en moi-même. Pourquoi ? Quand nous entrons en silence, nous entendons et nous touchons. Nous marchons avec, nous parlons avec. Nous ne sommes pas à nous réduire. Nous sommes à accueillir. Tout ce qui vient de l’essence est vérité. Je n’en doute pas une seule seconde. Alors, nous ne sommes jamais des étrangers l’un pour l’autre. Nous sommes le pur moment qui regarde le moment, puis qui regarde encore dans le regard qui est l’essence même du regard.

Votre B.