Chaîne initiatrice

Nous avions jeté, aux flots, le vacarme de nos pensées et les rêveries interminables. Nous avions ficelé ces lots avec la corde de nos mots et nous avions oublié les choses que retenait notre mémoire. Assise au bord d’une falaise, nous laissâmes voguer notre esprit. Durant une longue période de notre vie, nous étudiâmes, telle une forcenée, ce qui nous façonna aussi, ce qui ébranla notre âme. Nous pourrions faire le récit d’un étrange moment, lorsque chaque herbe attirait notre attention, ou bien faire part du rire serti de rose, celui d’une Dame qui fut notre mère. Nous pourrions conter le récit réel et même imaginaire de ce que fut notre voyage. La lumière tamisée, les ombres de la cheminée, les flammes incandescentes. Nous pourrions vous raconter les paroles d’un sage, celui que fut notre père. Il avait le regard de ceux qui avaient plongé dans les plus grands précipices humains. Il avait cette façon de prendre votre main et de réchauffer votre âme. Il aimait plus que tout avoir un mot pour rire et chaque événement devenait une boutade. Nous riions jusqu’à en avoir les larmes aux yeux et la maisonnée resplendissait du feu intérieur.

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Ecriture

Je cherchais l’écriture,
Plongeai dans l’abîme :
Les mots se mirent à parler.

C’est elle qui me trouva et me façonna. Elle cogna fort tout contre ma poitrine, et la coque s’ouvrit dans le plus grand des fracas. Je gravis une montagne, puis une autre. Je courais à travers la blancheur aveuglante, et j’allais dans l’encre noire de la nuit. Qui me guida ? Les mots furent des flèches et me transpercèrent. Il en plut un ciel, que dis-je, un univers ! Je cueillis les flèches et le carquois. Tous se transformèrent et devinrent les profondeurs d’un grand voyage.

Fracas

L’insondable fracas,
La nuit s’éclaira de terreur,
C’était le pas du Roi.

J’entendis un déchirement, puis un autre, puis le ciel éclata et l’on vit s’ouvrir l’improbable. Mon âme se disloqua, mille fois puis encore mille fois, lors qu’elle devint une multitude de miroirs. Ensuite, le Ciel réunit les Terres et les Cieux. Le corps trembla une nouvelle fois. La secousse fut terrible. Par la pupille fendue, je vis ce que nul œil ne pouvait voir. Alors, du chaos, s’organisa un autre monde et le soleil, peu à peu, devint une lumière douce et féconde.