Fragilité

Fragilité du faon aux yeux humides,
Votre voix qui frémit dans le creux
Des charmilles, homme des rocailles,
Vos longs cheveux flottants qu’illuminent
Les frondaisons et le bruissement généreux,
Du cœur perdu dans les moindres détails
D’un univers à peine éclos et qui pourtant nous domine.

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Correspondances XXI

Cher,

Il vint ce matin en disant : je n’ai pas peur de l’absence, mais j’ai peur de la perte. Cet homme s’était arrêté sur le chemin et je le surpris comme le rare joyau que l’on rencontre. Chaque fois qu’un oiseau rencontre un autre oiseau, ils se reconnaissent et j’ai pu assister aussi à certains messages pour le moins assez incroyables, ceux qu’ils s’adressent avec une joie non retenue, d’arbre en arbre. Vous rappelez-vous avec quelle surprise, alors que nous nous trouvions dans ce fameux parc, nous avions découvert un immense arbre, vert d’oiseaux ? Ils étaient tous éparpillés sur ses branches et remuaient de façon singulière. Ils semblaient tous honorer l’arbre, avec vénération et beaucoup de lenteur. Comme nous n’étions assurément pas à nous trouver dans une quelconque forêt tropicale, ces oiseaux verts nous apparurent pour le moins insolites. Vous rappelez-vous comme ils prirent ensemble leur envol et créèrent une féerie dans le parc ? Cher, je me suis rendue jusqu’à cette petite et charmante maison, aux abords du bois. J’ai revisité nos pas sur cette allée, j’ai respiré les champs, et les montagnes alentours. La rivière coule égale à elle-même, presque irréelle. Cet homme m’a accompagnée durant un moment et m’a dit : de nos jours les gens ont peur. Mais j’ai bien vu que je pouvais vous parler sans détour. Je regardais à ce moment, en pensée, ce renard qui nous avait fixé de son regard, l’été dernier, puis avait disparu dans les hautes herbes. Les renards n’ont pas peur des hommes. Les renards reconnaissent les vrais hommes. Ils ne sont pas malveillants comme on le croit. J’écoutais cet homme puis je lui dis : je n’ai pas peur, parce que j’ai tout perdu.

La muse

De ce vœu,
Jailli du fond d’un tiroir,
Quand même s’essouffle le soir,
Quand galope la nuit,
Sur des coursiers qui traversent,
Les derniers lambeaux ;
Du vœu
Assise, libre
Libre, te dis-je
Libérée
Des collectives pensées
Mémoires effacées
Libre des lourdeurs digestives ;
Du vœu,
Comme l’immensité d’un regard
Incisif et surpris
Du vœu,
Le matin quand tout dévoile,
Le poète boit à la cascade,
Ivre,
De douces heures,
De beauté éprise,
Gouttes suaves,
Au nectar d’or,
Le cœur juteux
Sans amertume
Aux commissures des lèvres,
Jusqu’à la fin,
Le cœur étreint,
Poète qui a vu la muse,
Ô bonheur !
Instant à jamais empreinte,
Quand la muse parle
La mort est saveur
Quand l’homme dort
Le poète pleure
Mais quand l’homme ouvre les yeux
L’encre du poète est une fine sueur.

Cithare 古箏 (Guzheng)

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Saveur,
En ce corps cellulaire,
Jusqu’à la pointe
D’une extrême vision,
Sans s’essouffler,
Au goût des profondeurs,
Ce que tu es
D’invincibilité,
Aux ailes déployées
Quand l’instant
Fait don de l’instant,
Tandis que la cithare,
Résonne plus loin,
Et la fleur rayonne,
Suave magnolia,
Au cœur de l’homme,
Diffuse indolore,
Le soleil,
De son doux trépas.



