Sisyphe

L’inlassable mesure du temps qui, loin de s’unir à notre réalité, du sabre de sa cruauté, dépèce le corps de son inaction, et jette, implacable, les restes aux rochers. Telle est la leçon de Sisyphe. L’homme poursuit l’homme, avalant une corde : il ne reste qu’un serpent.

Mémoire d’une tombe

L’illusion sans discussion, celle qui vient agrémenter les oreillers délicats des lits abandonnés de tous nos draps. Il n’est guère de remontrance, ni guère d’outrance dans un rêve devenu l’errement de blancs nuages, ceux qui passent. La fin d’un monde. La fin d’un songe. Aux vestiges des chardons, le bourgeonnement du lilas. Cela n’a plus d’importance et aux portes des raisonnements, nous cessons tout bavardage et nous tenons bien plus au doux silence. Entends-tu le premier chant du merle dans les rues désertes et entends-tu le fredonnement de certains oiseaux qui révèlent leurs noms aux frissons d’une aurore ? A qui parles-tu ? Je me le demande. A qui parles-tu, si ce n’est à toi, dans le brouhaha des éloges et les sourdines d’un piano ? Je t’ai vu tenir une lance au lieu de brandir joyeusement les plumetis de l’apesanteur. As-tu vu cette épistémologique trace sur les ruines d’un discours parti en éclats ? La voudrais-tu saisir en posant sur elle, le regard d’une promenade ? L’illusion est une sorte d’ombre venue te faire le récit des dernières nouvelles d’un monde qui prend racine dans le cœur ému par la grâce d’une tombe, et j’aimerais te dire, combien l’Amour commence, et Il commence, là où s’arrête, souvent, la limite de nos bras.

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Peinture de Helen M. Turner

De fer et de brasier

L’homme
Se forge de fer et de brasier,
Puis s’apostrophe d’incandescentes meurtrissures,
S’épuise dans les méandres et la luxure,
Jusque dans les fanges et le fumier,
Puis des bruits sordides de la ville,
S’invente une auréole,
Piètre flétrissure,
Et quand vient à passer un incendiaire,
Il ne voit plus la flamme ni la fumée.