Le capitaine

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En pleine tempête, les marins s’agrippaient aux voilures avec toute la force de leurs mains. Alors que le tonnerre grondait, que la foudre menaçait de s’abattre sur eux, le ciel descendait si bas que les nuages semblaient cingler, de leur sourde colère, les noires vagues. L’océan se déversait violemment sur le pont, tandis que le bateau était soulevé si haut, que les marins apparaissaient comme totalement écrasés par la force occulte des eaux. Ô Voyageurs ! Ces téméraires, ces nobles hommes avaient bien bu à l’amertume salivaire de l’océan et leurs doigts gelés avaient consenti à s’accrocher aux dernières cordes tranchantes du navire. Ivre, leur magistral et courageux capitaine, debout, fermement uni au gouvernail avait connu tous les temps. Il faisait corps avec le bateau et avec ses hommes. Il en était le mât. Il en était la structure. Il devenait la mer. Il devenait le ciel. Il devenait le vent. Il était le tonnerre, l’éclair, les abysses. Il était le père et la mère de tous ses hommes. Il n’en chassait aucun. Ils étaient tous en lui. Le gouvernail était son maître.

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Trou noir

Si l’homme faisait silence, il entendrait vibrer la montagne, et si l’homme faisait silence, il entendrait l’univers entier chanter, et si l’homme faisait silence, il entendrait la voix de son cœur lui parler, et si l’homme faisait silence, il entendrait la vérité éclater dans l’appel même d’un trou noir.

Les grands hommes

J’ai toujours été amoureuse des grands hommes et chacune de leur histoire m’emportait tout comme le simple frémissement du vent dans les branchages. Avez-vous considéré que le mouvement et l’immobilité avaient le pouvoir de nous mettre dans une sorte d’émerveillement euphorique ? J’appris à plonger dans l’indicible dès lors que celui-ci s’approchait, lentement, avec sa délicate légèreté. A force d’observer le temps, l’on devient le temps et à force d’observer ce qui s’observe, l’on devient cet instant qui observe l’observé. J’ai attrapé les mots et ils sont devenus tous, un à un, des véhicules dont la féerie se mettait à dilater mon corps entier. Parfois, nous ne sommes plus aucun vêtement physique. Nous flottons dans l’immensité et nous rions ensemble. Il existe une réalité telle que l’on pleure parce que la joie nous étreint. Parfois, le bonheur est douloureux. Il est poignant d’un amour si vif. J’ai visité les grands hommes parce que leur beauté sont le véritable rappel de l’éternité. Ils sont en moi, même si je ne peux tous les citer. Quand vous entrez dans un jardin, vous voyez ces hommes. Même s’ils ne vous voient pas, vous les voyez par le regard de l’amour.

Le cri tortueux des hommes

La plupart des gens tournent en rond et n’ont de l’élévation qu’une connaissance égotique. Tristes constations. Au sein de la Sagesse, nous ne sommes jamais seuls. La véritable solitude de l’homme consiste à croire que le néant l’engloutit et que ce monde n’a pas de sens, n’a pas même de finalité. Parfois, les hommes couvrent le réel de cris tortueux afin de camoufler leurs péchés. En vérité, le véritable péché consiste à enfouir la vérité. J’aime marcher dans la tranquillité du silence. Le silence est fidèle.

Mouettes

L’usage de la dérobade,
Les clairsemés inévitables,
L’insouciance des fustigés,
Les serments de technocrates,
Les buveurs d’âpreté âpre,
Les considérations notables,
Des serveurs de la folie,
Quand le faux contient la lie.
Piètres attitudes irréversibles,
Quand à l’accueil du jour,
L’insoupçonnable défaite,
Des falaises en sucre insurmontable…
Nenni, que de fables et de mauvaise foi !
Bien sûr, il y a des coupables,
Mais qui est qui quand la lâcheté est de mise ?
Quand il n’a plus rien, l’homme s’invente des fables
Puis s’ensevelit de mots insoutenables
S’efforce de guérir sa blessure ineffable.
Quelle est donc la pluie
Qui efface ?
Sur la blanche coursive,
La mouette t’appelle,
Mais tu ne vois que tempête de sable,
Les vagues de tes vagues,
Homme indigne,
Déchu de tes nobles jours,
Aigri par tes lacunes !
Mouettes rieuses, venez !
Nos ailes infatigables
Nous n’avons avec le faux aucune excuse valable,
Vols émerveillés ont tranché dans le ciel affable
Et c’est ainsi que nous avons tout laissé.

Ce monde

La peur provient de la prison de notre âme. Nos corps nous alertent et nous parlent. L’inéluctable n’est pas une fin en soi. Il y a bien longtemps, très longtemps, les hommes avaient compris comment ce monde fonctionnait. Les uns sont devenus des pirates et les autres des bêtes de somme.

Liang 亮

Elle écoutait attentivement la lecture assidue de Liang. Durant tout ce temps, ses mains tressaient une couronne de fleurs. Le printemps avait couru dans les prairies et les arbres semaient leur enchantement quand le soleil obliquait presque dangereusement sur les épaules de Liang. Elle se levait précipitamment alors et se mettait derrière lui pour faire de l’ombre. Dis-moi Liang, pourquoi les hommes sont-ils si hostiles, pourquoi sont-ils si suspicieux, si méchants ? Est-ce que c’est écrit dans ton livre ? Parle-t-on de ces choses-là ? Je me suis souvenue comment la voisine avait lancé du venin à Māmā, parce qu’elle l’avait vue entrer dans la maison du vieux Li Xiuying et lui offrir un repas. Est-ce que c’est mal Liang ? Est-ce que les hommes aiment faire le mal ?