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Image de Caroline Young

L’empereur 黄帝 (Huáng Dì)

Médecine où la Voie du Milieu (dào)

La médecine est l’ensemble des connaissances qui permet d’activer en chacun des points du corps les énergies libératrices et régulatrices. La complexité et la multitude des voies, canaux de rencontres, de circulations, d’échanges, de compénétrations, sont effectivement les lieux de nos possibles aptitudes à entrer dans l’écoute des signes vitaux de notre être. Cette médecine ne dissocie jamais les réalités essentielles de l’homme d’avec son corps matériel. L’empereur avait dépassé les fluctuations du temps. Toutes ses humeurs se transformaient avec une régularité étonnante depuis un nombre incroyable d’années. Il suffisait d’avoir maintenu cette discipline qui consistait à observer le silence durant de longues heures de concentration. Au fur et à mesure, celle-ci se suffisait à quelques minutes. La quantité se résorbait dans l’intensité de la relation avec L’Être. Si un trouble quelconque était à se manifester, il n’en éprouvait ni la confusion émotive, ni la disparité. Le remède est dans la maladie et le médecin est le corps de conscience. La Triade donne la base solide et édifiante à tout édifice. Tel fut son périple : parvenir à la médecine. Sa complicité avec Fēng l’avait guidé durant des décennies.

Lève-toi et marche

Quand l’homme cessera de souffler sur les vergers en larmes et que la terre éventrée du feu de ses entrailles ne sera plus putride, quand les mots mâchés loin des encolures diaboliques, effrénés et immondes n’alimenteront plus la bête en lui, quand l’homme scellera sa servitude par l’offrande, défait de l’esclavage, de ses abîmes profondes, quand au lieu de geindre, il fera enfin de sa stature verticale, un véritable viatique, quand l’homme comprendra la souveraineté de sa conscience unie enfin à l’âme, quand il cessera de pleurer son père-noël artificiel, le père de ses passions et de son bon-vouloir, quand l’homme se regardera en face, alors la vérité lui apparaîtra. Mais peut-être que l’homme use et abuse de son infantilité, de ses fausses résonances, de sa fausse divinité, usurpées à son égoïsme. Quand donc, homme, cesseras-tu de pleurer ? Lève-toi et marche ! L’idole que tu vénères, c’est ton propre mal.

Je vous remercie

A l’attention de William Michaelian

La douceur palpable d’un cœur nous émeut, car l’amour est cette lumière qui ne meurt jamais quand le corps est atteint par sa grâce. C’est pudique que l’on marche côte à côte, au-delà des distances, au-delà des couleurs, quand elles sont devenues l’enchantement du cœur. Je vous prie d’entendre cela, vous de tendresse touchante, vous de larmes profondes et de joyaux du silence. Quand l’âme parle, le cœur s’enchante. Je vous remercie.

La vieille maison

Le chaos est une dérive ordonnée qui vient mettre un terme à toutes les impasses du labyrinthe usé par les crimes insensés et l’homme se fait dans les bras de la terre, et l’homme se fait sur les toits, le père et le fils. Je les ai quelques fois observés, remodelant la maison selon sa forme initiale, lui donnant de nouveau une âme, par la sueur du jour et la veille du corps. Voilà que le toit ondule des tuiles orangées, celles des montagnes rondes, quand le vent fait voler les oiseaux, très haut, et que l’homme respire la paix retrouvée.

L’homme solitaire

La solitude n’est pas fatalité ombragée de pleurs, ni de rancœur, ni de vide, ni de peur. Quand elle est au centre de la vie, la solitude est l’émerveillement qui surprend une toute petite lumière, douce lumière, surprenante lumière, celle qui flotte haute en couleur et s’étend avec bonheur, les yeux épanouis au beau milieu des champs de mille corolles de nuitées salutaires, puisque, puisque, puisque, la vraie solitude est l’amour secret qui épouse soudain l’étreinte de l’homme solitaire, y compris celle du voleur. La solitude vit bien au milieu de ses frères.

L’encre au soleil

L’encre au soleil de tes années juvéniles clament encore, en ta maturité, l’enfance de ton cœur intouché par le malheur, et si sur le visage de ton âme, le corps trace des sentiers, c’est parce qu’un jour nous nous sommes rencontrés et c’est parce que toute la vie transpire et c’est en cette lueur que je t’écoute et m’assois auprès du regard de ton âme, celui qui fait frémir l’écorce du monde entier et je suis femme de t’avoir pleinement regardé, et quand tu vas, le sourire t’accompagne et le vent auréole le blé de tes cheveux éparpillés. L’amour a cette virilité dans le cœur de la femme, et l’amour est une intense atemporalité qui nous mène loin, tandis que l’esprit féconde les mondes nouveaux, les mondes qui sont aujourd’hui à se déployer. Ma plume trempe dans ton encrier.